‹ Universités transatlantiques [microforme]Chapitre 11 sur 31 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

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tribu : un club!

Sous la coupole dorée de la State House, il y a une salle voûtée et ornée de colonnes; c’est là que sont conservés précieusement les drapeaux déchirés et ensanglantés sous lesquels les régiments de volontaires du Massachusetts ont combattu de 1863 à 1867. Ils sont en grand nombre, pressés les uns contre les autres, entourant les statues des grands patriotes et surmentés de l'aigle, emblème de la république impériale. Quand ils vinrent prendre cette place glorieuse, le gouverneur d'alors prononça un de ces discours que le cœur dicte plus que la pensée el qui forcent les larmes à monter dans les yeux. La péroraison de cet incomparable morceau d'éloquence est encadrée au pied des drapeaux. Je la traduis ici parce qu'elle fait connaître el comprendre un des côtés les plus nobles et le plus souvent méconnus du carac-

ère américain. « Les voici donc, ces étendards, symboles de la nation, qui descendirent un à un les marches de ce capitole pour aller combattre, durant quatre années de guerre civile! Les voici revenus, portés par les survivants de ces héroïques phalanges auxquelles le gouvernement de la Commonwealth ‘les avait confiés. Fiers souvenirs de tant de champs de bataille, tristes souvenirs d'une lutte fratricide, — doux souvenirs de nos pères, de nos frères et de nos fils dont les yeux se sont éteints en regardant une dernière fois leurs plis enflammés, — souvenirs grandioses de vertus antiques que la douleur à rendus sublimes, — souvenirs triomphals de la triple victoire du pays, de l'Union et de la justice, — souvenirs joyeux d'un résultat qu'aucune autre guerre n’obtint jamais : la délivrance de l'humanité ?, — souvenirs immortels d'honneur et de gloire, — qu'ils demeu-

rent avec nous maintenant; nous aimerons

leurs hampes déjetées, leur trame usée et les marques de leur baptème sanglant, ®

1. Le titre de Commonwealth appartient officiellement à cinq des Etats de l’Union.

2, Allusion à l'abolition de l'esclavage,

Ce matin j'ai visité le Boston College qui appartient aux jésuites : 300 élèves, Lous externes ; on ajoute des bâtiments qui permettront d'en porter le nombre à 500; vieille éducation classique et usage de la langue latine pour demander à sortir de classe ou à ouvrir son pupitre. En dehors de cela tout est plutôt moderne. Les Pères ne s'occupent pas des jeux, mais ils ne les dénigrent nullement; il y a un tennis et un gymnase pour les courts instants de récréation que les enfants passent au collège entre 9 heures du matin et 2 heures de l’aprèsmidi; ils retournent alors chez eux avec leurs devoirs à faire; au rez-de-chaussée, j’aperçois, derrière son comptoir, une marchande! elle

leur vend, à des prix strictement contrôlés, du

pain, de la viande, de la bière, du chocolat pour le lunch!

De là je me suis rendu aux Boston Latin et English High Schools. J'ai déjà parlé des « High Schools »; celui-ci est un des plus anciens et des plus considérables et il est annexé à une üutre école, dont le but est de préparer les jeunes gens à entrer dans les universités et à profiter de l'instruction supérieure qu'on y recoit.

Le « Public latin School » de Boston, qui renferme aujourd'hui 467 élèves, divisés en 6 classes correspondant à 6 années de travail, est un externat, et pour y pénétrer il faut passer un examen ou produire un certificat délivré par un Grammar School”. Harvard n'existait pas encore et Boston, en tant que cité, était âgée de cinq ans quand cette école, aristocratique par son but, démocratique par sa base, fut fondée. On était en l’an de grâce 1635; Ferdinand IT régnait de nom en Allemagne , l'infortuné Charles I‘ régnait de droit en Angleterre et Richelieu régnait de fait en France. Les écoliers recon-

1. Écoles occupant généralement une place intermédiaire entre les écoles primaires ordinaires et les High Schools; ce terme ne répond pas d’ailleurs à une catégorie bien déterminée.

naîtront cette date comme correspondant à la création des Intendants par le grand cardinal et à un changement de période dans la guerre de Trente ans; ce n’est pas ici le cas de se demander s'ils savent au juste ce qu'était un intendant et si la guerre de Trente ans a été réellement coupée en tranches comme un pluin-cake. Revenons plutôt au révérend Cotton, qui fut selon toute probabilité le fondateur de l’École latine de Boston. Dès sa naissance elle fut gratuite; la ville la subventionnait et on croit qu'elle touchait aussi les revenus de quelques domaines situés dans les environs.

