G A DES AMIS IMPATIENTS
Même de l’amandier les fleurs toujours hâtives N’ont pas épanoui leurs corolles craintives;
La sève qui montait et ne bouillonne plus S’épuise à moitié route en efforts superflus;
Pas un seul papillon , pas une primevère N’étalent leurs couleurs, tant le froid persévère;
Et tout autour des prés , le cristal des ruisseaux , Miroir déjà brisé, rajuste ses morceaux;
Les oiseaux attristés, des chansons commencées Gardent dans leur gosier les cadences glacées,
Et si quelqu’hirondelle est venue, on la voit,
Frileuse, se blottir aux corniches d’un toit.
Tout devrait vivre... et tout reste mort... Patience! Aux lois de l’univers reprenez confiance;
Quoique tardif, amis, le grand printemps viendra;
Plus il est comprimé , plus il éclatera
Dans son luxe splendide ; et toutes ses merveilles
Frapperont d’un seul coup vos yeux et vos oreilles.
La nature muette, en renlrantdans ses lois ,
Va nous parler bientôt et par toutes ses voix :
Frais glacis des côteaux; verdoyantes aigrettes Des arbres ; beaux vergers prenant des airs de fêtes; Champs couverts de verdure et de fleurs diaprés;
Gais papillons qui font miroiter dans les prés Les manteaux de saphirs dont le ciel les habille; Ruisseau déprisonné qui serpente et babille;
Neige des monts changée en bienfaisants torrents,