LE ROI FOU
A André Salmon.
Ta demeure, ô mon âme, est un palais étrange Où, quand tinte minuit, un fou qu'on nomme roi, Les cheveux hérissés, hurle soudain d'efFroi En entendant çlisser vers lui les pas d'un ang'e.
Ratatiné d'horreur sous son lourd manteau d'or, Il griffe à gestes brefs la glace des fenêtres Comme pour s'évader par les plaines champêtres Vers les forêts, là-Las, où la lune s'endort.
l6 tNE VOIX DANS LA FOULE
Mais il est le captif des frêles murs de verre Contre lesquels en vain sa terreur bat des mains. Ah ! courir sans entrave au hasard des chemins, N'être plus le dément que le peuple révère !
Sentant derrière lui, sans qu'il puisse le voir, Le fantôme inconnu qui le mord à la nuque, Il raidit ses reins las et sa taille caduque Et g-lapit des appels du fond du palais noir.
Mais rien n'a répondu du goufifre des ténèbres Aux cris désespérés de l'effroyable fou, Sinon qu'un vent furtif, soufflant d'on ne sait où, Froisse le long' des murs les tentures funèbres.
Et voici que le fou, s'arrachant des poignets Les bracelets gemmés qui tintent sur les dalles, A foulé sous le fer et l'or de ses sandales Les joyaux du royaume, inutiles jouets.
Il a déceint son front du trop lourd diadème.
Il a défait la boucle énorme du manteau,
Il a brisé le sceptre et rejeté l'anneau.
Et le voici pressant, nu comme un mort et blême,