‹ Unité de l'espèce humaineChapitre 33 sur 66 · Mesure anglaise; c'est environ · texte numérisé non relu

Mesure anglaise; c'est environ

où la population n’a jamais subi l’influence de ces causes de dégradation, la même race fournit des exemples parfaits de beauté et de vigueur physique et morale. » — Ces deux groupes si différents, dont l'un rappelle les peuplades les plus inférieures de l'Australie, dont l’autre supporte la comparaison avec tous les blancs, sont-ils donc de même race? Non, dirons-nous au docteur Hall. L’Irlandais du comté de Meath représente seul l’ancienne souche. Pour lui, le milieu est resté le même, et il n’a pas changé : mais l’Irlandais de Flews, soumis à des conditions d'existence tout autres, s’est modifié : il a formé une race nouvelle dérivée de la première, et en harmonie avec le déplorable milieu qui lui a donné naissance. Il y a maintenant dans ces contrées si voisines deux races au lieu d’une seule. — C’est du moins ainsi que l’on conclurait s’il s'agissait de moutons, de chevaux ou de bœufs; c’est donc ainsi que nous conclurons alors qu'il s’agit de l’homme lui-même.

Des faits que nous venons d’indiquer, de tous ceux que nous pourrions invoquer encore, il résulte que, placée dans des conditions défavorables, la race la mieux douée perd son rang et tombe assez rapidement à l’un des derniers échelons de l’humanité; que, même armé de toutes les ressources que lui prêtent la science, l’industrie, la civilisation moderne, l’homme n’en subit pas moins les actions de milieu; enfin que ces actions se trahissent par leurs effets bien plus promptement et d’une façon beaucoup plus marquée qu’on ne l’admet d'ordinaire. — Il n’a pas fallu deux siècles, huit générations, pour transformer sur place le Celte irlandais en une sorte

d’Austalien; deux siècles et demi, dix ou douze générations au plus, ont suffi pour substituer le Yankee à l’Anglo-Saxon!. — Qu'on juge, après cela, des effets qu'ont pu, qu'ont dû produire sur l’homme des séries de siècles, des centaines de générations, alors que les populations entièrement ou à demi säuvages subissaient à peu près sans défense aucune toutes les influences exercées par des terres nouvelles et luttaient à la fois contre la nature animale et végétale, côntre les forces physico-chimiques qui avaient jusque-là régné sans partage! Combien la lutte pour l'existence devait être ici plus rude, et plus meurtrière qu’elle ne l’est de nos jours pour ces voyageurs, pour ces pionniers dont nous admirons pourtant le courage ! Combien les traces de cette lutte devaient être plus profondes et plus durables!

Certes tout lecteur qui aura présent à l'esprit ce que nous ont enseigné les races animales, et qui tiendra compte de toutes ces circonstances de temps et de lieu, ne s’étonnera plus de trouver entre les groupes humains, considérés comme de même espèce, les différences qu’on y remarque; il sera plutôt surpris qu’elles ne soient pas beaucoup plus grandes encore.

Les polygénistes, qui veulent voir dans ces différences des caractères d'espèce, sont bien forcés de les considérer comme primitives et invariables, car ac-

1. La plupart des essais sérieux de colonisation accomplis sur

le territoire des États-Unis ne remontent guère qu’à 1629, époque

+où les puritains commencèrentà peupler le Massachusetts, et ce n’est qu’en 1681 que Penn reçut en don de Charles II la contrée

qu’il paya aux indigènes et qui a conservé son nom. +1

corder qu’elles peuvent être accidentelles et changeantes, ce serait pour eux convenir de la faiblesse, ou mieux de la nullité des arguments qu’ils empruntent à cet ordre de considérations, et en réalité ils n’en ont pas d’autre.— Or, cette nécessité les met en présence d’une alternative dont les conséquences sont en tout cas contraires à leur doctrine. — Ou bien ils étendront leurs idées aux autres êtres organisés, afin de faire rentrer l’homme dans des lois générales , et nieront la variabilité de l'espèce animale, comme ont essayé de le faire d’uné manière plus ou moins nette quelques-uns d’entre eux!; ou bien, tout en reconnaissant que l’espèce animale et végétale peut se modifier ainsi que nous l’avons indiqué, ils persisteront à soutenir que les espèces humaines sont invariables. |

Dans le premier cas, la doctrine polygéniste se met en contradiction flagrante avec des faits journaliers, connus de tout le monde, tombés dans la pratique industrielle la plus vulgaire , et dont nos études actuelles n'ont fait en réalité que préciser les limites et la portée scientifique auprès de nos lecteurs.

Dans le second cas, la doctrine polygéniste fait de l’homme une exception unique et inexplicable. — Forcée de voir en lui un être organisé et vivant, elle n’en aflirme pas moins qu’il échappe à des lois qui régissent tous les autres êtres de même nature; elle le met en dehors de la physiologie générale. Quels arguments apporte-t-elle à l'appui de cette singulière

1. Voy. surtout l'Histoire monumentale des chiens dans Types of Mankind.

assertion? Aucun : elle se borne à déclarer qu’il en est ainsit ; mais par cela même il lui faut nier des faits aujourd’hui trop nombreux, appuyés de témoignages trop divers et trop précis, pour pouvoir être mis en doute.

En résumé la doctrine polygéniste explique la persistance du type égyptien et tous les cas analogues, soit, mais elle ne saurait rendre compte de la transformation des Irlandais de Flews, de la formation de la race yankee, non plus que de tous les faits semblables. — En outre, elle conduit inévitablement soit à séparer l’homme de tous les autres êtres organisés dans des questions où l'identité générale de nature commande la similitude des phénomènes, soit à le maintenir à côté d'eux, mais en attribuant aux animaux des qualités que nous savons positivement leur manquer. |

La doctrine monogéniste, appuyée sur ces actions de milieu qui se manifestent partout, rend compte à la fois de la constance des caractères et de ieurs variations; elle accepte tous les faits constatés et n’est en contradiction avec aucun : elle ne fait de l'homme physique que ce qu’il est réellement, un être organisé et vivant, soumis en cette qualité à toutes les influences , à toutes les lois de la physiologie générale commune à tout ce qui vit. , |

Jusqu'ici les deux doctrines avaient pu paraître à peu près également fondées; il était permis d’hésiter. Mais ici il se manifeste entre elles un contraste sérieux, et de nature telle que tout homme libre

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