LES CHANTS DE LA NATLKE
Leurs pas sacrcVs parmi lesquels, 6 vai^abond,
Je croirai île mes yeux, pleins de soleil ou d'ombre,
Reconnaître les tiens. Et quapd sonnera, sombre,
L'heure où le plus vaillant a peur comme un enfant
L)e se sentir mourir dans le soir étouffant
Loin des mains des amis et des douces paroles
De l'amante dont les lèvres sont des corolles,
Je me consolerai — oh ! mon suprCme qrg-ueil ! —
En pensant qu'au désert où j'ai mené mon deuil
S'élèveront, dressant parmi l'azur leurs arbres,
Leurs colonnes, leurs tours, leurs palais et leurs marbres,
Les cités de ces temps que l'homme connaîtra
Où sur les fronts et dans les vents ne flottera
Que l'unique étendard d'une même patrie!
Puis j'irai vers la mer, la folle mer fleurie D'écume et de soleil. Je m'ag'enouillerai. Les bras ouverts, devant son éclat empourpré. Je ne verrai nul pas humain sur l'or du sable. Dans l'air je sentirai la poussière impalpable Des vaçues, et j'aurai la saveur de leur sel Sur les lèvres. 0 mer, élément éternel. Je veux mourir bercé par tous les frais murmures De tes flots, plus aimés que l'ombre des ramures.
Je suis ton fils. A toi mes rêves dont le vol, Entre l'azur de l'onde et du ciel, loin du sol Trop pesant à mes pas, vibre vers les contrées Où ne palpite plus le cœur de tes marées. Assoupi par la voix monotone du vent, 0 mer, j'écouterai l'immense mouvement Et le tumulte et la rumeur de la colère Oui dort toujours en toi, même lorsque t'éclaire De ses paisibles feux le soleil d'un beau soir.
Abandonnant, ô mer, tout mon vain désespoir Que n'apaisera pas, pendant les nuits sereines, L'appel mélancolique et las de tes sirènes, Puissé-je voir voguer vers moi, du fond des cieux Et des flots confondus, la Nef des demi-dieux Où, dressé sur la proue, un être qu'auréole L'orbe d'or du soleil et que la lyre aff"ole, Elèvera la voix pour chanter les cités Invisibles encore à mes yeux attristés.
Et les pays rêvés par les anciens poètes Où doit finir enfin la fureur des tempêtes, Et, douce à tous les yeux, l'aurore de ce jour Où le maître du monde entier sera l'Amour,
La voix du vag-abond !