AVOCAT
Cher maître,
Il clait une fois un petit journal qui s'appelait le Gaulois; il était, il n'est plus. Alfred Sirven et moi, nous n'oublierons jamais avec quel dévouement vous avez assisté notre bien-aimé coq à ses derniers instants. A votre sympathique intérêt notre vive sympathie répond.
Au défenseur j'adresse le portrait de l'agresseur.
Le médecin a sur nous droit de vie et de mort, et il use de son droit. Il a des airs de Parque : file-t-il? ou tranche-t-il?
Le malade entend hurler son chien, il entend gé-
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mir les marches de l'escalier ; la clef grince dans la serrure, la porte s'ouvre. Le médecin apparaît. Il s'approche du lit, il plaque sa main froide sur la chair fiévreuse, il remue la tête d'un air important.
Et le patient frissonne de peur, parce qu'il sent que ce n'est pas un ami qui est là. Le médecin hait le malade; pour cet inconnu geignant et pestilent, il faut qu'il quitte la société aimable, la table riante, le lit douillet; le malade pressent cela, et il a peur. Il ne s'abandonne pas sans défense à cet indifférent, à ce passant à qui l'on a fait signe de venir et qui est venu : le maître tremble devant le serviteur.
Et ce sont des mains chères qui vous livrent à cet être hostile; c'est une voix bien douce, celle d'une mère, d'une sœur, qui vous dit : « Mon ami, sois raisonnable ; mon ami, sois courageux. » Et l'on se rend parce que l'on est — que l'on était — un homme; on a honte de sa folle terreur.
Alors le supplice commence : le tourmenteur fait son office; sous le pouce du praticien braille une masse inerte, ce qui reste d'un individu qui le raillait hier, peut-être; le raillé, aujourd'hui ordonne la drogue amère, il fait scintiller son bistouri, il allume le réchaud. L'acier qui scie l'os apporte de doux sons à l'oreille de l'opérateur : la torture n'est pas abolie. Il est chirurgien comme on est statuaire,
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il taille, il rogne dans la matière hurlante; il fait des jeux, de mots sur la phthisie et des pointes sur la goutte sciatique. En vérité, entre celui qui extrait une balle et celui qui extirpe une molaire, il n'y a pas de différence sensible : l'enrouement seul les dislingue.
La passion est un danger pour notre malingre personne. Un médecin amoureux! et l'anévrisme? La science le prive du doux savoir : il traverse la vie en se tâtant le pouls d'heure en heure; il se permet l'émotion à petite dose; il se garde de l'enthousiasme par raison de santé, et des élans de cœur pour cause d'hygiène. J'ai dit : le médecin hait le malade; le mot est trop fort : le médecin n'a de haine pour personne, non par amour du prochain, mais par amour de soi-même : haïr, et l'apoplexie !
Nous touchons à la perfection; on finira par être à tout jamais sobre et continent, non par crainte du mal, mais par crainte du médecin.
Et voilà ce que disent les convalescents de l'homme qui les a remis sur pied.