‹ Universités transatlantiques [microforme]Chapitre 30 sur 31 · TOUL · texte numérisé non relu

TOUL

Quand vous en serez là, messieurs de l’université de Yale, ne choisissez pas un savant docteur passionné d'anthropométrie, coureur d'expériences, chercheur de nouveautés et qui dissimulera, sous des dehors magnifiquement scientifiques, la profonde inanité de son système, Choisissez plutôt un homme comme le professeur Goldie du Vew York Athletie Club, qui connaisse et aime les exercices physiques. En hiver, chaque samedi malin, les membres du club lui envoient leurs enfants. Au début, il leur fit faire des mouvements d'ensemble, mais ne larda pas à s'apercevoir de l'ennui qu'il leur causait. Il appela le plus agé et lui demanda pourquoi la gymnastique l'ennuyait. « Parce que, répondit le boy, nous avons classe cinq

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jours par semaine et que ce n'est pas amusant d'avoir encore classe le sixième, » Éclairé par cette parole, le professeur Goldie estime mainlenant que les mouvements d'ensemble peuvent être bons pour les très jeunes enfants, à condilion d'en faire peu et de les varier souvent, Mais au delà de douze ans, il faut quelque chose de plus. [les laisse libres, ses élèves, les aide et les conseille au besoin dans leurs ambitions, leurs désirs, leurs audaces naissantes et cette surveillance intelligente vaut mieux que tous les enseignements. Quant aux membres du club, ils le trouvent toujours à son poste lorsqu'ils ont à le consulter. Mais ils n'ont pas besoin d'un certificat signé pour monter en bateau, el on ne leur indique pas sur un petit livre les exercices qu'ils doivent faire et le nombre de minutes qu'ils doivent y consacrer par jour. Qu'il en soit de mème pour les grands jeunes gens des universités et que Yale el Princeton, qui ont échappé jusqu'ici à ces folles réglementalions, ne concèdent point à des « directeurs de gymnase » le droit de détruire tous les bons effets que l'athlétisme est susceplible de produire.

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Les malles, déjà! Ces derniers iours passés à New York ont été agréablement s° més de promenades, de diners, de parties de théâtre; avec l'hiver, la vie mondaine a repris : 11 y a de grands banquets et de petits diners fins chez Delmonico; de belles voitures cireulent dans Fifth Avenue; les clubs se remplissent: on organise des ventes de charité ; les expositions commencent et les jeunes lilles ont déjà trouvé moven de danser deux ou trois fois. A neuf heures du soir, la veille du départ, c'est, chez moi, un inexprimable désordre : dans les caisses béantes s'engouffrent les livres, les brochurc,, univ ersilaires, les prospectus d'écoles; des étoffes de soie de la Nouvelle Orléans, qui seinblent con-

lenir toute la magie du Sud dans leurs replis

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chatoyants, des collections de photographies el des journaux, et des bibelots,etencoredeslivres. Pêle-mêle avec ces objets matériels, j'emballe tout Le stock immatériel des surprises, des émolions, des seusalions éprouvées. Ce sera plaisant ce déballage, de l'autre côté de l'Océan, avec tout un monde d'idées neuves, un horizon reculé, et des souvenirs à éplucher bien lentement... Sur la table, il v à des cartes de visite, des lettres d'adieu, un portrait du général Sherman, que j'ai vu tantôt chez lui et que j'ai trouvé grand, simple, franc et bon comme j'avais envie de le trouver. Je ne veux rien jeter : cela rendra l'impression plus vive et plus agréable quand je répandrai ces niuseries

sur la table de «€ chez moi », là-bas...

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A Son Eircellence

Monsieur le Ministre de l'Instruction publique. Paris, 1 mars 1890,

Monsieur le Ministre,

Par un arrèté en date du 17 juillet 1889, vous m'avez fait l'honneur de me conlier une mission aux États-Unis et au Canada à l'effet d'y visiter les universités el les collèges, ct d'y étudier l'organisation et le fonctionnement des associalions athlétiques fondées par les jeunes gens de ces deux pays.

