CHEVILLARD PEINTRE
Il est tutoyé par tous les artistes, il en tutoie quelques-uns : douce faveur! Il produit peu, mais il travaille — mystérieusement — à un grand tableau philosophique et social, où le rouge est un argument et le noir une conséquence logique. La plume de Castagnary n'a pas plus de souplesse que la langue de Chevillard. Ah! si la langue de Chevillard était une brosse, que de chefs-d'œuvre rapidement créés! La tête pleine de sujets, il quitte ses amis; mais, quelque diligence qu'il fasse, il n'arrive chez lui qu'à la nuit tombée.
LA FAMILLI- CHEVILLARn. 173
Parlons de Chevillard sans aigreur; sans lui Nadar prendrait le spleen. A chaque exposition il est bon que le nom de Chevillard resplendisse en grosses lettres à la place d'honneur. On est brisé par deux heures de marche dans la foule ; mais une toile de Chevillard vous repose agréablement, et l'on rit de bon cœur, on rit et l'on vient de voir les toiles de MM. Dubuffe et Winterhalterl
La manière de Chevillard est justement appréciée. Ce fougueux chercheur de piste n'est pas impétueux le pinceau à la main. Il y a vingt ans qu'il expose le même pâtre, qui, dans la même prairie, jette le même « regard humide » au nuage qui passe. Parfois, pour dérouter les rieurs, Chevillard coiffe son pâtre d'adoption d'une marmotte; il sème des vagues bleues dans la prairie et s'efforce de donner au nuage la forme d'une voile; mais, par le fameux « regard humide, » Chevillard est trahi.