CHAPITRE X. — ÉTENDUE, ETC
culier toutes les parties de la fleur, sépales du calice, pétales de la corolle, étamines et pistil. L'esprit du botaniste est donc familiarisé d'avance avec l’idée de changement, de métamorphose, et il transporte dans ses recherches sur l’espèce les habitudes qu’il a prises dans l’étude de l'individu.
Il n’en est pas de même du zoologiste. — Quoi qu’aient avancé sur ce point Schwann et les anatomistes qui ont adopté sa théorie cellulaire, iF y a dans le règne animal, à l’origine des divers tissus, autre chose que des cellules !. Les éléments organiques sont ici plus multipliés. Les organes bien distincts ne se laissent nullement ramener les uns aux autres. L'esprit du zoologiste, habitué à plus de fixité, sera donc porté à attribuer plus d'importance aux modifications extérieures ou intérieures, surtout à celles qui touchent à la question de l’immutabilité des espèces. Mais qu'on y regarde de près, et l’on se convaincra aisément que dans les deux règnes l'espèce peut présenter des modifications héréditaires relativement tout aussi considérables. — Toutefois, comme il s’agit ici d’une comparaison rigoureuse et suivie terme à terme à laquelle les formes et les fonctions végétales ne se prêteraient pas ou se prête-
1. J'ai donné des détails sur la théorie de Schwann, et indiqué les raisors qui s'opposent à ce qu’on l’admetle, dans mes études sur les Métamorphoses (Revue des Deux Mondes du 1° avril 1855). Tous les travaux faits depuis cette époque ont confirmé les résultats généraux que j’exposais alors. Aujourd’hui la théorie cellulaire commence à être abandonnée en Allemagne même, où elle a régné pendant quelque temps sans partage. Au reste, un mouvement analogue s’est accompli dans les idées des botanistes, et les théories exclusivement cellulaires sont sérieusement ébranlées dans le règne même auquel elles paraissent si bien s'appliquer.
raient mal, nous laisserons les plantes de côté pour ne tenir compte que des animaux et surtout des mammifères.
De tous les caractères présentés par les groupes humains, ceux qui varient le plus et dans les limites les plus étendues sont sans contredit les caractères qui tiennent à la coloration. Par exemple, la peau change du blanc rosé au noir, et certes, pour qui ne s’est pas rendu compte de la nature de pareilles différences, il y a là de quoi frapper l'esprit. II est difficile de ne pas croire au premier abord que la peau présente chez le nègre et le blanc des difiérences radicales, et cette croyance, qu'on se formule plus ou moins nettement à soi-même, est certainement pour beaucoup dans la tendance générale à admettre la multiplicité des espèces.
Eh bien! rien n’est moins fondé que cette conclusion tirée des apparences extérieures. Des recherches déjà anciennes auraient permis de présumer ce fait, qu'ont mis complétement hors de doute les études modernes aidées de procédés de plus en plus délicats et rigoureux. Que lon emploie une macération méthodique, comme l’a si heureusement fait M. Flourens, ou qu'avec MM. Krause, Simon, Kc«ælliker, on appelle à son secours le microscope et les agents chimiques, toujours on arrive aux mêmes conclusions, et ces conclusions peuvent se formuler ainsi : — La peau du blanc et celle du nègre sont composées des mêmes parties, des mêmes couches disposées dans le même ordre; — chez l’un et chez l’autre, ces couches présentent les mêmes éléments, associés ou groupés d’une manière identique; — sur
un seul individu appartenant à la race blanche, on peut trouver à diverses régions du corps la peau de l’homme noir et la peau de l’homme jaune (c’est-àdire la peau des trois extrêmes que présentent les groupes humains), avec tous leurs caractères les plus intimes, les plus profonds.
Essayons de donner une idée des faits d’où ressortent ces conséquences à la fois si importantes et si peu d'accord en apparence avec le témoignage de nos sens.
Pour mieux nous faire comprendre, nous regarderons la peau, considérée dans son ensemble, comme composée essentiellement de trois couches : le derme, l’épiderme et le corps muqueux de Malpighi!. — Le premier forme le cuir ou la peau proprement dite ; il est situé au-dessous des deux autres et largement abreuvé de sang par une foule de vaisseaux ramifiés à l'infini. C’est à eux qu'il doit la teinte rouge qu’il présente à l’œil nu lorsqu'on le met à découvert; mais si on l’examine à un grossissement suffisant, on aperçoit entre les mailles des réseaux vasculaires les tissus propres qui le composent, et ces tissus sont aussi blancs chez le nègre de Guinée que chez l’Européen. Cette couche profonde est exactement la même chez le nègre et chez le blanc. — Tout à fait à l’extérieur se trouve l’épiderme, couche d'apparence cornée, composée de lamelles translu-
1. Tous les anatomistes admettent l'existence de ces trois couches; mais ils varient dans l’appréciation des rapports qui les unissent, et chacun d’eux les subdivise ensuite en un certain nombre d’autres couches secondaires. IL est inutile d'entrer dans ces détails.
