‹ Universités transatlantiques [microforme]Chapitre 27 sur 31 · UN LIVRE · texte numérisé non relu

UN LIVRE

mm D de et, ere rt er

Le livre s'appelle Looking Backward ; je l'ai acheté à Savannah, pour le lire en chemin de fer, et j'avoue que cette lecture m'a profondément troublé. Le congrès s’est tenu à Boston et il n'en est rien sorti de génial, ainsi qu'il est d'usage pour lous les congrès. Quant au bateau, il est armé de quatre avirons el présente cette particularité qu'il reste immobile quand on rame. On peut le voir à l’université de Yale.

M. Edward Bellamy ne s’est pas donné beaucoup de mal pour transporter son héros, né en 1857, au milieu de l’an 2060. II l'a tout simplement endormi. Il est vrai que les circonstances qui ont rendu possible ce long sommeil sont ingénieusement combinées. Le héros a trente ans : c'est un névrosé, un morphinomane, un décadent; pour éalmer l'agitation de ses nuits, un magnétiseur habile vient, deux soirs par semaine, lui faire des passes qui le plongent dans une mort arlilicielle; et son fidèle serviteur le réveille ensuite au moyen d’un breuvage spécial. Il habite une vieille maison que ses parents lui ont laissée; comme elle est située dans un quartier populeux de Boston, le jeune homme a

voulu se protéger contre les bruits de la rue :

donné

héros, ‘a tout es Cir-

e long

es. Le sé, un éalmer habile re des artilinsuite habite ui ont quarnme à

l'ue :

il s'est fait construire une chambre souterraine qui l'isole du monde; une porte à secret y donne entrée, et cet élégant tombeau plait à sa pauvre imagination d’être usé et nerveux.

On est en 1887; une émeute est menacçante ; des grèves ont éclaté... Oh! cette dernière soirée chez les parents de sa fiancée, comme l'auteur l'a bien décrite! comme il a pris sur le vif ces conversations de gens riches et repus, sans pitié pour les souffrances ouvrières; et le charme du récit est doublé parce qu'on sent un grand mystère qui approche, quelque chose d'imprévu et de grandiose!

La chambre soulerraine est découverte au bout de 11% ans; l'émeute, sans doute, a éclaté; le serviteur qui connaissait les secrets de ce bizarre logis à disparu; la maison à brûlé; un jardin a été établi; des arbres ont poussé et, sous ces arbres, repose dans son extraordinaire léthargie celui qu'un hasard va rappeler à l'existence. Le voici qui ouvre les yeux, Landis qu'un rayon de lumière pénètre jusqu'à lui par la brèche faite à la voûte de son sépulcre. On l'emporte, on le soigne, on

le ranime, et, maintenant, il veut sa oir où il

est et pourquoi il est là... Avec mille précaulions, on le lui dit et il s'irrite de ce qu'il appelle une plaisanterie de mauvais goût.

Son irritation devient telle que, pour le convaincre, il faut l'aider à gravir l'escalier jusqu'à la terrasse qui forme le toit de la maison. Son regard avide saisit aussitôt un paysage familier. Oui, cet horizon de mer, ces terres échancrées, cette rade et ces îles, e’'est bien Boston! Mais quelle est cette cité inconnue el superbe qui aligne ses avenues, ses monuments aux proportions étranges, où tout respire le bonheur et laisance, où l'on sent, dès le premier coup d'œil, une société puissante, assise sur des bases nouvelles! L'auteur a mis dans ce tableau de féerie lout ce que sa passion humanitaire à pu lui inspirer de plus ardent, car 1l n’est pas seulement romancier, il est aussi socialiste militant... et il fait embrasser à son héros, du haut de cette terrasse, à l'aurore du xxr' siècle, ce que le socialisme a fait du monde!

