CHEVILLARD HOMME POLITIQUE
C'est bien l'homme de l'emploi : caractère bénin et visage dévasté; crâne chauve et cerveau paresseux; œil placide et sourcils froncés. Ses opinions sont de curieuses sortes : libéralisme mitigé, ou bien ultramontanisme tolérant. Les excessifs jouent une dangereuse partie, et Chevillard est prudent et tempérant : il est de l'extrême milieu. Il ne connaît pas un échec s'il ignore les joies du triomphe; il survit d'ordinaire aux tourmentes, il offre si peu de surface!
Chevillard n'a jamais la majorité absolue, mais le résultat du ballottage lui est favorable. Il est, au mo-
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rai, d'une taille au-dessous de la moyenne et le sait fort bien : il siège, d'autres trônent.
En portant Gheviilard à la députation, on donne « une leçon au pouvoir, » ou bien on éconduit «quelque audacieux tribun ; » il est l'arme émoussée des timides.
Il a des poses assez expressives et des mouvements oratoires qui jouent passablement la passion ; il connaît les théories courantes et les hardiesses traditionnelles ; cela sonne le creux, mais enfin cela sonne.
Le plus souvent, il est l'ombre d'un orateur écouté auquel il se livre sans condition; il ponctue de la voix et il accentue du geste les tirades à effet de son idole. On a conservé le souvenir de son éternel : « Je pense comme mon ami Z . . . »
— Mais, alors, pourquoi nomme-t-on Gheviilard?
— C'est parfois le fils obscur d'un homme de valeur, titre qui s'use un peu peut-être ; c'est souvent le plus riche oisif de son déparlement, ce qui le met tout à fait à même de représenter une classe d'hommes laborieux!...