cides plus ou moins intimement adhérentes entre elles, et dont la demi-transparence permet d’apercevoir la teinte générale’ des tissus placés au-dessous. Cette couche est encore entièrement semblable dans toutes les races. :
Cest entre le derme et l’épiderme que se trouve placé le corps muqueux, siége de la coloration. — Celui-ci se compose de cellules pressées les unes contre les autres, et superposées de manière à former un certain nombre de stratifications. Jusqu'ici encore tout est pareil chez le nègre et chez le blanc ; mais dans ce dernier le contenu des cellules même le plus profondément situées est, dans la plupart des régions du corps, presque incolore, et ne présente qu’une légère teinte jaunâtre : cette couleur se fonce chez les races jaunes et chez les blancs eux-mêmes, quand ils ont le teint brun; chez le nègre enfin, elle devient d’un noir plus ou moins brunâtre.
On voit à quoi se réduit ce phénomène de la coloration diverse des races humaines. — De l’une à l’autre, il n’y a pas apparition d’organes ou d’éléments organiques nouveaux; il n’y a qu’une couleur qui, à partir d’un terme bb se fonce ou s’affai- . blit, et passe d’une nuance à l’autre, de manière à Mere plus ou moins prononcée Fe chacun de ces éléments.
Tel qu’il est néanmoins, ce fait pourrait être considéré comme ayant une valeur réelle dans la question qui nous occupe, s’il était constant, c'est-à-dire si chaque teinte spéciale concordait toujours avec d’autres caractères plus HUporans propres à cer-. tains groupes humains ; mais il n’en est pas ainsi, et
c’est surtout à propos de l’homme qu’on peut répéter ce que Linné disait à propos des fleurs : nimium ne crede colorit. — Tous les hommes noirs ne sont pas des nègres : il en est parmi eux qui se rattachent, par une parenté incontestable et très-proche, aux populations les plus blanches. — Bien plus, comme nous l’avons dit plus haut, l’Européen, l’Européenne, portent sur eux, à diverses régions du corps, des échantillons , pourrait-on dire, de la peau caractéristique des principaux groupes humains. M. Flourens a parfaitement démontré que l’aréole mammaire ne doit sa couleur spéciale qu’à la présence d’une peau identique de tout point avec celle du nègre ; M. Kœlliker a retrouvé chez un Européen, et dans une région du corps difficile à nommer, une coloration des couches cutanées entièrement semblable à celle que lui avait montrée la tête d’un Malais ; M. Simon de Berlin a prouvé que les taches de rousseur et les grains de beauté ne sont autre chose que des points où, sans altération aucune, les cellules du corps muqueux sont colorées comme chez le nègre, etc. — Que l’on ajoute à ce que nous venons d'indiquer certains faits bien connus, tels que la multiplication des taches de rousseur sous l'influence de la chaleur et du soleil, le développement du masque chez les femmes enceintes, etc.; que de cet ensemble de données on rapproche certaines observations relatives aux chansgements de coloration cités dans notre étude précédente, et certainement on devra conclure avec nous que les teintes diverses qu'offrent les groupes
i. « Ne croyez pas trop à la couleur. »
humains sont bien loin d’avoir en anthropologie la valeur qu’on leur a longtemps accordée, que leur accordent encore les hommes étrangers à nos études, mais que leur refusent généralement aujourd’hui, avec raison, les anatomistes.
Si nous examinions en détail les phénomènes de. coloration que présentent les yeux, les cheveux ou même les parties plus profondes, nous arriverions aux mêmes conséquences.—Les yeux bleuâtres, gris, châtains, sont loin d’être rares chez les nègres les mieux caractérisés; des populations à peau parfaitement blanche ont très-souvent les cheveux noirs. — Quant à la couleur foncée du cerveau et de certaines membranes, dont on a voulu faire pour le nègre un signe distinctif, elle a été fort exagérée, et si elle existe dans certains cas, il n’y a là rien de constant. C'est ce que permettent d'affirmer les dissections, aujourd’hui assez fréquentes, qui se font dans nos amphithéâtres sur des individus appartenant à cette race. — D'ailleurs cette coloration interne ne se rencontre pas seulement chez les nègres. Dans un travail récent, M. Gubler, résumant ses nombreuses observations à ce sujet, a fort bien montré qu’elle se retrouvait, à des degrés divers, chez les Européens à teint plus ou moins foncé; qu’elle présentait parfois et par places une intensité aussi grande que chez les nègres, et qu’elle était tantôt héréditaire et tantôt individuelle t.
