‹ Universités et facultés. --Chapitre 2 sur 25 · LES BUDGETS LES CADRES — LOUTILLAGE · texte numérisé non relu

LES BUDGETS LES CADRES — LOUTILLAGE

Après les bâtiments, venons au budget des Facultés.

Longtemps il fut insuffisant et vraiment indigne d'un pays comme la France. En 1835, lorsque le budget de l'Université cessa de former un compte à part et fut incorporé au budget général de l'Etat, la part des Facultés y était seulement de 2,004,623 francs. Le Gouvernement de juillet la laissa à 2,876,018. Le second Empire la prit à 2,836,471 ; il l'éleva à 3,633,308, après la loi de 18o4, qui créait un assez grand nombre de Facultés ; pendant une dizaine d'années, il n'y fit pas de changements appréciables; de 1867 à 1870, il la porta de 3.828.821 francs à 4,21o,o21.

Après 1870, malgré les charges inouïes qui

iC, UNIVERSITÉS ET FACULTÉS

venaient de s'abattre sur le Trésor, on ne toucha pas à la dotation des Facultés; on y ajouta même un peu chaque année. En 1874 et en 187^), Taugmentation fut plus sensible. Mais c'est seulement au budget de 1877, M. Waddington étant ministre de rinstruction publique, après le vote de la loi sur la liberté de renseignement supérieur, que la République se montra résolue à donner enfin aux Facultés des ressources en rapport avec leurs besoins, leurs fonctions et leurs services. A partir de ce moment jusqu'en 188^3, le budget des Facultés fait chaque année un véritable bond.

Il monte, en 1877, de 5,113,880 francs à 7,799, 180. En 1878 et en 1879, sous le ministère de M. Bardoux, il s'élève à 8, 62-), 330 francs. Enfin de 1880 à 1884, sous les ministères successifs de M. Jules Ferry, il atteint 11,652,355 francs. Il a été, en 1889, de 11,391,495, le triple environ de ce qu'il était en 1870.

C'est là le chiffre des crédits que l'Etat alloue aux Facultés. En réalité, elles sont loin de lui coûter autant. En effet, en même temps qu'elles dépensent, elles produisent. Leurs étudiants et les candidats qui viennent chercher leurs grades, paient diverses redevances, droits d'in-

scription, droits de bibliothèque, droits de travaux pratiques, droits d'examen et de diplôme, et tous ces produits vont au Trésor, comme les impots. Donc pour évaluer ce que les Facultés coûtent réellement à l'État, de ce qui leur est alloué, il faut déduire ce qu'elles rapportent.

Il fut un temps où la balance s'établissait au profit du Trésor. Les recettes des Facultés étaient supérieures à leurs dépenses, et loin de leur donner du sien, l'Etat tirait d'elles un profit. Je me hâte de le dire, pour l'honneur de mon pays, voilà longtemps déjà qu'il n'en est plus ainsi. Depuis 1838, le compte des Facultés s'est soldé chaque année par un excédent de dépenses, et naturellement cet excédent s'est accru à mesure que s'élevaient les crédits. Voici la balance du dernier exercice clos et réglé : crédits alloués, 11, 445,445 francs; recettes effectuées, 4,929,160; excédent de dépenses, 6,516,285 francs.

Six millions et demi, en chiffres ronds, telle est au juste la contrilmtion réelle de l'État aux dépenses des Facultés. Comparé à ce que coûtent au Trésor l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire, le premier une centaine

de millions elle second dix-hnit, ce chiffre n'a rien d'excessif. Comparé à ce que coûte ailleurs l'enseignement supérieur, il paraîtra plutôt insuffisant.

Ce n'est pas en Angleterre qu'il faut chercher im terme de comparaison, les Universités anglaises vivent de leurs propres biens. On ne saurait non plus mettre en regard de nos Facultés les vingt et une Universités de l'Empire allemand prises en bloc. Elles sont loin d'avoir en Saxe, en Bavière et en Prusse le même régime financier. Mais on peut, sans l'affaiblir, réduire la comparaison aux Universités prussiennes.

Celles-ci sont au nombre de dix. Leur budget total, 1 1 ,882,229 francs pour l'exercice 1 888-89, est à peu près égal à celui des Facultés françaises. Sur cette somme, 3,408,641 francs viennent de fonds qui sont leurs, intérêts de capitaux, revenus de biens-fonds, immatriculations, cotisations et fondations. Le reste, c'est-à-dire de beaucoup la plus grosse part, 8,473,588 francs, est fourni par l'Etat, sans compter des crédits extraordinaires qui, dans ces derniers temps, ont été chaque année d'un ou de deux millions.