Les renseignements que j'ai recueillis et les observations que j'ai faites, au cours de mon voyage, me suggèrent quelques réflexions que je désire vous soumettre. Ce sera la conclusion de cet étrange rapport qui ne se compose que de pièces justificatives et dont Île

style fantaisiste contraste avec l'habituelle

gravité des documents pédagogiques. J'ai pensé que mes eroquis v gagneraient en fidélité et que je pourrais donner, de la sorte, une impression plus nette el plus vivante de ces universités transatlantiques, vers lesquelles nous avons si peu lourné nos regards, nous autres Européens: elles sont pourtant bien dignes de fixer l'attention. C'est autour d'elles, c'est dans leur sein mème, que les Américains, non moins avides de science que de richesse, nous préparent des rivaux pour l'avenir; leurs efforts ne sont pas toujours bien combinés :

dans leur ardeur, ils mélangent le blé avec l'ivraie, mais la persévérance et le travail viennent à bout de toutes les diflicullés, et leurs progrès doivent être pour nous le motif

d'une féconde émulation.

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Au moment où se manifeste, en France, avec une telle vigueur, la préoccupation de donner à l'éducation physique la place imporlante qu'elle comporte, il était intéressant de jeter les veux sur un pays où les deux systèmes d'éducation physique les plus opposés se trouvent en présence : jeux libres venus d'Angleterre: gymnastique scientifique venue d'Allemagne. J'ai suflisamment insisté, dans les pages qui précèdent, sur le caractère de l’une et de l'autre méthode, pour n'y point revenir. Toutefois, 1l importe de remarquer

que les jeux libres, par le fait mème que la

liberté préside à leur organisation, s'accom- | modent du voisinage de la gymnastique; il y un a des gymnases en Angleterre et les élèves

les utilisent avec plaisir. L'intolérance, au contraire, fait le fond de la gymnastique germanique; elle ne connait que mouvements d'ensemble, discipline rigide et réglementaion perpétuelle . Le D' Lagrange a fait justice de ses prétentions exorbitantes au point de vue hygiénique; d’autres se sont chargés d'établir sa profonde nullité au point de vue pédagogique. Aux États-Unis, une réaction se prépare contre elle et 1l est permis de prévoir l'époque où les présidents d'universilés relireront aux directeurs des gymnases les pouvoirs insensés qu'ils leur ont reconnus. Ces directeurs ont Ia haute main non seulement sur les appareils bizarres dont ils sont — ou parfois se croient — les inventeurs, mais aussi sur Îles jeux, car, ne pouvant de prime abord les faire disparaitre, ils les confisquent à leur profit, choisissant parmi leurs élèves les plus forts et les plus agiles, à l'entrainement desquels ils se consacrent exclusivement. Il en résulte que, pendant la belle saison, les équipes universitaires vont de concours en concours; on se presse pour les voir lutter; des sommes

énormes sont engagées par les parieurs et,

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landis que les champions se livrent à cel athlétisme exagéré, leurs camarades sont tenus à l'écart pour ne pas gèner leur entrainement. On commence à se préoccuper d'un si facheux état de choses et il est à souhaiter qu'une promple réforme se produise, En tout cas, c'est un avertissement pour nous de ne pas laisser prendre à l'éducation physique le caractère scientifique et autoritaire que voudraient lui donner certains théoristes, plus soucieux des principes que de leur application, amis du rationnel et ignorants de la pédagogie.