Cette instabilité des phénomènes de coloration,
1. Sur la Coloration des centres nerveux chez les individus de
race blanche (Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, 4 ITR
cette facilité avec laquelle ils se produisent identiquement les mêmes dans des populations humaines d’ailleurs très-différentes et se manifestent parfois d'une manière tout à fait isolée chez des individus, s'accordent aussi peu que possible avec la nature des caractères propres à distinguer une espèce, et rappellent au contraire à tous égards les faits que présentent les caractères de race. Aussi les retrouvonsnous, et à un degré plus prononcé encore, dans nos animaux domestiques. Chez eux, quand elle est nue, la peau présente des variations de teinte non moins durables’. — Les pattes de nos poules ordinaires sont pariois blanchâtres, plus habituellement ardoisées; elles sont devenues noires, olivâtres, jaunes, etc., dans d’autres races, dont quelques-unes sont d’origine assez récente. — La peau même du corps est jaunâtre dans la poule de Cochinchine, blanche dans la poule gauloise, noire dans ces races nègres qui se sont formées en Amérique, sur le plateau de Bogota; en Asie, dans les Philippines, à Java; en Afrique, aux îles du Cap-vert, et qui se développeraient bien vite dans certains pays de l’Europe, si l’on ne cherchait à les arrêter à cause des apparences peu agréables qu’elles offrent aux consommateurs.— Chez ces poules nègres, la couleur noire ne s'arrête point à la surface du corps; elle pénètre à l'intérieur comme chez les nègres et les Européens
1. On sait que d’une manière générale, chez les végétaux comme chez les animaux, les parties soustraites à l’action directe de la lumière présentent un développement moins marqué des principes colorants. Ce fait se retrouve dans l'espèce humaine, et nous y reviendrons plus tard.
dont nous parlions tout à l'heure. Seulement elle est ici beaucoup plus foncée, et elle envahit toutes les membranes muqueuses, le périoste! et les gaînes cellulaires qui entourent les muscles, si bien que la chair entière semble en être imprégnée. Ainsi à elles seules les poules domestiques reproduisent sur leurs téguments, et jusque dans l’intérieur du corps, tous les faits fondamentaux de coloration que présentent les races humaines, et le plus frappant de tous, celui de la coloration en noir, se répète journellement SOUS n0S yeux.
Les plumes chez les oiseaux, les poils chez les mammifères, représentent les cheveux et les villosités qui couvrent chez nous diverses parties du corps. — Il serait bien inutile d'entrer dans des détails pour démontrer au lecteur que ce plumage, ce pelage, varient pour la même espèce domestique, sous le rapport de la couleur, dans des limites bien autrement étendues que ne le font leurs analogues chez l’homme. Chacun sait que les teintes y sont beaucoup plus multipliées, et que de plus elles se mêlent ou se juxtaposent par plaques, par taches, par bandes, de cent manières qu’on n'observe jamais sur le corps humain.
Ces différences ne sont pas les seules que les téguments présentent chez les animaux d’une race à l’autre ; ils varient aussi en quantité. — Nous avons des chiens à fourrure épaisse, tels que le chien d’Islande et le chien mouton, d’autres dont la peau est
3. Membrane fibreuse qui tapisse tous les os chez l’homme et les animaux vertébrés.
entièrement nue, comme la race improprement appe- .lée race turque. — Les bœufs présentent des faits tout semblables, et M. Roulin nous a appris qu’en descendant des Cordillères, on pouvait observer sur ces animaux tous les degrés de pelage, depuis le plus épais jusqu’à la nudité complète de la peau. Dans la région des graminées, les bœufs ont le poil remarquablement long et fourni; dans les plaines de Neïba et de Mariquita, il s’est formé une race qui n’a plus que des poils fins et très-rares. Ces bœufs, désignés sous le nom de pelones, ne sont pas recherchés, mais on les laisse vivre. Il n’en est pas de même des calongos, qui sont entièrement dépourvus de poils. ‘Ceux-ci sont impitoyablement tués pour éviter qu’ils ne se reproduisent, et s’ils sont jusqu'ici restés à l’état de variété, s'ils n’ont pas formé une race, il est clair que c’est à cette précaution radicale qu’on le doit. Enfin chez les oiseaux, chez les mammifères, le plumage et le pelage changent de qualité selon la race. — On sait que les derniers ont deux sortes de poils, la laine et Le jar, auxquels répondent chez les premiers le‘duvet et les plumes. Dans nos moutons à laine fine d'Europe, le jar a complétement disparu, excepté sur le museau, les oreilles, les pattes; il existé seul au contraire sur les moutons du Sénégal, de Guinée... et peut encore être long ou court, selon la race.— Des faits pareils ont été observés chez les oïseaux. Dans l’Amérique méridionale, les poulets n'ont pas de duvet. En revanche la poule de soie du Japon, retrouvée peut-être un moment par Mme Passy", est
