NOVEMBRE
Très Révérende Mère Générale,
Vivant si près de vous, dormant sur votre cœur, Travaillant et jouant à l'ombre de vos ailes, Ayant notre doux nid placé sur la hauteur,
A côté de celui que vos mains maternelles
Ont bâti pour loger vos nombreuses enfants ; Nous devrions, ô Mère, en ce jour d’allégresse, Avoir plus que nos sœurs, de mélodieux chants,
Plus de fleurs dans nos mains, dans nos cœurs plus d'ivresse.
Les cœurs brûlent au moins de leurs plus nobles feux. Notre âme est un parterre où la reconnaissance
Est toute en fleurs. Au ciel montent les plus doux vœux
Que puissent exprimer la jeunesse et l'enfance,
Nous aimions ces vieux murs, reliques vénérabies
D'un passé si fécond, si riche en souvenirs,
Aux palais ces vieux murs nous étaient préférables ;
Jamais autre séjour n’excita nos soupirs.
Les échos nous chantaient les saintes harmonies
Que nos mères longtemps chantèrent en ces lieux ;
A ces chants leurs enfants mêlaient leurs voix ravies.… Mais voici le jour des adieux !
Nous aimions sur nos fronts les ailes maternelles
De celles dont la mère illustra ce séjour,
Nos soucis, nos chagrins se dissipaient près d’elles ;
Nos peines se fondaient au soleil de l'amour.
Pour chacune de nous leur cœur, charmant asile,
S'ouvrait, comme un ciel pur dans les jours nuageux ;
Notre âme, en cet abri, redevenait tranquille... Mais voici le jour des adieux.
Nous vous aimions aussi, nos compagnes chéries,
Qui partagiez toujours nos jeux et nos travaux.
Ensemble nous marchions par des routes fleuries ;
Chaque jour apportait quelques plaisirs nouveaux,
Nous frémissions ensemble au récit des histoires ;
Ensemble nous chantions nos airs gais et pieux,
Vos noms sont pour jamais gravés dans nos mémoires. Mais voici le jour des adieux !
Adieu donc, cher Couvent, vrai séjour de la joie !
Pour fêter dignement vos belles Voces d'Or,
Avec l’amour nos cœurs, s'ils avaient la richesse,
A vos pieds porteraient leur immense trésor ;
Vos mains sauraient si bien en faire à tous largesse.
O Mère ! ces tributs vous les méritez tous !
Cinquante ans de travaux, cinquante ans de prières,
Cinquante ans de bienfaits versés d’un cœur si doux,
Peut-on trop couronner cette noble carrière !!1
s Aussi que tous les chants s’unissent à nos voix ;
: Et des sommets bénis du mont cher à Marie
Pour payer vos combats, vos vertus, vos exploits,
Nous vous proclamerons Mère de la patrie !
D'autres s'étonneront que notre ardent amour
Tresse pour votre front un pareil diadème :
Mais interrogez donc les échos du pays,
Faites parler les lieux où passa notre mère ;
Depuis ses premiers pas aux champs de St. Denis
Jusqu'aux jours si féconds de cet anniversaire,
Partout, elle a porté de la Mère Bourgeoys,
Les vertus, les bienfaits, le dévouement, le zèle,
Et vous vous étonnez que l’on parle d’exploits,
Quand les cœurs maternels se sont formés près d'elle ?
Et puis, qui sut jamais avec plus de douceur,
Avec plus de prudence, attirer la jeunesse ?
Qui fit plus prospérer les filles du Seigneur?
Qui fit porter le joug avec plus d’allégresse ?
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Dans les Etats-Unis, dans les deux Canadas,
Aux bords de l'Océan, comme au sein de la plaine, On baiserait ses mains, on baiserait ses pas,
Si l’on voyait passer notre si noble reine!
La Reine, oui, vraiment vous l’êtes en ce jour ; Qui peut vous disputer ou le sceptre ou le trône? Vous règnez par les ans, vous règnez par l'amour, Et nos cœurs enchainés forment votre couronne. Gardez cette couronne, ô mère du pays, Puissions-nous vous l’offrir encore en Paradis !!