‹ univtransatlChapitre 4 sur 10 · EN MER · texte numérisé non relu

EN MER

Vieux ou neufs, intéressants ou ennuyeux , qu’importé! Ils ont été pensés par des boninies, écrits par des hommes, imprimés par des hommes; toute l'humanité, tient dans ces quelques chiffons de papier! Et le dernier soir a lieu le dîner du commandant . La « bonne Compagnie » offre du champagne à scs prisonniers cl toute une architecture de nougats. Au dessort, on passe îles pétards contenant moult coiffures en papier; philosophiquement, c’est très hôte, tous c.cs gens ornés de casques ou de bonnets de colon et bavardant Comme des cacatois. Mais il s’agit bien de philosophie, en vérité !

La terre d’Amérique est là tout près; la verdure éclate sur la côte; le ciel est bleu. La baie de New York resplendit et là-bas, tout au centre, se détachant sur l’horizon des trois cités assises sur les bords, nos regards qui le "cherchent aperçoivent le colossal objet d’art que la France a placé sur un rocher solitaire pour symboliser les nobles souvenirs du passé. La statue est saisissante; le bras qui tient la torche monte vers le ciel tout droit, avec une

évidente volonté d’atteindre au plus haut pour

< éclairer le plus loin possible. Je ne sais pas

, mais, à coup sur, cela représente Ile génie enthousiaste, ; ardent, généreux et parfois un peu échevelé de notre

patrie adorée.

si cela représente la Liberté

-nJ

La carte, fl ’abonl!

Étalons sur la table les 42 États de PUnion.

Partons de New York, montons jusqu’à Québec, rejoignons Chicago et descendons le Mississipi jusqu’à son embouchure. Telle est la portion du sol américain que nous allons parcourir ensemble. Ce n’est meme pas la moitié, à peine le tiers de la grande République et pourtant, dans cet espace restreint, *

elle tient presque tout entière. C’est là que sont les champs de bataille d’où sortit son

indépendance, c'est là qu’eut lieu cette guerre

fratricide dont le résultat inespéré fut de consolider à jamais 1 œuvre de Washington. C’est là que se trouvent Baltimore, le centre catholique; New York, le centre commercial; Boston, le centre littéraire; c’est la qu’est l’Est

UNIVERSITES TRANSATLANTIQUES

encore puissant, mais déjà raffiné et pcut-ôlro

sur son déclin, le Sud qui réagit courageusement el refait son avenir, l’Ouest enfin débordant do vie, do force et d'onlôtement; non pas ce Far West, maintenant reculé jusqu'au pied des Montagnes Rocheuses, où vivent les cow boys de M. de Granccy, mais l’Ouest, organisé et policé, dont Chicago est la capitale et la vivante représentation. Ce pays n’est pas beau,

pris dans l'ensemble; d’un bout h l’autre, il

est plat; vous y ferez deux mille lieues ch chemin de fer sans passer sous un tunnel. Il ne donne pas davantage une impression d’im-

. mensité. Tant de fois en Europe on vous a parlé

de ses proportions colossales que les fleuves vous paraissent étroits, les cités mesquines, les distances peu considérables; il faut quelque temps pour vous convaincre des dimensions

réelles de toutes choses. El je sais des Améri-

cains qui, venant en Europe, et s’imaginant

arriver dans" le pays de Lilliput; ont éprouvé

l’impression inverse et l'avouent sincèrement. Mais si le cadre est moins grantliose et

moins saisissant qué vous ne vous y quel n'est pas votre étonnement d’y trouver

AUTÛUll DE NEW YOnK.

une civilisation établie, une société solidement assise, et surtout des traditions puissantes. Les choses, au premier abord, n'indiquent guère un semblable étal; elles ont au contraire l’air inachevé, unfinished. C'est la sensation perpétuelle. Il ci» est un peu de meme dans les institutions : ça et là, des lois barbares, des coutumes invraisemblables, des lacunes stupéfiantes qu’on n’a pas eu le temps de combler; on y songera plus tard. Àjoutez-y le soin que met la presse à relever toutes les excentricités, toutes les bizarreries, toutes les nouvelles à sensation pour un public qui s’en montre très friand; et vous comprendrez comment ceux qui font des livrés avec des coupures de journaux ont pu vous donner l’idée d’un peuple moralement en enfance et s’éveillant à peine aux grandes pensées et aux jouissances de l’esprit. Ils vous ont représenté le Yankee comme un cavalier tenant sur sa mouluré ardente par un effet d’énergique volonté et de merveilleux équilibre; ils ne vous l’ont pas représenté domptant peu à peu cette monture par une science consommée de 'Féqüilatioiu...'