Le 19 avril 1775, Master Lowell, qui dirigeait l'École, monta dans sa chaire et prononça ces simples paroles : « La guerre est commencée; je ferme la boutique »..., puis, saisi d’un remords, il ajouta dans la langue de Cicéron : « Deponite libros ». Après quoi, ce royaliste farouche partit pour Halifax emmenant prisonnier son fils, qui l’assistait dans sa tâche et dont les tendances révolutionnaires l'inquiétaient. Quelques mois s'écoulèrent; un nouveau maitre fut installé et depuis lors l'École a fonctionné régulièrement et n’a cessé de croître en importance. On y fait

du latin dès la première année, du grec pen:

dant les trois dernières seulement; on y enseigne de plus l'histoire et la géographie, le français, la littérature anglaise et un peu de sciences mathématiques et physiques.

Adossée à l'École latine et communiquant avec elle par une galerie intérieure se trouve la « English High School ». Elle fut fondée le 15 janvier 1821. Elle n’est gratuite que pour les habitants de Boston. Elle prépare directement à l’Institut de technologie et à différentes in. acutions du même genre. Les sciences et les langues étrangères figurent largement au programme. Le cours est de quatre années et le total des élèves de 760. |

Avant de m'en aller, j'assiste à une séance de déclamation et à la parade militaire. La séance a lieu dans un grand amphithéâtre rempli de monde. Les élèves déclament mal, mais on les sent rompus à ce genre d'exercice ; ils font des gestes et leur voix arrive claire et nette jusqu'aux extrémités de la salle. La timidité est vaincue et ils ne redouteront jamais de parler en public; les petits Français n’en peuvent dire autant. La parade a lieu dans le gymnase et

n'offre aucune particularité digne d'être signalée; elle me confirme une fois de plus dans ma conviction que pour des enfants l'exercice militaire est inutile ou nuisible. S'ils n'y prennent pas intérêt, s'ils esquissent les mouvements, s'ils éludent les efforts, c'est du temps perdu; si au contraire ils ont l'esprit tendu, s'ils s’appliquent à bien faire, s'ils guettent les ordres pour les exécuter énergiquement, leur cerveau travaille plus que leur corps et il en résulte cette fatigue nerveuse qui ne procure ni la santé physique ni le repos intellectuel.

Dans les eaux pures d'un lac cerclé de verdure et de collines se mire le collège de Wellesley; et sur ce lac canotent joyeusement les aimables étudiantes qui habitent ce séjour enchanteur. J'ai acheté à Boston (Wellesley en est tout proche) une photographie qui les représente en gai costume blanc, l’aviron à la main, montant des yoles de bois vernis et ayant l'air de parfaites équipières. Dans le lointain, on aperçoit le collège dressant pittoresquement ses pignons et ses clochers au milieu du plus beau pare qui se puisse imaginer. Par un bel après-midi d'octobre nous gravissions, mon ami et moi, l'allée ombragée qui mène au bâtiment principal; toutes ces jeunes filles que nous croisions à chaque instant nous gènaient

un peu et nous ne les gènions pas du tout. Les unes allair-t se promener, les autres travailler. Elles passaient le parasol sur l'épaule ou la serviette sous le bras et ces dernières, je dois le dire, n'avaient point l'air de doctoresses; 1impossible d’être plus simples et de faire plus gentiment des choses excentriques.

Miss Shafer, la présidente, nous reçut dans un joli salon et envoya chercher trois de nos compatriotes qui enseignent la langue française aux 628 étudiantes que renferme le collège. Un monde! ce Wellesley. Les portes s'ouvrent les unes après les autres et des bibliothèques, des salles de lecture apparaissent ; de beaux marbres et des plantes vertes ornent les corridors ; dans les combles, trois jeunes filles jettent les bases d’une nouvelle association dont la raison d'être n'est pas encore bien clairement définie. Dans l'ascenseur nous entamons une conversation intéressante avec deux autres de ces demoiselles. Quelle diversité dans leur mise, dans leur expression, dans leur démarche! Il y a des petits bérets crânes et des mantilles langoureuses; l’une paraît insouciante et l’autre altérée de savoir ; celle-ci semble chercher

une rime et celle-là courir après une équation!

