Pritchard
sans sortir de France. — La Dombes, ce plateau couvert d’étangs, dont M. de Lavergne a raconté dans la Revue des Deux Mondes la triste et curieuse histoire, est presque aussi meurtrière pour les montagnards du voisinage que le sont pour les émigrants les bords du Sénégal; beaucoup plus, à coup sûr, que les plaines de Buenos-Ayres ou de Montevideo, et surtout que le Cap ou la Nouvelle-Hollande. Or la Dombes nourrit une population peu nombreuse, affaiblie par les. maladies, dont la taille et la vie. moyennes sont sensiblement au-dessous de celles des populations voisines?; mais, lentement façonnée à des conditions d'existence exceptionnelle, cette population les supporte néanmoins, et résiste à leur action délétère mieux que les vigoureux montagnards du Jura et du Bugey. « Souvent, nous écrit M. Hervé- Mangon, deshommes, des femmes, attirés par l’appât d’un mariage avantageux, se fixent dans la Dombes, espérant hériter de leur conjoint et retourner dans leur patrie; mais bien souvent aussi la mort déjoue ces tristes calculs, et l'enfant du pays, débile en arparence, enterre le robuste étranger. Les journaliers appelés du dehors sur cette terre insalubre n’y vivent guère que trois ou quatre ans, et les ouvriers de passage employés aux moissons paraissent éviter de