1. En 1852, Mme Passy, qui élève en grande quantité des poules !
couverte seulement d’un duvet fin, soyeux, et manque entièrement de plumes. — Ainsi, dans les deux, classes d'animaux qui fournissent presque toutes nos espèces domestiques, les éléments du plumage ou du pelage peuvent se substituer à peu près complétement l’un à l’autre; tous deux peuvent être remarquablement modifiés; tous deux peuvent être exagérés d’une manière évidente; tous deux peuvent disparaître complétement, et tous ces faits caractérisent non pas des espèces, mais bien de simples races. On n’observe pas chez l’homme de semblables extrêmes. — À quelque groupe qu’il appartienne, toujours sa tête reste couverte de cheveux, et toujours aussi, à quelques exceptions près, qui se produisent dans tous les groupes, on retrouve plus ou moins de villosités là où nous en possédons nousmêmes d’une manière constante. Des populations entières ont la barbe moins fournie que les Européens; il n’en existe pas qui soient complétement privées de cet attribut. L’assertion contraire, répétée à diverses reprises par un certain nombre d'auteurs, tant anciens que modernes, a toujours été réfutée par des observations plus exactes. — Hérodote, Ammien
cochinchinoises, vit apparaître au milieu de ses couvées d’arrièresaison une vingtaine d'individus semblables aux autres en tout point, « si ce n’est qu’il ne leur poussa jamais de plumes, et que le duvet qui les couvrait était si épais et si doux qu’il ressemblait au poil d’un chat, poil dans lequel ces poules paraissaient trèssatisfaites de laisser passer un peigne fin. » Un pareil fait paraît s'être produit à la même époque chez M. Johnson. Il est bien vivement à regretter qu’on n'ait pas cherché à conserver cette race d'oiseaux couverts de poil. Nous aurions eu là l’exemple d'une race très-curieuse dont la date de naissance eût été parfaitement connue, ce qui est rare.
Marcellin, avaient dit que certains peuples asiatiques sont complétement imberbes ; mais Pallas nous a appris que l’épilation, pratiquée avec un grand soin dès Fenfance, leur donne seule cette apparence. — Humboldt a montré que la même explication s’appli-. quait au prétendu manque de barbe des Américains; d'Orbigny a pleinement confirmé ce qu'avait avancé sur ce point son illustre prédécesseur, et les détails qu'a bien voulu me donner M. l'abbé Brasseur, de Bourbourg, sont plus explicites encore. « Quand je voyaisentrer chez moi mes paroissiens, tous Indiens de race pure, je croyais, me disait ce savant voyageur, voir arriver des Arabes. Ils en avaient le teint; et leur barbe, leurs moustaches étaient tout aussi fournies. » — Quant aux cheveux d’un aspect si remarquable qui caractérisent les divers groupes nègres, c’est bien à tort qu’on les distingue par une épithète qui les assimile à la laine de nos troupeaux. Ils ressemblent bien plutôt à du crin crispé; mais ne sont en réalité que des cheveux ordinaires, plus gros seulement et plus rudes que les nôtres, et comme eux répondant au jar des mammifères".
Ainsi, à quelque point de vue que l’on compare les plumes ou les poils de nos races domestiques avec les cheveux et les villosités de l’homme, on rencontre toujours chez les premières des exemples de varia-
1. Une coupe transversale des cheveux appartenant aux races nègre, mongolique et blanche, montre aussi entre elles des différences marquées. Cette coupe est ovale allongé chez le nègre, ovale chez le blanc, circulaire chez le Mongol, l’Américain, etc. . On constate d’ailleurs tous les intermédiaires possibles entre ces trois formes.
148 AUVACHAPITRE Xi
tions bien plus grandes que dans les groupes humains les plus éloignés. — On va voir le même fait se reproduire d'une manière constante dans l’étude comparative d’autres caractères plus importants que ceux qui nous ont occupé jusqu'ici.
Parlons d’abord de la taille. Ici nous trouverons des chiffres précis et bien significatifs. — Daubenton et M. Isidore Geoffroy ont donné des tableaux indiquant la longueur et la hauteur des principales races de chien, mesurées l’une du bout du museau à l’origine de la queue, l’autre au train de devant. En comparant le chien de montagne et ke petit épagneul, on trouve que la longueur varie de 1 mètre 328 millimètres à 305 millimètres, la hauteur de 770 millimètres à 162 millimètres. — Ainsi dans la première des races dont il s’agit, le corps est plus de quatre fois plus long que dans la seconde, et la taille est presque quintuple.
Par suite de raisons que nous avons déjà indiquées, la plupart des espèces domestiques ont moins varié que le chien; elles n’en offrent pas moins, quant à la taille, des différences presque aussi remarquables. — Le lapin niçard n’a guère que 20 centimètres de long ; le lapin bélier atteint jusqu’à 60 centimètres, c’est-àdire une longueur triple. — D’après Daubenton, la hauteur des moutons s'élève, selon les races, jusqu’à 1 mètre 19 centimètres, ou descénd jusqu’à 325 millimètres. Ici encore le rapport est à peu près de 1 à 3. — Nos anciens chevaux de halage des bords du Rhône, le cheval de brasseur anglais, une race de chevaux de la Frise, ont souvent 1 mètre 80 centimètres au garot ; le cheval sheltie, d'après David Low, n’a parfois que
76 centimètres de hauteur au même endroit'. Il est alors moins grand que quelques-uns des chiens mesurés.par M. Isidore Geoffroy, et le rapport de la plus grande à la plus petite race est encore de plus du double. Ce chiffre est d’autant plus remarquable qu’en général les soins donnés par l’homme à cette espèce ont toujours eu pour but d’en élever la taille, d'en accroître les proportions, afin de la rendre plus apte à remplir la plupart des services qu’on lui demande.— L'examen des chèvres, des bœufs, des cochons, nous fournirait des faits analogues.