Ensuite, il entre dans le détail de l'organisation; 1l passe tout en revue, et cette partie de

son livre es. fastidieuse et puérile. Au siècle

ÉCAU-

quil gouùl.

con- Squ'à . Son famiterres , bien pnnue nonut resut, dès sante,

eur à que sa * plus ncier,

| fait

rganilie de siècle

dernier, une œuvre analogue avait été tentée ; on avait dépeint Paris en l'an 92000 et la société française régénérée par Jean-Jacques Rousseau et ses disciples, Quand nous relisons ces lignes à présent, elles nous font sourire, et ainsi en sera-t-il de toutes les œuvres où l'avenir est prophétisé minutieusement. M. Bellamy aurait agi plus habilement en gardant dans l'ombre les mille détails de la vie de chaque jour et en laissant au lecteur le soin de satisfaire par l'imagination sa propre curiosité. Mais, sans parler des pages gracieuses dans lesquelles se noue une intrigue d'amour aussi fraiche qu'originale, 1l v a dans Looking Backward deux chapitres de la plus haute valeur : dans l’un, l'échappé du xix° siècle essaye de faire comprendre à ses nouveaux contemporains les idées des hommes parmi lesquels il à d'abord vécu; l’autre contient l'indication esquissée, presque sous-entendue, des causes qui ont amené la révolution, des circonstances qui l'ont facilitée et des idées qui ont servi de trait d'union entre deux àges si dissemblables.

IL parait qu'en l'an 2000 il y aura encore

des voitures. car c’est sous la forme d’un conch

lourdement chargé el gravissant avec peine une côte interminable que le xix° siècle se trouve représenté. Tranquillement assis, gais, heureux, contents, les voyageurs d'en haut se laissent émouvoir de temps à autre par les souffrances de leurs frères qui les trainent; ils leur envoient des paroles sympathiques et les encouragent à tirer fort et à se montrer énergiques. Ils discourent aussi entre eux sur les injustices du sort et ses choquantes inégalités : mais ils ont la conviction qu'elles ont toujours existé et qu'il est absolument inutile de chercher à y porter remède, Parfois, un de ceux qui se laissent (trainer tombe de sa place, et aussHÔL il est saisi, harnaché et on Île force de prendre part au dur labeur, tandis qu'un de ceux qui trainaient parvient à escalader Île coach et à gagner un de ces sièges tant convoités.….. En bas comme en haut, on croit à la fatale destinée qui condamne les deux liers des hommes à trainer le troisième tiers. Pourtant il y a des révoltes fréquentes, mais partielles ; des coups de fouct et des morceaux de sucre en ont raison el ceux d'en haut témoignent leur

mauvaise humeur et apostrophent ceux d’en

peine

le se vais, ut se r Îles it; ils et les énerur les 1lités ; Ijours cheriX qui

{ aus-

ce de

er Île

urtant ielles :

cre en t leur

d'en

bas en leur conseillant d'être plus raisonnables, d'accepter franchement leur métier et d'être reconnaissants de ce qu'on fait pour eux!

Hélas ! tout cela est vrai, on ne peut le nicr! M. Bellamy à eu le talent de ne mettre dans son récit ni aigreur ni amertume, Pas de disserlalions philosophiques, pas de récriminalions haineuses, pas de comparaisons maladroites. Toutes ces choses sont racontées comme si un siècle entier avait réellement passé sur elles: on dirait que déjà elles appariennent à l'histoire et qu'elles caractérisent notre époque, tout aussi bien que le droit divin ou le contrat féodal caractérisent les époques précédentes, Et autour de ce réeit simple, ingénieux, on devine des auditeurs captivés, émus, ayant besoin de réfléchir pour comprendre un monde si différent du leur; on devine des historiens fiers de constater qu'ils ont bien saisi et analysé dans leurs écrits ce monde disparu; on devine surtout une joie intense de ne plus vivre en ces jours sombres, au milieu de cette eivilisalion incomplète, dans cette atmosphère d'injustice sociale!