en quoi, ils se sont trompés. ,

Ce malin, nous avons ouvert la série des cocktails. Il ÿ en a au whiskev! Il y en a au gin! Il y en a au vcrmoul! Puis ce sont des bols d’eau glacée, des huîfres arrachées à leur coquille et cuites comme de vulgaires légumes, ou frites comme des salsifis; du raisin de Cali-

forme sentant le musc; de Y oalmeal, sorte de bouillie d’avoine servant d’apéritif au premier déjeuner. Quand on est fait à ces ingrédients divers, que les bootblacks vous ont ciré vds chaussures au coin des rues et que les loco-/

motives de YElevated '-vous ont promené dans

New York, au premier étage des maisons,

on se trouve suffisamment américanisé pour

passer l’Hudson et entrer dans l’Etat de New

Jersev*

AUTOUR DE NEW YORK

L’ Hudson no so laisse pas traverser par des ponts, mais il permet aux ferries de le sillonner en tous sens. Ce sont des bacs gigantesques où s’entassent piétons, voitures et bagages.

On aperçoit de tous côtés des ceintures de sauvetage et celte mesure de rassérènement tranquillise chacun. La machine, alors, se met en roule doucement ; elle offre une vague ressemblance avec un monstre antédiluvien. D’autres viennent à sa rencontre. La nuit, des feux multicolores les signalent; un son rauque s'échappe de leurs entrailles. Elles s’emboîtent à destination dans des sortes de quais formés de palissades élastiques; un pont est jeté; les voyageurs reprennent leur marche;, ceux-ci pour pénétrer dans la ville de New Jersey, qui

fait sur l’Hudson vis-à-vis à New York, ceux-là

pour monter dans les longs wagons peuplés de cinquante sièges où le nègre, l’ouvrier et le banquier s’assoient côte à côte. Une seule classe, c’est plus démocratique. Il est vrai qu’il y a, le jour, les ])arlors , la nuit, les sleepers , où, moyennant un faible supplément, on jouit

d’un plus grand confort et d’un* voisinage plus choisi.

Des constructions, ça cl là, sont ruinées ou abandonnées, mais ces ruines n J ont rien de pit-

torpsque, elles sont faites de matériaux tout neufs. Un désordre complet dans l'arrangement des choses; maisons de bois, édifices sans architecture, cultures irrégulières, enclos de pacotilles, jardins naissants; et, aumilicu .de tout cela, dés fils télégraphiques innombrables, des railways en tous sens et, dans les petits villages que Ton traverse, des foyers électriques qui jettent, le soir, des lueurs de clair de luné sur celte campagne si bizarre. On dirait tout un peuple arrivé la veille avec un chargement

colossal de marchandises, et commençant à

s’installer. La peinture fait partout défaut, le bois est mal équarri, tout semble provisoire;

AUTOUR DE NEW YORK

il n’y a quo la volonté de l'homme qui se mon Ire dans sa force et son audace.

Tout en regardant parles fenêtres, nous devisions, le professeur Sloano et moi, de la pluie cl du beau temps, des Mormons, du congrès des « Trois Amériques » qui va se réunir à Washington, des salaires des professeurs, qui sont moins bien traités ici qu’en Angleterre.... Et Princeton apparaît dans la nuit noire,... de grands édifices au penchant d’une colline, jetant du feu par les innombrables fenêtres de leurs façades.

Le lendemain, nous parcourons toute l’Université. La journée commence par* une « lecture »; le professeur fait un cours de science

politique et sociale et étudie les diverses phases

de la formation des Etats; une cinquantaine d’étudiants l'écoulent avec attention; sur leurs visages apparaît le même caractère d’inachèvement que je remarquais hier dans les villes et sur le bord des roules. La race n’est pas marquée; elle ne semble pas définitive et n’a pas encore de type. Quelques chevelures blondes,

une paire d’yeux bleu pâle révèlent, çà et là,

Y origine britannique, mais la plupart de cês

jeunes hommes ont des physionomies qui, pour être intelligentes et énergiques, n’en sont pas moins dépourvues de toute trace do nationalité. A la fin, le professeur retient l’un d’eux,

un grand, fort garçon, aux cheveux noirs frisés, l’air un peu brutal, revêtu d’une espèce

de houppelande jaunâtre, sous laquelle on devine un déshabillé sans.gènc. C’est le foot-

hall cap tain et il se met aussitôt à notre disposition avec une parfaite amabilité. Devant le perron s’est arrêtée une voilure américaine, une de ces petites voitures où les roues semblent faites avec des allumettes et les harnais avec des ficelles, et un troisième cicerono en

descend. "