Pour remplir une lacune qui existe dans l'échelle des établissements d'instruction en Amérique et qui correspond précisément à la période la plus importante de la formation de l'enfant, des écoles se fondent, qui s'inspirent de l'immortelle doctrme du grand Arnold, comme s'en est inspiré l'honorable M. Marion dans le rapport qu'il a présenté à la commission que vous aviez chargée, Monsieur le Ministre, d'étudier les réformes à introduire dans Île régime de nos lycées. Le programme d’Arnold y est presque entièrement reproduit, C'est

lui, en effet, qui s’est, le premier, servi de l’athlé-

lisme pour produire des volontés fermes et des cœurs droits en mème temps que des corps robustes; c'est lui qui, par la liberté et la hiérarchie du mérite, à su préparer les enfants au rôle de cilovens d'un pays libre ; c'est encore lui qui a groupé les maitres autour de sa personne et en a fait ses collaborateurs ; c'est lui qui a poursuivi le mensonge, qui à proclamé la nécessité de faire avant tout des hommes honnètes; c'est lui qui a dit: « L'éducation est une partie d'échecs ».

La liberté, dans ces écoles nouvelles, esl sagement réglée, comme dans les écoles d'Angleterre: elle est au contraire excessive dans la plupart des universités; mais cet excès d'indépendance ne produit pas de mauvais résultats; il n'est pas jusqu'aux jésuites qui ne se félicitent de cet état de choses; el rien ne prouve mieux que la liberté est féconde parmi les enfants comme parmi les hommes.

Des restrictions sont parfois utiles, mais elle doit du moins être à la base de toutes les inslilulions scolaires. Les petits Américains onl un besoin tout particulier d'indépendance; aussi faut-il considérer comme accidentelles et

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passagères les tendances que j'ai signalées plus haut à propos de l'éducation physique : elles sont dues à un engouement germanique qui ne saurait avoir de racines bien profondes, car il est contraire au génie du pays.

Les Debaling Socielies sont très répandues; il ne faut pas les assimiler aux académies d'autrefois, auxquelles, précisément, faisait défaut la liberté de la pensée, Le maitre, en Amérique comme en Angleterre, se gardera de rien souffler à son élève; il ne tient pas à le faire briller en séance publique dans un rôle de tragédie grecque ou dans une récitation de vers latins; il tient à le faire pérorer lout seul sur des sujets de « grandes personnes », afin qu'il s'habitue à trouver ses mots — et surtout à trouver ses idées, ce qui est plus difficile encore, Je ne saurais trop insister pour que de pareilles conférences soieat instiluées dans nos lycées; les grands élèves y perdraient peu à peu celte déplorable timidité qui, top souvent, les paralyse aux examens et les poursuit à travers toute leur carrière, Mon avis serait de bannir des discussions les sujets religieux

ou de politique intérieure, mais d'v admettre

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carrément tout ce qui à trait à la politique extérieure. La presse scolaire est également ulile; les quelques essais tentés en France ont réussi, mais la plupart des maitres ne se doutent pas encore du rôle que peut jouer dans un collège un journal mensuel ou bimensuel, bien rédigé; s'ils pouvaient deviner combien leur tâche en serait facilitée, ils n'hésiteraient pas à pousser les élèves dans cette voie. Il v en à partout, en Amérique : j'en reçois beaucoup et encore plus d'Angleterre; depuis plusieurs années que je les lis attentivement, je n'y ai jamais trouvé un mot déplacé et la plupart ne sont pas contrôlés. Je sais bien que tous ces movens sont un peu modernes; mais j'imagine que nous avons à former des hommes

pour le xx° siècle et non pour le xvif.

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En dehors des universités et collèges, les associations athlétiques sont nombreuses et prospères. Les unes sont simplement formées entre jeunes gens en vue de pratiquer cerlains sports délerminés, le vélocipède, le larwn tennis... Mais le plus souvent ces associations possèdent des immeubles où sont installés de véritables clubs; l’on y peut écrire, diner, jouer au billard. Un grand gymnase, dans la partie supéricure, un jeu de boules, des douches et parfois une piscine de natation dans le sous-sol permettent aux membres de prendre, pendant tout l'hiver, un exercice énergique et salutaire. Ces associations possèdent aussi des terrains de jeux et des garages de bateaux

pour l'été, hors des villes où elles sont situées.

