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leur petit boniment, racontant leurs expériences et les résullats de teurs investigations. À plusieurs reprises, le président interpella des docteurs, les invitant à parler; et l’on vit se lever d’annables jeunes personnes, et l’on entendit mille détails scientifiques et techniques; Ja chanson allemande revenait pé- “riodiquement comme un refrain... et je me demandais ce qui est le plus cancéreux de la philosophie, de la pédagogie ou de la politique des Allemands modernes. L'une brise les âmes, l'autre brise les caractères, la troisième brise les États : cela se vaut. Un brave monsieur à demandé une fois la parole de sa place et a « délivré » un speech acariâtre, dans lequel il a déclaré que tous les parents allemands étaient obligés de faire faire de la gymnastique à leurs enfants, depuis le souverain jusqu'à l'ouvrier, et qu'il voudrait voir les mêmes lois établies à Boston, mais que, vraisemblablement, un pouvoir dictatorial peut seul faire de si bonnes choses. Quelqu'un lui a répondu que les Américains n'aiment guère qu'on leur parle d’une manière dictatoriale!
Le dernier soir, il y a eu grande réception à
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UN LIVRE, UN CONGRÈS ET UN BATEAU. 349 l'hôtel Brunswick. J'y ai retrouvé tous les ora-
teurs : les jeunes doctoresses, le monsieur aca-
riâtre, les directeurs de gymnase, le professeur
suédois avec sa redingote irréprochable et son accent aigu, et la foule des dames qui emplissaient l’amphithéâtre. Dans les fêtes qui terminent un congrès littéraire, on parle géné- ‘alement politique et les médecins, après leurs séances el leurs discussions, causent boulevards et pièces nouvelles. Mais ces futilités n'étaient pas de mise ici. Dans tous les groupes, il était question de l'intérieur du corps humain; on entendait de tous côtés les mots : système allemand, syslème suédois... Je pris à part un personnage de grande répulalion qui avait péroré sur le « système français » en termes aussi précis qu'erronés. « Y-a-t-1l longtemps, monsieur, lui dis-je, que vous êtes venu en France? — Je n'y ai jamais été, monsieur, m'a-t-il répondu... Je ne connais de l’Europe que l'Allemagne, où j'ai achevé mes études. »
Le lendemain, au club, en ouvrant un journal, je trouvai un long article bien pensé et bien écrit, intitulé : Antigermanisme.... Ce n'est pas trop tôl.
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Le bateau qui n'avance pas se trouve dans une piscine de l’université de Yale, à New Haven (Connecticut). Encore une université à avaler, cher lecteur, c'est la dernière. Je te fais grâce de celle de Philadelphie et de plusieurs autres encore que j'ai visitées, chemin faisant, mais tu ne peux vraiment Le dispenser de donner un coup d'œil à celle-ci, à cause de son ancienneté et de son importance. Elle possède, comme ses sœurs, des sociétés secrèles, des clubs de toute sorte, des associations athlétiques, des facultés diverses. Elle est plus américaine qu'Harvard, moins démocratique que Cornell, un peu rough comme Princeton, qui lui ressemble, d’ailleurs, par plus d’un trail, Si tu consultes The Yale Banner, publiée
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UN LIVRE, UN CONGRÈS ET UN BATEAU. 3p1
par les étudiants et illustrée par eux de charmants croquis, l'édition de 1889 l'apprendra que 140 jeunes gens étudient la théologie, 107 le droit, 47 la médecine, 737 les lettres, 343 les sciences, 39 les beaux-arts... total 1413. Tu sauras, en outre, qu’en ce moment le Connecticut v comple 490 représentants et les autres États 887: qu'il y a 8 Canadiens, 7 Anglais, 3 Turcs, 5 Hawaïens, 12 Japonais et 1 Francas; qu'enfin le collège fut fondé en 1701 et définitivement établi en 1717 à New Haven.
New Haven est maintenant une ville importante; mais elle se gouverne encore d'après le vieux mode de consultation directe usité jadis dans la Nouvelle-Angleterre. Les citoyeus se réunissent un jour quelconque dans une grande salle ; chacun entre, sort, fait ses observations el ses critiques; on vote à mains levées... En fait, les habitants, satisfaits de leur municipalité, lui laissent la bride sur le cou. Quand j'ai pénétré dans le lieu où se lenait l'assemblée, on lui lisait un budget considérable où les dollars défilaient par milliers; 150 à 200 personnes, tout au plus, prètaient une oreille distraite à cette lecture et votaient ensuite de la meilleure
grâce; et néanmoins, on sent que ces mœurs patriarcales sont à la veille de disparaître, qu'il suffit pour cela que quelqu'un se lève et en signale le danger... Si cette assemblée n'est pas la dernière, c'est ra moins l'avant-dernière mais comme elle m'a bien fait comprendre le rang occupé dans les préoccupations des Américains par les choses gouvernementales ! Encore une fois, lorsqu'ils se passionnent pour une élection, c’est la lutte, le pari, le sport qu'ils cherchent; en dehors de ces excitations factices, ils disent à leurs gouvernants : « Laissez-nous
la paix, ne gènez pas nos mouvements et faites
tout ce que vous voudrez ».
New Haven est coupé par de grandes avenues très ombreuses en été, majestueuses encore en hiver, avec les grandes masses des vieux arbres dépouillés. La voiture de l’aimable professeur H. Farnum circule dans ces avenues d'un bout de la ville à l’autre, parce qu'il s'agit de me faire voir beaucoup de choses en très peu de temps : le champ de jeu, désert, avec ses tribunes vides et les « buts » du foot-ball dressés comme pour un supplice de païen; le boat-house, fermé jusqu’au printemps, mais