Voyons maintenant dans quelles limites varie la stature des groupes humains, et, négligeant les intermédiaires, comparons tout de suite les deux races extrêmes, les Patagons et les Boschismen.
On sait que la taille des premiers avait été singulièrement exagérée. Pigafetta, l'historien du voyage de Magellan ; Oviedo, qui a raconté celui de Loaysa, ne leur accordent pas moins de treize pieds (4 mètres 20 centimètres) de haut; mais cette taille s’est singulièrement réduite à mesure que les observations ont été plus nombreuses et plus précises. Déjà Drake avait remarqué que, parmi ses compatriotes, il se trouvait des individus d’une taille plus élevée que le plus grand des Patagons. Cette appréciation du célèbre amiral anglais, après avoir été trop oubliée, a reçu une éclatante confirmation. Commerson et Bougainville, après
1. Cette race est doublement remarquable en ce que, d’après David Low, elle reproduit dans sa petite taille les caractères de la belle race andalouse et descend probablement de chevaux espagnols échappés au désastre de la fameuse armada de Philippe IT (1588).
avoir passé plusieurs heures au milieu d’une peuplade patagone, estiment la taille de ces sauvages à cinq pieds huit pouces ou six pieds ; mais aucun voyageur n'a étudié cette question avec autant de soin qu’Alcide d’Orbigny. Celui-ci a séjourné dans le pays, observé des individus venus de plusieurs localités, usé de toutes les précautions nécessaires pour s’assurer de l’identité des populations qu'il examinait avec celles dont avaient parlé ses prédécesseurs, et surtout pris des mesures précises. Or la taille du plus grand Patagon qu'il ait mesuré était de cinq pieds onze pouces (1 mètre 915 millimètres);-et la moyenne obtenue par luiest de cinq pieds quatre pouces (1 mètre 73 centimètres). D’Orbigny indique d’ailleurs les circonstances qui ont pu tromper quiconque n’a vu que de loin ou en passant les hommes dont il s’agit. A leur stature élevée ils joignent des formes athlétiques, des épaules remarquablement larges, et ils se drapent dans leur manteau de peau de manière à produire une illusion que l’habile voyageur déclare avoir souvent partagée, tout prévenu qu'il était. — Voilà donc ce qu'est en réalité la taille de la plus grande des races humaines. Voyons quelle est celle de la p us petite.
Les Lapons ont longtemps passé pour être les plus petits hommes; mais Capell Brooke, qui a vécu un hiver parmi eux et a pu en mesurer un grand nombre, a reconnu que leur taille moyenne était de cinq pieds à cinq pieds deux pouces anglais (de 1 mètre 52 centimètres à 1 mètre 67 centimètres). Ils sont donc plus grands que les Boschismen. En effet Barrow, qui a pris des mesures dans un kraal de cent cinquante
habitants, a trouvé que l’hommele plus grand n’avait que quatre pieds neuf pouces anglais (1 mètre &4 centimètres), et la moyenne qu’il donne est de quatre pieds six pouces (1 mètre 31 centimètres)!
En comparant ce chiffre à celui que nous citions tout à l'heure pour les Patagons, on trouvera que le rapport de la plus grande taille moyenne à la plus petite est représenté par un et trois dixièmes, c’est-à-dire que la première est bien loin d’être double de la seconde. — On voit que la limite des variations de taille est de trois ou quatre fois moins étendue chez l’homme que chez les animaux.
L'étude des proportions générales du corps conduit à une conclusion toute semblable. — Comparons, par exemple, la longueur du tronc à celle des membres. Ici encore les recherches de Daubenton et de M. Isidore Geoffroy sur les chiens fournissent des chiffres précis. Dans les tableaux qu'ils ont dressés, on voit que le petit lévrier présente 36 centimètres de hauteur au train de devant, et 53 centimètres de longueur pour le corps. Chez le basset, la hauteur est de 30 centimètres, la longueur de 81 centimètres. Dans le premier cas, le rapport de la hauteur à la longueur du corps est exprimé par 0,68 dans le second cas par 0,37. Ces deux rapports varient donc presque du simple au double, et la différence tient surtout, on le sait, à la longueur proportionnelle des
1. Nous ne donnons ici que les chiffres relatifs aux hommes. En général la femme est sensiblement plus petite. Toutefois, chez les Patagons et quelques autres races, cette différence est moins sensible que dans d’autres. Chez les Boschismen, la taille moyenne des femmes est, selon Barrow, de quatre pieds anglais seulement (1".21).
membres. — D'autres espèces domestiques présenteraient des chiffres non moins significatifs, si nous possédions les mesures correspondantes. Tels sont surtout les moutons. Là aussi on trouve des races à longues jambes, par exemple les races kirghises; mais là aussi existe une race de formation toute récente, et sur laquelle nous reviendrons plus tard avec détail, la race loutre ou race ancon, qui s’est développée dans l'Amérique du Nord. Cette race est parmi les moutons ce que le basset est parmi les chiens, et à en juger par les dessins que nous avons eus sous les yeux, le rapport de Ta hauteur à la longueur doit être à peu de chose près le même.