A elles dix, elles reçoivent donc de l'Etat, au

budget ordinaire, environ deux millions de plus que toutes les Facultés de France. 11 est vrai que chez nous les Facultés ne sont pas, comme en Prusse les Universités, les seuls organes de la science et du haut enseignement, et qu'en dehors d'elles, d'autres établissements, le Collège de France, le Muséum, TÉcole normale, TEcole des chartes et l'École des langues orientales vivantes, émargent au budget pour plus de deux millions.

Après les chiffres d'ensemble, il faudrait les chiffres de détail. Après le total des augmentations, il en faudrait la décomposition et les applications, année par année. On suivrait ainsi pas à pas la marche de l'entreprise, ses progrès, sa direction. Mais ce serait une tache trop longue et trop complexe; d'ailleurs, quelques groupements de chiffres en diront tout autant que de longues colonnes et de vastes tableaux.

Pendant la période que nous considérons, le budget des Facultés s'est accru de 7,i7o,794 francs. De cette somme, un million et demi s'applique à des Facultés nouvelles.

On a vu plus haut combien, sous l'Empire,

étaient inégaux les divers groupes universitaires. Deux seulement, Paris et Strasbourg, avaient les quatre Facultés, ^lontpellier, la vieille cité étudiante, la cité de Placentin, n'avait pas la Faculté de droit. Bordeaux et Lyon n'avaient que les sciences et les lettres. Lille n'avait que les sciences.

Aujourd'hui, Bordeaux, Lille, Lyon, Montpellier et Nancy ont, comme Paris, les quatre Facultés. On a transporté à Nancy, après la perte de F Alsace, la Faculté de médecine de Strasbourg avec l'Ecole de pharmacie dont elle était flanquée. On a créé des Facultés de droit à Bordeaux, à Lyon et à Montpellier, des Facultés de médecine et de pharmacie à Bordeaux, à Lyon et à Lille. Tout récemment le groupe de Lille s'est complété, en attirant à lui les Facultés des lettres et de droit de Douai. C'est donc, avec les quatre Ecoles d'enseignement supérieur d'Alger, onze créations nouvelles. Elles n'ont pas toutes immédiatement pesé sur le budget; les villes qui les réclamaient depuis longtemps, Bordeaux, Lyon, Montpellier, Lille, en ont pris d'abord les frais à leur charge, mais pour douze ans seulement. Ce délai expiré, la charge passe à l'Etat.

L'insuftisance des traitements préoccupait à bon droit les pouvoirs publics. Un million a servi à les améliorer. C'était de toute justice, j'ajoute de toute nécessité, si Ton voulait attirer dans renseignement supérieur et y retenir des valeurs que partout ailleurs on eût payées plus cher. Pour ne parler que des professeurs titulaires, il fut un temps, peu éloigné encore, où leur traitement, fait de deux parts : Tune fixe, garantie par l'Etat; l'autre mobile, attachée aux examens, pouvait être inférieur à celui d'un professeur de lycée.

En outre, il n'y avait, pour l'avancement, ni cadres permanents, ni règles déterminées. M. Wallon supprima l'éventuel en 1876 et le consolida. Un peu plus tard, M. Jules Ferry obtint des Chambres les crédits nécessaires pour un classement régulier. Aujourd'hui, les traitements de nos professeurs de Faculté, sans égaler ceux de leurs confrères d'Allemagne et surtout d'Angleterre , n'offrent plus comme naguère d'inégalité choquante avec ceux des autres fonctions publiques. Ils sont, à Paris, de 12 à lo,OQO francs; dans les départements, de 6, de 8, de 10 et de 11,000.

Plus grande encore était Finsuffisance des cadres de renseignement.

Il y avait en tout, à la fin de l'Empire. 406 chaires et 60 cours complémentaires dans les Facultés. Sauf à Paris, une Faculté des lettres se composait, en général de cinq professeurs, une Faculté des sciences de cinq ou six, rarement de sept.

En 1890, le nombre des chaires est 'de 598. Si de ce nombre on défalque les 29 chaires des Facultés de théologie catholique, supprimées en 188o, c'est 221 chaires nouvelles. Sur ce nombre, 133 appartiennent aux établissements de création récente mentionnés plus haut. C'est donc, au total, 67 chaires nouvelles dans les anciennes Facultés. Inutile de les énumérer toutes. Il suffira d'une vingtaine d'échantillons pour montrer quelles lacunes elles ont comblées.