De toutes les institutions alors existantes,

laquelle a survécu”... Je vous le donne en mille, et c'est là qu'à mon sens M. Bellamy a fait preuve dr. esprit véritablement profond el perspicace. L'institution qui a survécu, c'est le service obligatoire, Nous ignorons, il est vrai, comment, de la vieille Europe, ce tout-puissant militarisme est arrivé sur le continent américain; mais nous lv trouvons installé et l'auteur nous fait connaître que le principe en est admis sur toute la surface du globe. Ce n'est plus le service militaire, c’est le service industriel, mais la hiérarchie et la discipline sont restées. Tout jeune homme doit être ouvrier pendant trois ans comme, de nos joars, il doit être soldat; la présidence de la République est dans son sac d'ouvrier comme le maréchalat était dans sa giberne de soldat. A la lueur de ces faits, on reconstitue le passé : d'une part les conflits du travail, les grèves, les rébellions, de l’autre ces masses gucrrières, produit d'efforts insensés, que leur puissance mème immobilise dans une paix fiévreuse et incertaine; el alors, l’ouvrier-soldat engendrant

peu à peu le soldat-ouvrier, les richesses

nationales confiées à sa garde et exploitées par

mille, à fait

nd et

est le vrai, -pUIStinent lé et pe en je, Ce ervice ipline "6 ou- Juars, épume Île at. À assé :

s, les ières, sance se el drant

esses

?S par

lui pour le bénéfice de la communauté, l'individuaiisme s'écroulant sous ies coups populaires et le rève socialiste se réalisant sur ses ruines.

Les patries n'ont point disparu; le patriotisme, au contraire, est plus vibrant que jamais. Au reste, M. Bellamy népargne rien pour faire, de l’âge qu'il décrit, le véritable âge d'or. Est-il besoin d'ajouter que son livre déborde d'utopies et fourmille d'invraisemblances? que c'est d’ailleurs un simple roman et non une prophétie? Mais les 200 000 exemplaires qui ont été vendus en quelques mois prouvent surabondamment l'effet produit... Et puis cela donne à réfléchir; un réseau de tendances socialistes qui nous environne apparait soudain. On entrevoit comme dans un éclair les conséquences du militarisme actuel, qui est évidemment un contrat signé avec le socialisme. Enlin ceux de ma génération, cela est certain, trouvent au fond de leurs cœurs une sorte d'écho pour ces souffrances de l'humanité dont on a fait si bon marché jusqriici. Ce qui choquait leurs pères ne les choque plus et ils ont, en revanche, des enthousiasmes, des pitiés

et des passions que eeux-et n'ont pas connus.

TTL

Quand je suis entré dans la grande salle de l'Institut technologique de Boston, où devait se Lenir un congrès relalif à l'éducation physique, j'ai été frappé de la prépondérance de l'élément féminin dans l'auditoire. Que de chapeaux !

se fût écrié M. Prud'homme ; que de plumes, que de fleurs! el peut-être il eût ajouté de confiance el pa galanterie : que de jolis visages! A vrai dire, tous les visages étaient loin d’être jolis; il y en avait de très vieux et de très fanés, et je ne m'explique pas encore bien pour quel motif et par quel secret intérêt ils se trouvaient rassemblés en ce lieu.

Près de 500 personnes étaient présentes quand le D' Harris, le très aimable et intelligent directeur du bureau d'Education, ouvrit la première séance. Îl souhaita la bienvenue aux

oraleurs inscrits et annonça que, pendant la courte durée du congrès, 1l y aurait deux séances par jour, une le malin et une l'après-midi. Ce

de La Johns Hopkins, qui parla médecine, et le chef du Vew York Turnverein, qui fit un

éloge pompeux du système allemand. Après

quoi, trente enfants appartenant au Turnverein lle de

vait se

de Boston se livrèrent sur l’estrade à des contorsions rythmées. L'après-midi, un Suédois sique, développa les théories qui ont cours à Stockément holm et ensuite il présenta ses élèves, jeunes EAUX : et vieilles filles, qui piroucttèrent, arrondirent umes, les bras, s'accroupirent, se balancèrent, remutlé de rent leurs cils et leurs narines au commandesages | d'être

e tres

ment. Et cela continua de la sorte aux séances suivantes; on ne sortit guère de la médecine et du germanisme; personne ne s'avisa de pour songer aux jeux et au plein air; je fus seul à trou- en parler et je crois bien que le D' Harris fut seul à partager mes idées.

entes Chaque fois que l'ordre du jour se trouvait ntelli- épuisé, on faisait appel aux spécialistes épars vrit la dans l'assemblée. Ils montaient sur l’estrade,

e aux et très simplement, sans embarras, faisaient

matin-là, nous entendimes le D Iartwell,

Ex DspESE, RIT:

En RD TS

Page 1