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La cotisation est généralement peu élevée, soit par suite de la générosité des fondateurs, soit par le grand nombre des membres honoraires qui se trouvent participer aux dépenses sans en occasionner. Les concours de sports athléliques donnés par ces associations, en hiver dans leurs gymnases, en été sur leurs terrains de jeux, sont très suivis. Les courses plates ct avec obstacles, les sauts en hauteur et en lon-

gueur et les sauts à la perche figurent au programme. L'escrime a quelques fervents; la boxe est très répandue. Les gymnases sont toujours parquetés et des matelas rembourrés remplacent, au-dessous des divers appareils, la sciure de bois que nous employons, Cette sciure n'est pas sans inconvénients : elle produit une poussière qui imprègne l'atmosphère et la rend irrespirable. Parmi les améliorations à introduire en France, je signalerai l'établissement des pistes en caoutchouc pour la course; elles entourent les gymnases et sont le plus souvent supportées par une galerie à la hauteur d'un entresol. Les jeux les plus en faveur sont le base-ball et le foot-ball; le cricket n'a pas autant de voguc qu’en Angleterre. Le

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base-ball est extrèmement simple, quant aux règles, mais la pratique en est fort difficile, et nos écolicrs ne sont pas encore assez persévérants pour prendre plaisir à un exercice dans lequel ils ne réussissent pas du premier coup; le /oot-ball, au contraire, les a enthousiasmés dès le début et son succès est fondé: il amuse Îles plus novices et, d'autre part, le perfectionnement musculaire et le développement de l'habileté des joueurs y sont sans limites.

Les sports d'hiver, le tobogganing, les courses en snow shoes et surtout le ice yachting, ne peuvent être que mentionnés ici comme procurant aux jeunes Américains du Nord de délicieuses récréations. Ces plaisirs-là ne seront jamais à notre portée, à moins d'un bouleversement général dans l'économie elimatérique du globe! Quant à l'équitation, elle n'est pas enseignée dans les écoles; il y a, dans les villes, des manèges où l'on monte beaucoup. Là aussi des associations se sont formées; elles se réunissent un soir ou deux par semaine et parfois, pour égayer la séance, un orchestre s'installe dans la tribune et l’on

| galope en musique, tout comme à l'hippodrome. D’autres fois, les membres organisent des cavalcades, des carrousels ou des excursions qui prennent une journée entière et même davantage. Ces manèges ont des vestiaires, des salles de lecture et de repos. Il serait à . souhaiter que nos manèges français fussent organisés sur le mème plan; au contraire, on

semble prendre à tâche d'y rendre l'équitation

peu attrayante.

Après tout exercice d'un caractère un peu violent, les Américains, petits et grands, prennent un shower bath, c'est-à-dire un « bain de pluie ». Ce n'est pas précisément une douche; peut-être n'est-on pas d'accord sur l'utilité de la douche pour tous sans exception,

mais personne ne saurait admettre qu'il soit hygiénique de ne pas se laver après un exercice qui a amené une forte transpiration. Le shower bath s'installe avec la plus grande facilité et il ne faudra que de la bonne volonté et très peu d'argent pour le mettre à la disposition de nos lycéens. Cette amélioration s'impose absolument : et puisque je touche en passant un sujet de si haute importance, per-

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mettez-moi de vous signaler, Monsieur le Ministre, le danger qu'il y aurait à laisser se perpétuer un état de choses qui est contraire de tous points aux lois de l'hygiène. J'ai vu, depuis un an, nombre de lycéens jouer dans leurs vêtements d’uniforme, en se contentant d'enlever leur tunique; cela est fort bien pour une récréation de quelques minutes; mais dès que l'exercice prend le caractère athlétique, ce costume ne devrait pas être toléré. Un jersey de laine ne coùte pas les veux de la lête ; il sert à tous les exercices, se porte indéfiniment et nul vêtement ne peut rendre de plus grands services.

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