Paris : Faculté de droit, quatre chaires nouvelles, droit administratif (doctorat), droit constitutionnel, pandectes, science fmancière; — médecine : maladies des enfants, clinique ophtalmologique, maladies syphilitiques et cutanées, maladies du système nerveux, maladies mentales-; — sciences : chimie organique, physiologie chimique; — lettres: littératures

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du nord de l'Europe, histoire de la philosophie, histoire du moyen âge, histoire contemporaine, archéologie, langue et littérature françaises du moyen âge, sanscrit et grammaire comparée, science de l'éducation. — Bordeaux, Faculté de droit : économie politique, droit maritime; Faculté des lettres : littérature et antiquités grecques, géographie, archéologie.

Mais, pour répondre à l'ampleur des besoins, pour relever nos Facultés de leur honteuse infériorité, c'eût été trop peu de ces 67 chaires. Aussi, en même temps, généralisa-t-on l'institution, à peine ébauchée, des cours complémentaires, et créa-t-on celle des conférences.

Cours complémentaires, le mot est clair et dit bien ce qu'il veut dire, ce sont des cours destinés à l'enseignement de matières qui ne sont pas enseignées par les titulaires des chaires. Ainsi, dans une Faculté des lettres où il n'y a qu'une chaire de philosophie, un cours d'histoire de la philosophie en sera le complément. Les conférences devaient être autre chose. Ce ne fut pas seulement pour enrichir l'enseignement des Facultés qu'on les institua, mais surtout pour en changer le caractère. Le mot venait de l'Ecole normale. Là

jamais renseignement n'a été le monologue du professeur en face d'auditeurs passifs ; c'est le colloqiiium actif du maître et des élèves : le maître apportant sa méthode et sa science; les élèves, leurs ébauches de j)lume et leurs essais de parole, quelque chose, en un mot, comme les séminaires savants des Universités allemandes. C'est ce mode d'enseignement intime, actif, vivant, qu'on voulut, tansporter dans les Facultés. On y créa donc des conférences, et on les créa non pour le grand public, mais pour les vrais élèves qu'on s'efforçait alors de susciter.

La plupart des enseignements nouveaux institués depuis 1877 Font été sous la forme de cours complémentaires ou de maîtrises de conférences .

11 y avait, en 1870, une soixantaine de ces cours complémentaires; en 1878, le nombre s'en était élevé à lOo; il a été, en 1889, de 228, ainsi répartis : 2 dans les Facultés de théologie protestante, 102 dans les Facultés de droit, 27 dans les Facultés de médecine, 13 dans les Ecoles de pharmacie, 29 dans les Facultés des sciences, et 55 dans celles des lettres.

Le premier crédit pour maîtrises de confé-

rences date de 1877. Il en fut alors créé 47; elles sont aujourd'hui au nombre de 129 : 3 dans les Facultés de théologie protestante, 1)3 dans les Facultés des sciences, 73 dans les Facultés des lettres. — 67 chaires, 168 cours complémentaires. 129 conférences; c'est donc, au total, 364 enseignements nouveaux'.

Si saisissants que soient ces chiffres, le parallèle d'une Faculté avec elle-même, à quinze ans de distance, le sera davantage encore.

Prenons pour exemple les Facultés de Lyon.

En 1874, la Faculté des sciences avait, en tout, 7 chaires : mathématiques pures, mathématiques appliquées, physique, chimie, géologie, zoologie et botanique. En 1890, elle en a 10, celles de 1874, et en plus la chimie appliquée à l'industrie, la physiologie générale et l'astronomie. Elle a en outre 3 cours complémentaires : chimie, botanique et astronomie, et T) conférences : chimie industrielle, zoologie, mathématiques, physique et minéralogie, soit 18 enseignements au lieu de 7. La Faculté

1. Daus tout ce décompte n'entrent pas les enseigaement.s des Écoles préparatoires et des Écoles de plein exercice de médecine et de pharmacie^ lesquels sont payés par les villes.

(les lettres n'avait que 5 chaires en 1874 : la philosophie, Thistoiro, la littérature ancienne, la littérature française, les littératures étrangères. En 1890, elle a, en outre, 6 chaires nouvelles : la géographie, les antiquités grecques et latines, la langue et la littérature grecques, rhistoire et les antiquités du moyen âge, la littérature du moyen âge, le sanscrit et la grammaire comparée ; o cours complémentaires : philosophie, latin, français, allemand, langue sémitique ; 7 maîtrises de conférences : philosophie, science de Téducation, histoire moderne, grec, anglais, grammaire, égyptologie, soit 23 enseignements au lieu de o.