Dans les groupes humains, les dimensions relatives du tronc et des membres ne varient jamais dans des proportions comparables, même de trèsloin, à ce que viennent de nous montrer les races animales. — Les polygénistes ont insisté à diverses reprises sur la longueur du membre supérieur, et surtout de l’avant-bras, chez le nègre. En général, cette longueur est un peu plus considérable que chez le blanc; mais faut-il voir là une différence comparable à celle que présentent le chien lévrier et le basset, nos moutons et le mouton loutre? Nos lecteurs peuvent en juger. Nous en dirons tout autant de la longueur des jambes de l’Hindou comparées à celles de l'Européen. La différence fût-elle aussi grande que l’affirment quelques voyageurs, il n’y aurait encore là rien qui approchât de ce que nous venons de rappeler, de ce que tout le monde sait exister chez les animaux.
Au reste, les exagérations relatives aux variations
de la taille et des proportions dans les groupes humains, s'expliquent aisément par un fait trop souvent oublié. — Lorsqu'il s’agit de notre espèce et de certains détails de l’organisation extérieure, notre œil, par suite de l’éducation qu’il s’est faite à lui-même, possède une rigueur d'appréciation qui rend extrémement sensibles les moindres modifications. Chacun sait avec quelle promptitude il saisit des différences de taille de quelques millimètres, et combien même ‘il se les exagère. Il en est presque de même quand il s’agit du rapport des diverses parties du corps entre elles. Rien de plus facile que de s’en convaincre dans quelqu'un de ces bains publics où la population de nos grandes villes étale tant dé tristes exemples de presque toutes les déformations possibles. A la vue de quelques-uns de ces spécimens mal bâtis de la forme humaine, on se dira d’abord, en employant une locution vulgaire : « [ls sont tout jambes. » Qu'on y regarde de plus près, qu'on les compare avec d’autres individus d’une même hauteur totale qu’on regarde comme étant bien bdtis; on verra que la longueur des jambes diffère à peine de quelques centimètres en plus ou en moins. — Chez un homme ordinaire, comptant 1 mètre 75 centimètres de haut, la longueur des bras, de l'articulation de l'épaule au bout des doigts, est d'environ 75 centimètres; celle des jambes, de la saillie placée au-dessous des hanches jusqu'au talon, est d'environ 86 centimètres. Que l’on retranche ou qu’on ajoute par la pensée 10 ou 12 centimètres seulement, soit au membre supérieur, soit au membre inférieur, qui ne voit qu'il en résulterait une difformité réelle
faite pour frapper au premier coup d'œil? Et pourtant on n'aurait diminué ou augmenté ces membres, le premier que d’un septième, le second que d’un huitième environ. — Du nègre au blanc, de l’'Hindou à l’Européen, la différence est bien loin d'être aussi considérable, tandis que nous avons vu ces mêmes parties varier, toutes proportions gardées, du simple au double d’une race animale à l’autre. — Ici encore les limites de variation se montrent donc bien plus étendues chez les animaux que chez l’homme.
Toute variation dans la taille et les proportions porte nécessairement sur le système osseux qui forme la charpente du corps; mais le squelette peut encore être atteint, et jusque dans ses parties les plus centrales, de diverses autres manières.— Toutes choses égales d’ailleurs, le tronc par exemple peut être, dans les mêmes espèces, ou plus long ou plus court, selon les races. D’ordinaire ces différences tiennent à l'allongement ou au raccourcissement des vertèbres, dont le nombre d’ailleurs reste fixe. Parfois aussic’est ce nombre lui-même qui varie. Les cochons sont remarquables sous ce rapport. D’après Eyton, que cite M. Godron, il peut exister chez eux de treize à quinze vertèbres dorsales, de quatre à six vertèbres lombaires et sacrées. Ces variations sont bien plus étendues encore dans la queue, dont le squelette n’est autre chose qu’un prolongement de la colonne vertébrale; on y compte, dit encore Eyton, de treize à vingt-trois osselets, et toutes ces différences sont héréditaires dans certaines races porcines de l’Angleterre.— Déjà Frédéric Cuvier avait remarqué que
la queue des chiens renferme de seize à vingt et une vertèbres.
Au reste, cet appendice est un de ceux qui présentent dans plusieurs espèces domestiques les modifications les plus considérables. Chez les moutons en particulier, comme nous l’apprennent Pallas et D. Low, tantôt la queue disparaît presque complétement dans certaines races pérsanes, abyssiniennes, tartares; tantôt au contraire elle s’allonge de manière à traîner jusqu’à terre, comme dans certains moutons de l'Ukraine, de la Podolie, du pays de Galles, etc. Habituellement elle est assez inaigre ; mais on sait aussi qu’elle se charge parfois de loupes graisseuses énormes pesant, d’après Chardin, plus de trente livres, et nécessitant l'emploi d’un petit chariot qui supporte ce poids incommode, et facilite les mouvements de l'animal.
