‹ Une volée de merlesChapitre 44 sur 53 · A MISS PHILOMÈLE · texte numérisé non relu

A MISS PHILOMÈLE

de ton chant, il n'est plus possible de goûter une voix humaine ; mais, à mon sens, l'instrument prime le chanteur. Dans la lutte, c'est l'homme qui a le dessous. La voix est fraîche quand le chanteur est ignorant de ton art; elle est cassée lorsque la science est venue. 11 se démène, il se rengorge, il se pavane, il se pâme d'aise en s'écoutant ; il montre ses dents, il montre son torse, il montre ses cuisses, son poil, sa chair.,, pouah!

Entendre sans voir, quelle jouissance immatérielle ! Ah ! si la voix de l'Alboni partait d'un coin obscur de l'orchestre ! Ah ! si la voix de Graziani sortait d'un bec d'ivoire ! Que d'oripeaux mal portés I Que de clinquant 1 Quelle fastueuse sottise ! Les musiciens, eux, quel contraste! sont modestement dans l'ombre ; ils ramènent dans le ton le gosier qui s'égare, ils soutiennent qui faillit; obscur dévouement d'hommes inconnus. Le nom du moindre coryphée, il est vrai, resplendit sur l'affiche.,. De l'orchestre, cependant, sont sortis des compositeurs comme les Berlioz, les Adam, les Semet; et des rangs des chanteurs fourbus, un seul, Arnold essaie de poindre : M. Duprez !...

A CÉLIMÈNE r

A quoi bon vous faire les gros yeux, ma toute charmante? La coquetterie s'apprend au couvent, elle rentre dans l'éducation des filles de qualité. La coquetterie fait partie des arts d'agrément.

Quels étaient vos torts? Vous n'aviez ni le courage de renvoyer vos adorateurs, ni la faiblesse de les retenir, et vous n'avez jamais pu vous déterminer à mettre en pratique le proverbe tant cité : // faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Est-ce bien là tout ce qu'on vous reproche?

Vous entreteniez, par la petite monnaie et les menus reliefs du sentiment, les voraces appétits et les

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brûlantes convoitises; prodigue de légers riens, vous étiez très-avare de sérieux appoints ; veut-on vous en faire un crime?

Jamais vous n'avez été tentée d'ériger en système vos principes de conduite; on ne trouve sur aucun parchemin l'apologie de vos idées transformées en doctrines; vous étiez vous-même, sans préméditation, sans calcul; dire plus, c'est dénaturer votre caractère, c'est perdre la voie.

Que ne fonde-t-on une académie composée de quarante mortelles, dont l'unique occupation serait de retrouver les vestiges de cette langue souple et colorée dont vous avez emporté le secret ! Le lieu de réunion serait un salon brillant, orné des portraits des femmes distinguées de toutes les époques. Elles y seraient plus à l'aise que sous les voûtes de l'Institut.

Vous avez eu l'effronterie, je le sais, de vous moquer de ce petit niais d'Acaste, de ce grand fat de Clitandre, d'Oronte aussi, et, ce qui a paru plus grave, de l'homme aux rubans verts : le beau malheur, en vérité !

C'était un amant de si agréable sorte que ce morose Alceste I Qu'avec aménité il faisait valoir ses griefs!

... Le sort, les dénions et le ciel en courroux, N'ont jamais rien produit de si méchant que vous.

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Et vous de vous écrier :

Puis-je empêcher les gens de me trouver aimable?

Le croira-l-on ! Un bel esprit a fait cause commune avec vos détracteurs. M. Henri Meilhac, un écrivain, qui a ses instants heureux et ses heures néfastes, vient de vous mettre en scène sous un jour indigne de votre renommée, — mais ce trait ne vous atteint pas.

N'est-ce pas, ma belle, que vous ne vous seriez pas conduite comme votre cadette? Vous aviez la recette de ces sourires dédaigneux qui tiennent à distance les plus braves. Votre dangereux éventail a brûlé les doigts de l'orgueilleuse péronnelle.

Le fils d'un grand poëte vient de faire représenter une comédie dontle titre fera fortune : Je vous aime.

Je vous aime, je ne vous l'apprendrai pas, c'est la singerie de l'amour, c'est l'a peu près du sentiment, c'est une banalité qu'un homme bien élevé ne peut se dispenser d'adresser à une femme: un mari qui sait vivre ne peut s'en offenser.

Je vous aime, c'est la formule consacrée de l'amour tempéré. — Vous avez, madame, les yeux d'un bleu tout particulier, vos mains sont délicates et menues... Je vous aimel

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Ou bien : — Vous êtes un peu délaissée, je suis tout à fait oisif; j'ai eu vingt ans hier, vous aurez vingt ans demain : l'usage nous impose quatre mois de verdure. Je vous aimel

Tomber à genoux, ce n'est rien pour l'homme épris ; ses jambes ne flageollent-elles point déjà ? Mais s'écrier : Je vous aime 1 c'est la grande affaire.

Cet amour-là cause de violents désespoirs d'une heure . C'est de l'amour comme le bordeaux est du vin : l'amour sans l'ivresse. — Un tour de valse, madame? — Et puis quand on s'essouffle, un danseur reposé entraîne l'infatigable valseuse.

C'est l'amour de l'homme pour la femme, et non d'un homme pour une femme. En souriant on avait juré, en souriant on se parjure : léger crime. Je vous aime, c'est le mot de passe de ce doux pays oîi fleurit l'amourette: la jeunesse lambine s'y attarde; comédie légère qui se joue au grand soleil entre coq et poulette : lionnes et lions s'ébattent à l'ombre.

Je vous aime dit tout : les convenances respectées, l'attente de l'heure favorable; un rien fait naître cet amour-là, un rien l'efface.

Une robe qui traîne, un pied qui se pose, une excuse tournée en madrigal , barbe galamment frisée et voix tendrement fausse, les hasards du hasard : Je vous aime ! je vous aime f

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