La présidente à dit dans son rapport de fin d'année que l'esprit était excellent, que les étudiantes justifiaient de mieux en mieux l'indépendance qu'on leur reconnaissait, qu elles s’'entr'aidaient lovalement et facilitaient de leur mieux sa propre tâche; elle a ajouté que plusieurs s'étaient converties au christianisme qui auparavant ne croyaient pas ou ne pratiquaient pas leur religion; et notez que le collège est unsectarian, c'est-à-dire ne dépendant d'aucun culte. On trouve le mème phénomène partout en Amérique et cela montre bien que le sentiment religieux, sinon la religion elle-mème, est inséparable de l'éducation.

Wellesley fut fondé en 1875; la pension y coûte à peu près 1750 francs. Les étudiantes vivent soit dans l'un des deux halls qui en contiennent 438, soit dans les différents cottages qui en contiennent chacun de 20 à 40. Ce qu’on leur apprend? à peu près tout. Il est bien possible, ma foi! que les sciences dites ardues et pratiques soient d'excellents moyens de

former des intelligences féminines ; mais cette © ,

vie commune, celle liberté d’allures, ce selfgovernment n'enlèvent-ils pas à la femme quelque chose de son charme, ne la privent-ils pas de quelque chose qui lui est nécessaire dans la vie? et si on lui met de la sorte du plomb dans la tête, ne lui en met-on pas dans l'aile en même temps? adhuc sub judice lis est, et la réponse est difficile à prévoir.

Il y à aussi un gymnase à Wellesley et on y examine les jeunes filles comme à Harvard; la directrice du gymnase est une élève du D° Sargent... Voilà tout ce que j'en sais, naturellement! Mais transporté dans le domaine féminin, l'élevage systématique semble plus odieux et plus ridicule encore... Que vont dire, si jamais ces lignes tombent sous leurs veux, les aimables Françaises qui nous ont promenés ce jourlà? N'aurai-je que des critiques pour leur beau collège? En tout cas 11 y à une chose qui n’est guère critiquable, c'est la parfaite et charmante hospitalité qu'on y recoit.

Au retour, dans le wagon, je parcours quelques exemplaires du journal hebdomadaire publié par ces demoiselles ; à la quatrième page,

j'y trouve l'annonce du mariage d'une ancienne élève de la « promotion de 88 »; et m'étant endormi, je vois en rève, dans le monde régénéré, deux étudiantes qui se battent en duel!

Les Y.M. C. A. jouissent en Amérique de la plus étonnante prospérité; il v en a partout. M. Mac-Lane, ministre des États-Unis à Paris, évaluait l'an dernier à 175 000 le nombre des jeunes gens qui fréquentent les 1 240 bâtiments qu'elles possèdent : 135 de ces bâtiments représentent une valeur de 35 millions de francs:

celui de New York, don de M. Vanderbilt, a coûté 915 000 francs. Leur nom est Young Men Christian Associations : Unions chréliennes de jeunes gens; mais on les désigne communément, même dans la conversation, par les quatre lettres Y. M. C. A. — Elles ne sont pas bien anciennes et leur développement n'en est que plus prodigieux. Celle de Boston fut fondée la première en 1852. Je l'ai visitée à cinq

heures et demie du soir, à l'heure où l’activité y règne... En effet, les pianos chantaient, un cours d'allemand et un cours de sténographie étaient en train; on s'essoufflait dans le gymnase, on lisait dans le salon de lecture, on causait dans le hall; tout cela pour 2 dollars (10 francs) par an. Ajoutez-y des concerts, des conférences, une bibliothèque, un comité pour visiter et soigner les malades, un bureau de placement et mille autres institutions délicatement ingénieuses; bien entendu, ce ne sont pas les 2 dollars de cotisation qui suffisent à couvrir de telles dépenses. Mais qui ne voudrait donner pour une œuvre aussi simple et aussi ulile? L'argent vient de partout et l’œuvre ne cesse de grandir. Dans toutes ces Unions il v : une cheville ouvrière : c'est le secrétaire général, qui doit être à la fois un bon administrateur et un homme de zèle et d'action. Four former ces secrétaires généraux les Unions ont une école à Spingfield; c'est de là que sortent aussi les directeurs de gymnases, car presque partout les Unions possèdent de grands et beaux gymnases..….. Il paraît que cette œuvre franchement chrétienne et dirigée par des protestants, mais

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ouverte à tous et n'exigeant de ses membres aucune profession de foi religieuse, amène peu de conversions; et on part de là pour blâmer ses tendances et démontrer son inutilité. Tous ceux pourtant qu'elle à secourus, égayés, distraits, soutenus et instruits lui gardent une éternelle reconnaissance ; et le petit employé de

commerce, devenu riche, n'a garde de l'oublier

dans ses générosités.

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