L'homme présente-t-il le moindre fait qu’on puisse comparer aux précédénts ? Évidemment non. — Dans les groupes humains, le nombre des pièces qui entrent dans la composition de la colonne vertébrale proprement dite est resté toujours et partout le même. Si parfois on a rencontré des individus présentant une vertèbre en plus ou en moins, ces faits ont été recueillis et signalés à raison même de leur rareté, .et loin de former le caractère d’une race, is sont restés entièrement isolés.
Quant au prolongement de la colonne vertébrale, qui représente chez nous la queue des animaux, et qu’on appelle le coccyx, il a donné lieu, dans ces dernières années, à quelques discussions. La ques-. tion des hommes à queue, que l’on pouvait croire
résolue depuis longtemps, a été remise sur le tapis, etilest difficile de la passer entièrement sous silence. Qu’y a-t-il donc de vrai dans ce que disent à ce sujet les témoignages anciens et modernes, témoignages venant en certaines occasions de personnes évidemment dignes de foi? Rien que de très-simple. — L'homme à l’état d’embryon a une queue proportionnellement aussi longue que le chien. Par les progrès mêmes du développement et de la métamorphose, cette queue se trouve changée en coccyx ‘. Un arrêt dans la métamorphose de cette partie suffirait donc pour que l’homme présentât un prolongement caudal sensiblement plus long que celui qu’il possède à l’état normal. — Or nous savons que de semblables arrêts ont été fréquemment observés dans presque tous les organes. Il n’y aurait donc rien d’étrange à ce que le fait tant controversé se fût réalisé sur quelques individus. Toutefois en admettant qu’il en soit ainsi, ce qui n’est pas prouvé, en admettant en outre que cette singulière conformation fût devenue héréditaire, et que l’histoire des fameux Niam-Niams ? ne fût pas une fâble, cette modification serait encore bien peu de chose, comparée à celles que nous montre chaque jour la queue des diverses races de moutons. — Ainsi, ni dans sa partie essentielle, ni dans son prolongement extérieur, la colonne vertébrale de l’homme ne présente des variations com-
1. Voyez, sur ces transformations, la série intitulée : Les Métamorphoses et la Généagenèse (Revue des Deux Mondes, 1° juin 1856).
2. On a donné ce nom à une prétendue peuplade de nègres anthropophages, qui serait caractérisée par le prolongement caudal dont nous parlons.
parables en quoi que ce soit à celles que nous rencontrons chez nos races domestiques, et qui les caractérisent.
Nous avons insisté avec quelque détail sur les caractères précédents, parce que les résultats de la comparaison que nous cherchons à établir entre les races animales et les groupes-humains pouvaient ici se traduire en chiffres ou s’exprimer assez facilement par des paroles. Nous passerons plus légèrement sur les faits qui, pour être bien appréciés, exigeraient au moins des figures exactes et multipliées. Tels sont ceux qui ressortent de l’étude des têtes osseuses.
Déjà Daubenton, Blumenbach, avaient fait remarquer que, de la tête du sanglier à celle du cochon domestique, les caractères variaient bien plus que de la tête du blanc à celle du nègre. Prichard, en reproduisant cette opinion, dont il est si aisé de constater la justesse, l’a étendue avec raison aux têtes de diverses races de chiens. Si l’on place d’un côté les têtes de blanc et de nègre les mieux caractérisées, de l’autre les premières têtes venues de dogue, de barbet, de lévrier, etc., il est impossible de ne pas voir, au premier coup d'œil, que les différences sont de beaucoup plus prononcées dans le second groupe que dans le premier. Chez l’homme, rien ne frappera un œil inexpérimenté, à l’exception peut-être du prognathisme, c’est-à-dire d’une légère projection en avant des mâchoires et des dents. Chez les chiens au contraire, on verra tout de suite que la forme et les proportions de presque toutes les parties varient de la manière la plus marquée. — Malheureusement, sans tomber dans des détails tout à fait techniques,
difficiles à suivre même pour les hommes spéciaux, nous ne saurions donner ici une idée de ces modifications, et nous renverrons le lecteur jaloux de vérifier l’exactitude de nos assertions aux détails donnés par Frédéric Cuvier dans un travail spécial’, aux . planches que Prichard a jointes à l’abrégé de son Histoire naturelle de l'homme”, et surtout aux squelettes qui font partie des collections du Muséum. — Quelque prévenu qu’on puisse être, on sera certainement forcé de reconnaître que le squelette de la tête varie, d’une race d'animaux domestiques à l’autre, infiniment plus qu'entre groupes humains.
L'étude des fonctions donnerait des résultats tout à fait semblables à ceux qu’on obtient par l’examen des organes, et pour n’en citer qu’un exemple, nous rappellerons que partout la femme est féconde en toute saison, et que les limites extrêmes de sa fécondité ne sont jamais aussi distantes qu’elles le sont de race à race chez les espèces que nous avons citées.
