‹ Universités et facultés. --Chapitre 21 sur 25 · LES UNIVERSITES ET LEURS MILIEUX · texte numérisé non relu

LES UNIVERSITES ET LEURS MILIEUX

Prusse, Leipzig reste toujours la Saxe et Munich la Bavière.

« La question, disait Albert Dumont, est de savoir si la démocratie française trouvera pour les Universités des principes de vie différents de ceux que le passé a connus. »

Ces principes, ce n'est pas de l'Etat qu'il faut les attendre. Quand il aura donné aux Universités toutes les libertés compatibles avec leur caractère d'établissements publics, quand il leur aura garanti des subventions en rapport avec leur importance et leurs services, il serait chimérique à elles de lui demander la vie, parce que la vie ne s'ordonnance pas à distance comme un paiement, et parce que pour naître, grandir et produire, il lui faut, sur un point donné, des germes, un milieu et des forces intérieures.

Or de tout cela, rien, a priori, n'est interdit par la forme de notre Etat moderne. Rien n'empêche qu'en dehors de ce cerveau qui est Paris, il ne s'organise de puissants ganglions. La centralisation a son contrepoids dans les départements, dans les communes et surtout dans les individus.

Pourquoi, sur certains points, et autour de

ces points, sur des régions entières, départements, communes et individus, ne contribueraient-ils pas, sous les formes les plus variées, à donner aux Universités aliment, substance et force?

Pour cela, il faut tout d'abord que les Universités, outre leurs devoirs généraux envers le pays, sachent qu'elles ont des devoirs particuliers envers la cité qui les porte et la région sur laquelle elles rayonnent. Sans doute, M. Renan a eu raison de dire que « Tesprit humain n'a pas de région » et que « la bonne méthode n'a rien de local ». Sans doute, il n'y a pas une science parisienne et une science provinciale, pas plus qu'il n'y a, au fond, une science allemande et une science française.

Mais il y a un génie allemand et un génie français, et dans le génie français, à des traits communs se mêlent, suivant les régions, des traits particuliers de race et de terroir qui n'ont rien d'inquiétant pour l'unité de la patrie, qui sont au contraire une richesse et un charme.

De plus, si la science est une et générale, il ne s'en fait pas partout les mômes applications. Il n'y a qu'une chimie. On l'enseigne à Bor-

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deaux et à Lyon, la même qu'à Paris; mais à Bordeaux elle guérilla vigne elles vins ; à Lyon, elle forme des chimistes pour les industries de Fagglomération lyonnaise.

Que les Universités, et, avant qu'elles soient, les Facultés qui les constitueront, se pénètrent bien de ces devoirs particuliers, qu'elles les remplissent avec zèle, qu'autour d'elles on sente leur action, leur influence ; que cette influence soit surtout une influence morale, et nul doute que, par un efTet de la loi des actions en retour, leurs milieux ne comprennent qu'ils ont, eux aussi, des devoirs envers elles.

Le rôle de ces milieux n'est pas simplement de les porter, mais de les réchauffer et de les alimenter en partie. Elles conserveront toujours avec l'Etat un cordon nourricier; mais il faut aussi qu'elles soient enveloppées d'un placenta local. Il faut qu'elles trouvent sur place des sympathies, des stimulants, des sucs particuliers et de l'argent, beaucoup d'argent s'il se peut. L'argent, pour elles, ce sera l'indépendance, et l'indépendance est une condition essentielle de tous les services moraux.

On a peu donné jusqu'ici aux Facultés.

Malgré les décrets de 1885, elles n'ont encore, au

total, pour toute la France, que 200,000 francs de revenus, dont les deux tiers en subventions sans perpétuité, alors que l'Institut jouit de 550,000 francs de rentes perpétuelles, sans compter Chantilly. On donnera plus aisément et davantage aux Universités, précisémentparce qu'elles tiendront davantage au cœur des villes et des régions, et qu'elles ne seront plus considérées comme des colonies de fonctionnaires.

Mais, de tout ceci, est-ce vraiment au futur qu'il faut parler ? Ne voyons-nous pas déjà de ces adoptions et de ces assimilations, et là justement où les Facultés sont le plus près d'être des Universités ?

Pour montrer comment une Université vit, autant par les citoyens que par l'Etat, je pourrais citer l'exemple de Baie. A quoi bon sortir de France ? Nous n'en sommes plus à prêcher et à former des vœux. Sur plus d'un point, les réalités espérées sont sorties de terre et commencent à s'épanouir.

Voyez Lyon, par exemple. Nulle part n'est plus visible cette double épigenèse, à la fois interne et externe, par laquelle se forme, comme un être vivant, une Université adaptée à son milieu. Des Facultés venues au monde l'une

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après l'autre, se rapprochant, s'unissant, mettant en comniiin certains de leurs enseignements, s'imprégnant peu à peu de Fesprit de solidarité, ne négligeant aucune occasion de l'accroître et de le manifester, créant des publications communes pour leurs travaux, groupant autour d'elles, à leur propre image, des étudiants chaque année plus nombreux; en dehors d'elles, une municipalité, soucieuse de tous ses devoirs, bâtissant pour elles, largement, splendidement, tout un quartier; une Chambre de commerce leur demandant des chimistes et leur allouant des subventions; une Société se constituant sous ce nom si expressif cVA?nis de r Université lyonnaise^ pour leur donner patronage et assistance ; l'idée de l'Université germant peu à peu dans l'àme pensive et profonde de la cité, y poussant des ramifications partout, à la Croix-Rousse comme aux Brotteaux, pénétrant des classes riches dans les classes laborieuses, si bien que naguère un groupe d'ouvriers tisseurs parlait de donner mandat impératif aux conseillers municipaux de la faire, cette Université de Lyon; les représentants les plus authentiques de l'esprit lyonnais disant d'elle ; « Si nous pouvons obtenir

pour notre ville la fondaiion de la première rniversitc provinciale, ce sera peut-être une Jurande date dans l'histoire morale de notre pays', » voilà des faits, des faits qui prouvent que créer des Universités ce ne sera pas courir une aventure, mais répondre à des aspirations réelles et donner un état civil à des êtres déjà formés.

J'ai pris Lyon comme exemple. Jaurais pu prendre aussi Bordeaux ou Montpellier, d'autres villes encore. Partout l'examen des faits aurait montré qu'aux quatre coins de la France, comme au centre, on se rend compte, avec les nuances inévitables et nécessaires, du rôle et des services des Universités.

L'idée, qui est essentiellement une idée de décentralisation, est décentralisée. C'est une preuve qu'elle est mûre. Ceux qui la réaliseront peuvent avoir la certitude qu'ils ne feront rien d'artificiel et l'espérance qu'ils feront œuvre durable. Je ne redirai pas qu'en mettant ce faite à l'édifice de nos lois scolaires ils feront (puvre nationale.

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