CHAPITRE VII. — RACES HUMAINES
deux extrêmes les plus éloignés, l’homme noir et l’homme blanc, et sans sortir de l’Afrique, le fait est facile à vérifier.
Nous savons aujourd’hui, nous apprenons chaque jour davantage que tous les nègres ne ressemblent pas aux populations du golfe de Guinée, si longtemps considérées comme représentant la race entière. A peine a-t-on franchi lazone littorale de la côte des Esclaves qu’on découvre des hommes à cheveux laineux, à peau noire, mais dont le type commence à s’éloigner de celui du Guinéen. Là les traits deviennent parfois complétement européens. — C’est au type grec que Bodwich compare ceux des nobles Ashantis. — Les jeunes princes dahomans que nous avons vus en Europe avaient encore les lèvres un peu grosses et saillantes, mais par la hauteur et le développement du front, par la forme du nez, ils ne le cédaient à aucun Européen de la plus pure race. — Au Congo à l’ouest, sur toute la côte de Mozambique à l’est, nous voyons les populations se rapprocher par les traits de nos populations d'Europe, au point que la nature des cheveux et la couleur du teint peuvent seules empécher toute méprise. Ce dernier caractère s’affaiblit souvent sur les rives du Zambèze, au cœur de l’Afrique centrale. Là Livingstone a trouvé des populations dont le teint varie du brun foncé à l’olivâtre. Le même voyageur ajoute : « Bien que ces hommes aient les lèvres épaisses et le nez épaté, la physionomie nègre ne se rencontre parmi eux que chez les êtres les plus dégradés. » Plus au sud se présentent toutes ces populations mêlées qui conduisent, toujours insensiblement, du nègre, soit aux Hottentots vers le
Cap, soit aux blancs dans la Cafrerie. Et si nous traversons l’étroit canal de Mozambique, nous verrons ce même type nègre passer au Polynésien et au Malais. à
Voilà quelques-uns des faits que présente l'Afrique méridionale, c’est-à-dire la contrée où la race nègre, enserrée entre les deux océans, livrée à elle-même aussi entièrement que possible, soumise à des influences assez constantes, est restée le plus à l’état stationnaire et a dû le moins varier. Si nous remontons au nord d’une ligne sinueuse s'étendant à peu près de l'embouchure du Sénégal au lac Tchad et de celui-ci au point de la côte de Zanguebar coupé par l’équateur, les faits deviennent bien autrement frappants. — Les races soudaniennes nous montrent une variété infinie. Les traits se rapprochent parfois presque complétement des nôtres, et cela dès le Haoussa ; la couleur passe du noir au noirâtre, au cuivré, au basané, au café au lait clair; les cheveux de laineux deviennent crépus ou simplement frisés etmême plats. Enfin de gradations en gradations, de nuances en nuances, on arrive du nègre à l’Arabe ou au Berbère, sans qu’il soit vraiment possible de préciser où l’un des types finit, où l’autre type commence. — En Abyssinie, la confusion des caractères est telle que ce ne sont plus ni les cheveux ni la couleur qui caractérisent le nègre ? mais bien la saillie du talon!. — Ce dernier caractère du moins est-il exclusivement propre au nègre? Non; nous le retrouvons
1. Je tiens ce renseignement de notre célèbre voyageur M. d’Abbadie. Chez les nègres, le talon est en effet plus saïllant qu’il ne l'est d'ordinaire chez le blanc, ce qui tient à la longueur plus
dans d’autres races qui, pour être également africaines, n’en sont pas moins au nombre des mieux caractérisées, dans les races boschismane et hottentote.
Le spectacle que nous présente l’Afrique se reproduit partout. La plus grande difficulté n’est pas en anthropologie de trouver des populations intermédiaires présentant un mélange de caractères, mais bien de déterminer des groupes qui puissent être regardés comme de race pure. — Rien de pareil ne se présente à l’homme qui étudie les espèces. — Celui qui cherche à distinguer les races d’une même espèce éprouve au contraire à chaque instant le même embarras. Le zootechniste se trouve à chaque pas en présence de groupes souvent nombreux, et dans lesquels la confusion des caractères est portée au point qu'on ne sait plus à quelle race les rattacher. C'est précisément ce qui arrive à l’anthropologiste dès que, quittant les grandes divisions, il veut descendre au détail des races humaines. À eux seuls, le mélange, l’entrecroisement des caractères qui existent entre les groupes d'hommes, nous autoriseraient à regarder ces groupes comme autant de races issues d’une seule espèce. |
Toutefois le lecteur ne peut encore comprendre toute la portée de ce grand fait. Pour l’apprécier à sa juste valeur, 1l faut avoir étudié les lois du croisement et s’être rendu compte des différences qui distingent l’hybridité du métissage. Nous ne le présentegrande du calcanéum; mais on peut s'assurer, sur les squelettes
que possède le Muséum, que ce caractère leur est commun avec les Houzouanas.