A tous ces maîtres, anciens et nouveaux, on a donné, année par année, les auxiliaires indispensables à l'enseignement et aux recherches. J'ouvre la Statistique de 1888 à l'article Faculté de médecine de Paris. Je trouve, en 1877- 1878, 2 chefs des travaux pratiques, 3 directeurs et 6 chefs de laboratoire, 5 chefs de clinique, 3 prosecteurs, o aides d'anatomie, 12 préparateurs. En face, je relève, pour l'année 1887-1888, 7 chefs des travaux pratiques, 8 prosecteiirs, 14 aides d'anatomie, 31 préparateurs, 14 chefs de clinique, 14 chefs adjoints, 25 chefs

de laboratoire. Partout ailleurs, c'est à l'avenant.

A tous, maîtres et étudiants, l'accroissement des budgets a permis de donner des instruments de travail. En premier lieu, des bibliothèques. Il n"y en avait pas avant 1879, ou, pour être tout à fait exact, il n'y en avait qu'à Paris et à la Faculté de médecine de Montpellier. Maintenant, il y en a partout, et toutes sont ouvertes aux professeurs et aux étudiants; toutes sont au courant des principales publications savantes de la France et de l'étranger. Trois chiffres diront la rapidité de leur croissance et l'importance de leurs services. Au dernier recensement, celui de 1888, elles comprenaient 884,261 volumes. Elles avaient, la même année, prêté ol2,2î52 volumes et reçu 122,786 lecteurs.

Aussi rapide, aussi profonde a été la métamorphose des laboratoires.

Tout était à renouveler ou à créer. En moins de dix ans. tout a été renouvelé ou créé. Il n'est pas une Faculté des sciences, pas une Faculté de médecine qui n'ait aujourd'hui son outillage complet d'enseignement et de recher-

ches. Partout renseignement de celles des sciences qui relèvent de l'expérience se fait par l'expérience; partout fonctionnent des travaux pratiques pour les élèves ; partout la recherche expérimentale est à côté de l'enseignement théorique. Il n'est pas jusqu'aux Facultés des lettres qui ne commencent à avoir, elles aussi, leurs collections de fac-similés, d'estampages, de photographies et de moulages.

Feuilletons les budgets des Facultés. Au lieu des sommes dérisoires d'avant 1870, nous y trouvons d'amples crédits pour les bibliothèques, pour les collections, pour les dépenses des laboratoires, pour les travaux pratiques des étudiants. En voici quelques exemples empruntés aux budgets de 1888? A Paris, le crédit du matériel des bibliothèques universitaires a été de 72,330 francs, celui des collections, de 47,o00 à la médecine, de 29,000 aux sciences, de 21,800 à la pharmacie, de 4,830 aux lettres; celui des frais de cours, de laboratoires et de travaux pratiques, de 161,830 francs à la Faculté de médecine, de 88,600 à la Faculté des sciences, de 80,950 à l'Ecole de pharmacie.

Dans les départements, à Nancy, par exemple, les crédits similaires ont été, la même année,

de 23,235 francs pour la bibliothèque, de 16,000 pour les collections de la médecine, de 14,8d0 pour celles des sciences, de 28,640 pour les laboratoires, cours et travaux pratiques de la Faculté de médecine, de 21,000 pour les dépenses analogues de la Faculté des sciences.

Au total, il est inscrit au budget législatif de 1890 un crédit de 2,262,000 francs pour les frais matériels des Facultés de tout ordre, soit 1,384,000 francs de plus qu'en 187o.

?S*ayons garde, parmi ces créations, d'oublier celle des bourses de Faculté. Il n'en est pas qui fasse plus d'honneur à la République; il n'en est pas, comme on le verra plus loin, qui ait eu, pour la réforme de l'enseignement supérieur, plus d'effets et d'effets plus heureux.

L'idée de ces bourses remonte aux Assemblées de la Révolution. Elles voulaient avoir, à tous les degrés de l'enseignement, des élèves de la patrie. Il leur semblait que les libéralités de l'État, pour produire tous leurs fruits, et pour n'en pas produire de mauvais, ne devaient pas s'arrêter à mi-chemin. L'Empire fut d'un autre sentiment. Il institua des élèves du gouvernement ; mais il n'en mit que dans les lycées. C'est seulement de nos jours qu'apparaissent au

budget les bourses (renseignement supérieur, d'abord 300 bourses de licence, en 1877, sous M. Waddington, puis 200 bourses d'agrégation, en 1881, sous M. Jules Ferry. Elles sont inscrites au budget de 1890 pour 630,000 francs.

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