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Ces joies, 'dlo les a achetées par de longues heures d'attente, qui les lui rendent plus chères; elle assistait à l'illumination des transparents ; elle a vu arriver Lovelace en paletot-sac, et Clarisse en tartan; elle a vu la marchande d'oranges allumer sa précieuse lanterne , dont les reflets dorés fardent des fruits d'une fraîcheur douteuse : il est des voisinages pernicieux!
Permettez-moi une familière question. Étes-vous amateur de gambades et de trémoussements? Il y a des mots techniques pour désigner ces diverses actions, ils m'échappent en ce moment. Je suis d'avis, quant à moi, qu'il n'est pas déplaisant de voir do jolies filles nous faire les honneurs de leurs dixhuit ans à une portée d'œillade ; mais il me semble que ces demoiselles ont à peu près recours aux mêmes gestes pour simuler joie folle ou désespoir affreux.
Que ne les laisse-t-on se livrera leur inspiration I La mimique est la langue universelle, mais il faut la parler d'abondance et n'exprimer que de réels sentiments. Peut-être reproduiraient-elles trop souvent, il est vrai, le geste expressif que vous savez : bras arrondis, et puis, tout près des lèvres, le bout des doigts tendrement rapprochés. C'est là le fond du langage, mais quelle variété dans l'exécution ! que de détails imprévus ! D'ailleurs, ne pourrait-on point
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revenir aux anciens errements, à la première plainte de l'orchestre?
Dans l'intérêt de vos illusions, ne braquez pas sur ces déesses vos menaçantes lunettes à l'heure du dénoùment... Ce n'est que dans les madrigaux qu'elles ne touchent pas la terre, et leur prairie est émaillée de pointes meurtrières : un pied de danseuse, c'est un magot habillé de salin. Ne les suivez pas d'un œil indiscret à cet instant où la sueur délaye les vives couleurs de leurs pommettes, alors que leurs ailes détrempées pendent sur leur corsage humide, et qu'elles se traînent à demi suffoquées, chargeant l'air d'un acre parfum.
Le maître de ballet est le plus souvent un ancien sylphe, condamné par ses rhumatismes à l'immobilité ; il a foi dans son art, il cite les calembredaines de Vesiris comme votre savant confrère M. Delaunay et vous-même citeriez un vers d'Horace. Il triomphait autrefois par la grâce de ses poses, la sûreté de ses pointes et son habileté à exécuter les temps les plus difficiles; il était le pantin, aujourd'hui il tient le fil.
Au danseur noble, les cœurs des syl|)hides et des génies ailés 1 La noblesse est son partage exclusif; il n'y a pas de père noble dans son empire ; le dos courbé y appelle les coups de bâton. Il déclare son amour avec accompagnement de hautbois, et sub-
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ju7ue au doux son du fl;igi'oUH. Un madrigal de don Juan ne vaut pas à ses yeux une cabriole réussie.
Le danseur comique est un non moins grand personnage : son répertoire de grimaces vaut l'unique sourire de son rival ; cet artiste choyé excelle dans le grand écart; il fait la culbute comnfie un clown ; il a des spasmes nerveux d'u.i effet certain; il singe l'épilepsie de la plus réjouissante fiiçon. La vieillesse ne nuit pas à ses précieuses facultés. Les ans alourdissent, il est vrai, le bouffon ; mais c'est si drôle un ventre énorme I une tête chenue est si joyeuse I une bouche édentée et des jambes torses provoquent un rire si général I c'est une chose si plaisante, la caducité 1
Et puis, au-dessus de tous, Ferraris, la ballerine irrésistible, alors qu'elle passe légère et bondissante, et que sa chevelure dénouée fouette ses talons, c'est une adorable alméa digne d'être constellée de sequins à l'effigie de milord Cupidon.
Amélia Ferraris 1 quel beau nom d'étoile!
On disait que le Tannhauser se passerait do vos intelligents services. Il avait été question de se priver de votre concours; mais je ne désespérai jamais. Peut-il être de fête complète,- vous absent?
Se basant sur ce bruit calomnieux, on allait jusqu'à croire que vous feriez payer cher au maître, par votre froideur, le dédain qu'il avait affiché à voire sujet; je n'eus jamais cette pensée mauvaise; c'eût été méconnaître la magnanimité de voire âme.
Vous avez agi comme si rien ne s'était passé ;
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lorsque vos hommes fjiiblissaient, vous releviez d'un geste impérieux leur coura.^e aballu, car vous n'êtes pas un de ces claqueurs vu'gaires privés d'initiative, de mesure, d'à propos, et sans le moindre instinctdu bien et du mal : ceux-là, ces gâcheurs indignes, font un métier, et c'est un art que vous exercez. Les spectateurs ont pu maintes fois vous imposer silence, à vous et aux plus intrépides des vôtres, sans trou- Mer votre séiénité. Quel est, dites-moi, le grand artiste qui n'ait jamais été chuté? Quant à votre admiration, un peu trop expansive pent-ôlre , je l'excuse volontiers. N'est-il pas un certain nombre d'écrivains qui alignent, onctueux et loquaces, les mêmes arljectifs « rutilants » en l'honneur de liuy- Blas et au sujet d'un drame historique de M. Ferdinand Duguél Que ne les traitez- vous de «chers confrères ! » ils n'auraient pas le droit de se formaliser.
Je vous rends la justice de reconnaître que votre rôle n'aurait pu être tenu par tout autre que par vousmême; un écolier eût perdu la tète dans la bagarre. 11 y avait bien là amis et ennemis cependant, mais l'enthousiasme des uns s'est montré moins vif que le mépris des autres. Les partisans ont paru aussi tièdes que les adversaires ont semblé acharnés.
J'ai assisté aux trois uniques reiirésenlations du
Tannhauser ; à chacune d'elles, on a craché à la face du musicien-poëte et singé les chanteurs haletants.
On a déchiré le maestro; aucune insulte ne lui a été épargnée; il a été condamné sur l'heure et exécuté séance tenante. On n'a pas seulement recouru à la réflexion pour se demander si, dans cette pleine eau qu'il fallait faire à la suite de Richard Wagner, ce n'étaient pas les timides qui avaient grand'peur dès qu'ils perdaient de vue le rivage. On a cédé sans lutte à la première impression : l'insuccès est complet, éclatant, décisif.
Soit, disons que Richard Wagner est un homme de génie qui n'a pas le sens commun , qu'il a fait œuvre de fou; mais, qu'on se raidisse ou qu'on ergote, il faut croire à une folie inspirée.
Il s'était écrié : Je vais vous dire du nouveau, écoutez-moi ! — Ah bien ! oui, l'écouter ! Dès les premiers accords, les murmures commencent. On se montrait du doigt d'aimables polissons à cheveux gris qui sifflaient avec rage, et cela sans passion, et parce qu'ils trouvaient plaisant de siffler. Ce sont ces gens-là dont la pernicieuse stupidité écœure les adversaires les plus déclarés de l'œuvre. Ils poussent, ces ennuyés ineptes, l'opposition jusqu'à la férocité.
Leur imbécillité immuable se récrée à la vue d'un
tel spectacle. S'ils ne se nourrissent pas exclusivement de la chair du prochain, c'est qu'ils la trouvent coriace; et s'ils ne dé^'ustent le sang humain qu'à petites gorgées, c'est qu'il leur semble un peu fade.
Lorsque le soufllcLé est à terre, la honte est pour celui qui frappe.