A MISS PHILOMÈLE
resse. Il ne procède pas par séduction; c'est d'une façon brutale qu'il s'empare de nous, et, le plus souvent, on prend mal la violence qui vous est faite : il est commun, trivial, tourmenté, mais inspiré parfois; alors on se laisse entraîner par ses mélodies primitives ; cette forme abrupte fait rêver, c'est là qu'est le mal ; les réveils avec Verdi, ce sont des soubresauts. Il vous étreint, il vous malmène; vous avez le pouls agité, la sueur au front : son triomphe est complet.
La musique de Félicien David, quel étonnant contraste! Il semble, ô Philomèle, ma mie, qu'il note d'une main légère les doux chants que tu modules d'inspiration. L'harmonie imitative n'est pas poussée par lui jusqu'à la cruauté. L'esprit ne se délecte jamais aux dépens de la chair. Les éclats de la passion, le tumulte des sens, sont rendus avec vérité, et la saisissante harmonie arrive au cœur sans que l'oreille souffre. Le souffle inspiré du musicien passe dans l'orchestre et vivifie les instruments ; la flûte mêle son douxgazouillement aux éclats de quelque basse sonore, union aussitôt rompue que formée. Les sons s'appellent, se provoquent, tour à tour narrateurs et confidents répétés sur toute la ligne, ou bien, échos eux-mêmes, ils s'éteignent, renaissent pour s'éteindre encore, sans que l'on songe à les saluer d'un banal bravo.
En vérité, chère miss, je ne sais si, s'étant enivré