‹ Universités et facultés. --Chapitre 8 sur 25 · L ORGANISATION LA PERSONNALITÉ CIVILE · texte numérisé non relu

L ORGANISATION LA PERSONNALITÉ CIVILE

Parallèlement à ces changements d'ordre scolaire et d'ordre scientifique, il s'en est accompli d'autres dans l'organisation même des Facultés.

Du jour où de nouvelles tendances s'étaient manifestées en elles, le pouvoir central s'était fait pour elles plus libéral. A mesure que ces tendances se sont accentuées davantage, il en a favorisé l'expansion par une liberté croissante.

Depuis longtemps déjà, il s'inspire, à leur égard, de cette unique pensée qu'étant un service essentiellement intellectuel et moral, elles doivent être non pas un mécanisme administratif, mais un organisme vivant et personnel. Le but où il tend avec elles et pour elles est de faire de chacune d'elles en particulier, puis des

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groupes naturels qu'elles constituent, autant de corps animés d'une vie propre et comme d'une âme vraiment individuelle.

Il n'est pas d'acte administratif, un peu important, où n'éclatent ces intentions.

Naguère encore les Facultés n'étaient même pas maîtresses de leur enseignement. Chaque année, il leur fallait rédiger à l'avance, leçon par leçon, le programme de leurs cours. Ces programmes venaient à Paris. Ils y étaient revus et corrigés, et ils en repartaient, estampillés ne varietur par les bureaux. Rien de plus contraire à l'esprit de la science, qui est esprit de liberté. Aussi la première liberté donnée aux Facultés a-t-elle été la liberté de l'enseignement.

Dans ce même temps, jamais on ne les consultait sur leurs affaires. Sauf la nomination des professeurs titulaires, règlements et décisions leur tombaient d'en haut, sans qu'elles eussent été entendues. Il n'est pas surprenant qu'elles missent souvent à les exécuter quelque indifférence ou quelque langueur, et qu'étant si peu libres, elles ne se sentissent pas plus responsables.

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On a changé de méthode. « Xi les arrêtés, ni les décrets, disait Albert Diimont, ne feront faire à l'enseignement supérieur de véritables progrès; ces progrès se feront par les changements qui s'opéreront dans les idées ; la discussion seule rendra ces changements sérieux. 11 faut que les corps se sentent responsables, qu'ils aient confiance dans leur autorité, qu'ils sachent dire ce qu'ils veulent et pourquoi ils le veulent ; qu'ils se connaissent ; qu'ils se critiquent; qu'ils s'apprécient ; qu'il se forme ainsi un esprit d'activité et de progrès et que cet esprit soit assez fort pour obliger l'administration à le suivre. »

C'était le renversement des rôles traditionnels. Au lieu d'obliger les corps enseignants à mettre en œuvre ses propres idées, l'administration se donnait pour tâche de réaliser celles qui venaient d'eux, ou qui avaient leur approbation. Depuis lors, pas un projet intéressant les Facultés qui ne leur ait été soumis tout d'abord, et qu'elles n'aient discuté au grand jour, en toute liberté. Pas une de ces enquêtes qui n'ait été publiée et portée à la connaissance de ceux qu'elle intéressait.

Suscitée et soutenue de la sorte . la vie intérieure des Facultés s'était déjà manifestée, à la mort d'Albert Dumont, par des signes assez répétés et assez clairs pour que le moment parût venu d'en aflermir et d'en compléter les organes, .lustement, il y avait alors, au département de l'Instruction publique, un ministre d'esprit libéral et décentralisateur, M. René Goblet. Nul n'était mieux fait pour comprendre la portée d'une telle œuvre. Les Facultés lui doivent les décrets de 1885.

Il y a, dans ces décrets, deux parties bien distinctes. L'une a pour objet les Facultés considérées chacune en soi; l'autre, entièrement inédite, est relative à leurs rapports mutuels, à leur action commune, à leur union.

L'une et l'autre dérivent d'une même pensée : considérer chaque Faculté à la fois comme un tout et comme une partie, comme un corps doué d'une vie propre, et en même temps comme un organe dun tout collectif, encore sans nom, à la vie duquel cliacune doit concourir, sans perdre son individualité.

Qu'ont fait tout d'abord les décrets de 1885 pour les Facultés prises chacune en son particulier?

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Avant tout, ils leur ont rendu la personnalité civile. Là était le vrai commencement d'une réorganisation tendant aux tins indiquées plus haut.

La personnalité civile, c'est, en effet, pour un établissement, la source de la propriété, et, par suite, une des conditions premières de l'indépendance. Guizot l'avait établi d'une façon magistrale Tannée même où, par une contradiction singulière, il incorporait au budget de l'Etat le budget jusqu'alors indépendant de l'Université.

Depuis lors, nul n'en avait eu souci. Pourtant, il suffisait de remettre en lumière un droit fort ancien et contre lequel aucune prescription ne pouvait être invoquée. De tout temps, les Facultés avaient été investies de la personnalité civile. Elles la tenaient d'une loi organique, antérieure à leur naissance. Elles l'avaient conservée quand elles faisaient partie de l'Université. On l'avait expressément maintenue et même confirmée, en I80O, lorsqu'on supprima rUniversité. Seulement, comme elle n'avait produit que des effets insignifiants, elle était tombée en désuétude. Un décret du 23 juillet I880 la remit en lumière et la réglementa.

En même temps, il en élargit les conséquences €t les effets.

Les dons et legs sont rares. On pensa que les subventions des villes , des départements et celles des particuliers pourraient l'être moins et l'on autorisa les Facultés à les recevoir, et à en faire emploi comme de biens personnels, en toute indépendance.

Ce qu'on se proposait, c'était moins encore d'accroître leurs ressources, que de multiplier les liens qui doivent les unir aux villes dont elles portent les noms, aux régions où elles sont placées, aux milieux où elles vivent. Après le mouvement d'opinion qui, depuis dix ans, se manifestait partout en faveur des hautes études, après le large concours offert par les villes pour la reconstruction des Facultés, pour la création de Facultés nouvelles, il n'était pas téméraire d'espérer qu'elles voudraient aussi contribuer à la prospérité de ces corps savants qui sont leurs, tout en étant établissements de l'Etat, et qu'elles rivaliseraient pour retenir les meilleurs maîtres, favoriser le développement des parties de la science dont elles peuvent le plus profiter, et compléter les enseignements de l'Etat par des

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