CHAPITRE XX. — ACTIONS DE MILIEU
ploient constamment, soit comme preuves directes de leurs opinions, soit comme objections à la doctrine contraire.
Sur ce terrain, les silhouettes de Knox et son exclamation : « Voyez comme ils se ressemblent! » sont en effet une démonstration. Mais qui ne connaît quelque famille où l’on démontrerait par les mêmes arguments que deux frères, deux sœurs sont d'espèces . différentes? Et comment, après tout ce que nous avons vu, admettre le principe qui entraîne fatalement de semblables conséquences ?.
Examen de la théorie d’Agassiz. — Centre de création de l’espèce humaine.
Nous avons exposé du mieux.qu’il a été possible, et sans jamais chercher à en atténuer la portée, les arguments opposés au monogénisme qui présentent le plus d'apparence de fondement. Nous croyons les avoir réfutés, et c’est au lecteur à juger de la valeur de nos réponses. Il nous faut aborder maintenant l'examen d’une doctrine spéciale qui s’est produite assez récemment en Amérique, qui semble avoir cherché une sorte de milieu entre le monogénisme et le polygénisme, quelque difficile que la chose puisse paraître, et qui, professée par un naturaliste éminent, par Agassiz, compte aujourd’hui, surtout en Allemagne, d’assez nombreux adhérents.
Cette doctrine consiste à regarder les hommes comme appartenant à une seule et même espèce, mais à admettre que cette espèce a pris naissance soit à la fois, soit successivement sur plusieurs points du
globe, et que les diverses races ont apparu toutes formées avec les caractères de toute sorte qui les distinguent encore aujourd’hui.
On le voit, la théorie d’Agassiz n’est au fond que celle de La Peyrèret. Pour avoir ajouté aux arguments bibliques sur lesquels s’appuyait presque exclusivement le gentilhomme théologien tous ceux qu'elle croit pouvoir emprunter à la science moderne, elle n’a pas changé de nature. — Certes ce n’est pas un des résultats les moins curieux des débats anthropologiques qu'après plus de trois cents ans de travaux accomplis dans les sciences naturelles?, ils aient conduit des hommes d’un incontestable mérite, amoureux de la philosophie et du progrès, mais entraînés par une idée systématique, à en revenir aux opinions d’un théologien du dix-septième siècle. — Au reste on peut avoir eu raison à toutes les époques, et une opinion quelconque, reprise et soutenue au nom de la science par un naturaliste comme Agassiz, mérite en tout cas un examen sérieux.
Au point de vue exclusivement scientifique où nous sommes placés, la doctrine de La Peyrère peut au premier abord paraître séduisante. — Elle explique très-naturellement la diversité des groupes humains : elle n’est en contradiction avec aucun des faits que nous avons exposés; elle n’a rien qui répugne à la physiologie générale, notre guide suprême dans cette
1. La Peyrère ne pouvait, il est yrai, employer les mots race et espèce. La distinction n’a été faite par les naturalistes que longtemps après lui; mais quiconque aura lu son livre reconnaîtra aisément que telle était bien sa pensée.