SUPÉRIEUR DU SÉMINAIRE ST. SULPICE, A L'OCCASION DE SES NOCES D'OR
Dans un chant naïf et champêtre Qu'’autrefois le bon peuple aimait Tu lus toi-même un jour, il t'en souvient peut-être, Ce simple mais charmant couplet :
Le rossignol, à l’ombre Des palmiers d’alentour, Laissa passer son tour, Et sur des airs sans nombre S'exerçant tout le jour, Attendit la nuit sombre Pour mieux faire sa cour.
Ainsi nous avons fait, enfants de notre asile Et nous avons fait sagement.
Qu’eût été notre compliment Parmi les compliments de notre grande ville ? Petit reflet de voix perdu dans le crncert Etincelle minime au sein de feux superbes Parmi de belles fleurs quelques petits brins d'herbe. Notre rien par ce tout aurait été couvert.
Et pourtant, Père aimé, si petits que nous sommes Nous aussi, nous avons un cœur; Nous aimons notre bienfaiteur Tout autant que les plus grands hommes, Ce doux aveu de notre amour Afin que tu pusses l’entendre Nous l’avons comprimé, nous l'avons fait attendre Jusqu’à ce jour.
Mais voici les chants, les transports d’allégresse Qu'ont inspirés partout tes vertus, ta tendresse Pour nous laisser parler se taisent un moment; Nous te tenons enfin : écoute maintenant.
Déjà, depuis sept ans, ne suivant que ton zèle,
Tu te livrais à d’incessants travaux Lorsque l’Ange vengeur apporta sur son aile
Le plus terrible des féaux.
Il t’en souvient encor, bon Père,
Du jour où soudain éclata
Le plus terrible choléra
Qu'’ait encore vu cette terre.
Ce fut un an bien malheureux
Que ce mil huit cent trente-deux.
Du fléau la main vengeresse
Passa sur les maisons en deuil.
Père, mère, à sa voix descendaient au cercueil, Laissant les orphelins en proie à la détresse. Un prêtre, laisse-nous te redire son nom, Monsieur Phelan frémit devant tant de misère,
Ce noble Fils du Séminaire
Recueillit ces enfants livrés à l'abandon.
Il sut en leur faveur émouvoir une femme Une mère: c'était cette dame Coté,
Dont tant de fois toi-même a loué la bonté, Célébré le grand cœur, exalté la grande âme.
L'orphelinat était fondé Et, sous tes yeux, la charité A soufflé cette vive flamme.
Combien de fois ton cœur, au pied du saint autel Epancha de saintes prières Pour Madame Coté, pour Madame Quesnel, Pour Dame Laframboise, et pour toutes nos mères. A cette œuvre tu vis tes amis, tes enfants S'intéresser toujours avec vive allégresse, Des Quiblier, Fay, Roup, Perreault, les soins touchants Furent toujours bénis, Père, par ta tendresse,
Et puis, notre tour est venu Après plus de quatre cents frères Qui dans cet asile ont vécu,
Et tu restes pour nous le plus tendre des Pères. Sois-le toujours, et que tes mains Pendant bien des années S’élèvent sur les orphelins | Des dons du ciel toujours chargées.
Sans cet espoir, oh ! l'avenir Serait pour nous triste et bien sombre, Mais ton amour vient resplendir Comme une étoile sur cette ombre.
Cinquante ans de travail, de prière et d'amour
Depuis le jour béni de ta première Messe Feraient, disons-le sans détour,
Une belle couronne au céleste séjour.
Mais, si tu veux rester, nous faisons la promesse, Nous tes humbles petits enfants,
De te servir toujours la Messe
Jusqu'à l’âge de cent dix ans.
En attendant, sur notre tête, Daigne appeler les dons des cieux.
Et, pour couronner cette fête, Bénis tes enfants et leurs vœux.