Il en est encore de même pour les facultés instinctives et psychologiques. Chez les animaux, ces facultés varient sous l’influence de l’homme ou de conditions d’existence nouvelles, tout comme les caractères anatomiques et physiologiques. — Le sanglier, on le sait, se retire le jour dans sa bauge et n’en sort guère que la nuit. Le porc au contraire dort la nuitet veille pendant le jour. Sous l’empire de la domesticité, le sanglier est devenu un animal diurne, de nocturne qu'il était naturellement. — Le castor, en Amérique
1. Article Chien dans le Dictionnaïtre des sciences naturelles. 2. Cet abrégé a été traduit en français par M. Roulin.
comme en Europe, troublé dans son repos, traqué par le chasseur, a complétement modifié le genre de vie qui en fait un des exemples les plus curieux à étudier quand on veut se rendre compte de ce que sont, chez les animaux, l'intelligence et l’instinct. Au lieu de se réunir en familles nombreuses, de construire des digues et de bâtir des cabanes, il s’est mis à vivre seul et à se creuser un terrier. De social et de bâtisseur qu'il était, il est devenu solitaire et fouisseur.— Dans les deux cas que je viens de citer, il y a eu pour ainsi dire renversement de facultés natives, et bien certainement on ne saurait citer rien de semblable chez l’homme.
A l’appui de cette conclusion, à l’appui de tout ce qui précède, j'aimerais à examiner ici avec détail quelques-uns des groupes les moins favorisés parmi les populations humaines. Il en est surtout trois dont l’histoire serait singulièrement instructive. — De tout temps les polygénistes ont tendu à exagérer outre mesure la distance qui existe entre ces groupes. Ne pouvant surélever les blancs au-dessus d’un niveau que nous connaissons tous, ils ont été forcés de dépasser de beaucoup la limite inférieure réelle, de placer de plus en plus bas les populations le plus mal partagées sous le rapport de la beauté physique ou des aptitudes intellectuelles. Ils ont été ainsi entraînés à les rattacher d'aussi près que possible aux animaux eux-mêmes. De là tous les efforts tentés pour trouver des ressemblances , des identités entre certains singes anthropomorphes ‘ et les nègres
1. On a désigné sous ce nom le groupe de singes dont Îles formes rappellent le plus celles de l’homme.
d'abord, Les hommes noirs furent déclarés incivilisables ; on parla de leur museau, et malgré tout ce qu'avait pu dire un naturaliste bien peu suspect en pareille matière, Desmoulins', on soutint que le cerveau du nègre et celui de l’orang-outang présentent des rapports établissant entre l’homme noir et la bête des relations de voisinage inmédiat.
Toutefois, quand l'Afrique se fut ouverte devant nos intrépides voyageurs, quand on connut les Dahomans, les Fantis, les Aschantis, quand on eut appris d’une manière sûre qu'il existait des villes, des arts, une civilisation nègres, il fallut bien chercher ailleurs cette espèce d'homme qui devait, d’après certaines théories, servir d’intermédiaire entre le blanc et les animaux. On se rejeta alors sur les Hottentots. On répéta à leur sujet, en l’aggravant d’une manière assez notable, tout ce qu’on avait dit des nègres; mais on se trouvait en présence des renseignements fournis par Levaillant et confirmés d’année en année par d’autres voyageurs, par les missionnaires. Pour être pasteur et nomade, pour se frotter le corps de graisse ou de beurre rance, un peuple ne pouvait pas être longtemps comparé à un singe quelconque. — Enfin on s’adressa aux Australiens, et cette fois on traça le tableau de la dégradation la plus complète. — Être déclarée absolument dépourvue de religion, de lois, d'arts, d'industrie, être proclamée
1. Desmoulins était polygéniste : il adm-ttait seize espèces d'hommes distinctes; mais il était en outre anatomiste sérieux et ne pouvait par conséquent se laisser prendre à certaines asseran que l’école américaine surtout paraît chercher à remettre en aveur.
totalement incapable de s'élever d’une façon quelconque dans la civilisation, ce sont à coup sûr les plus doux reproches adressés à cette malheureuse population. Pour le physique, ce n’est plus à l’orang qu’on compare l’Australien, c’est au mandrill'. Quant au moral, voici comment un auteur anglais résume tout ce qu'il en a dit : « En un mot, ils ont toutes les choses mauvaises que ne devrait jamais présenter l’humanité , et plusieurs dont rougiraient les singes, leurs congénères ?. »
On voit que la progression a été rapide. Lorsqu'on comparait le nègre d'Afrique à un singe, c'était du moins à un singe supérieur : on fait de l’Australien un singe inférieur et vicié*. Qu’y a-t-il de vrai dans ces sombres peintures? Rien, si ce n’est que l’Australien est un des représentants les plus abaissés de l'humanité. — A-t-il pour cela perdu l’empreinte du type humain? Les caractères du règne, de l’espèce, ont-ils disparu? Non. Pour lui, comme pour le nègre et le Hottentot, des informations plus vraies ont fait justice d’assertions inexactes, basées tout au plus sur des observations incomplètes, sur des généralisations hasardées, parfois aussi sur de bien plus tristes motifs. — Pour justifier nos dires, indi-