Autour de nous s’étend un beau jardin; tranchant sur l’herbe verte, les allées semées de cailloux bleuâtres dessinent les mouvements "de terrain, entourent les grands arbres dorés par l'automne et se dirigent vers de luxueux

bâtimenté en pierres rougeâtres ou grises; ils

, ^ j ri ,

sont flanqués de tours et db clochetons, de colonnes et de rosaces, de vitraux et de cré-

neauxv L’ensemble est beau ; tout cela sent la

fortune et rayenir et on se prend à oublier de

AUTOUR DE NEW YORK

noter les imperfections, les fautes de détail, les manques de soin qui sont partout perceptibles. Nous allons d’édifice en édifice, frappant à toutes les portes. Ici, une collection minéralogique, là, l'ornithologie américaine, et, plus loin, un cabinet de physique bien outillé. Les professeurs, que nous dérangeons au milieu d’une préparation chimique ou d’un calcul pénible, se font un plaisir de nous montrer leur département. Le plus souvent, ce sont des hommes jeunes, dont les moustaches ne sont guère plus épaisses que celles de leurs auditeurs.

Le long d’un vieux bâtiment qui fut le point de départ de l’Université, chaque « promotion », en partant, a planté un pied de lierre et scellé dans le mur une plaque de marbré avec la date qui là distinguera dans les annales de Princeton. Déjà les lierres entrelacés couvrent la façade; distincts au niveau du sol, ils ne for-

ment plus là-haut qu’une masse unie d’ombre

et de verdure.

à là chapelle (presbytérienne) : un magnifique temple de granit et dé marbre avec des détails d’architecture d’une grande origina-

' lité et des vitraux h prismes qui renvoient dos rayons brisés dans les coins les plus obscurs. Point d’autel; quelques fauteuils : on dirait une salle de conférences. Dans un angle, une simple

inscription mentionnant le nom du généreux donatcür dont le fils, professeur do l’Université, est un de ceux qui nous accompagtient ; c’est par hasard que cette inscription frappe mes regards; lui, n’dn avait pas soufflé mot et je me garde de l’interroger.... Seulement, quand j’y repense à présent, je vois toujours ce spcc-

tacle : les voûtes somptueuses, le nom du mil-

lionnaire écrit sur la muraille, et la ligure du . professeur un peu plus loin dans la pénombre, . . .

et je pense avec regret qu’en France il n’y a point de familles de ce genre-là!

! Oh me met entre les mains le « Briç-à-Brac »,

annuaire drolatique de l’Université — et trois

numéros du bulletin publié périodiquement par

les professeurs. Dans le bulletin, je trouve un

speech que/ lç président a prononcé lors de la

dernière rentrée; deux passages sont à noter. Le premier est une remarque judicieuse : « À

telle place, un bâtiment élevé pour tel usage* ferait bien » ; un petit renvoi indique que

AUT0U11 DE NEW YOllK.

Mme S... s'est empressée île satisfaire le désir si discrètement exprimé, en donnant 75 000 dollars (375000 francs) pour édifier le btUiment.

Le second passage est adressé aux nouveaux venus : « Voici le moment, leur dit io président, de montrer par le choix de vos amis, par votre manière de vivre et par vos plans d'avenir, quels hommes vous ôtes ». Quant au Bric-à- Brac, il est publié par les étudiants et illustré de croquis et de portraits; l'imagination semble

parfois un peu dévergondée, mais le coup de crayon est fin. ' *

Princeton comptait, en 1888, 601 étudiants, dont 506 suivaient le cours académique et 95 travaillaient les sciences. Les bourses étaient au nombre dé 77 ; il y avait environ 42 professcurs. Le premier président fut installé eh 1747 et le plus ancien édifice date de 1756; les administrateurs forment un conseil d’une trentaine de membres, qui se recrutent eux-mômes et

sont présidés par le gouverneur de l’Etat de New Jersey. Il y a toujours quatre promotions

à la fois dans 1’Université ; les freshmen sont les derniers venus; les sophomores en sont à leur deuxième année; Jçs juniors , à la troi-

sième; les seniors, à la quatrième. Chaque promotion a son président, son vice-président, son secrétaire, etç. On la désigne par' le chiffre de son année de sortie; ainsi ceux qui entrent en 1890 s’appelleront « 94 ».

La promotion « 89 » vient de publier son livre d’or, intitulé Nassau Herald il con-

tient des discours prononcés à l’occasion de diverses solennités plus amusantes que solennelles ; anachronismes, calembours, plaisanteries, surnoms et parodies, les jeunes orateurs s’en sont donné à cœur joie; les idées sont

drôles parfois ; il y a de la gaieté et de l’humour ;

mais la frontière est souvent dépassée et la bêtise hôte, souvent atteinte. La brochure se

termine par une statistique des heureux mor- 1 tels ayant appartenu à la promotion ; leur nom, leur ôge, leur taille, leur poids, tout est indiqué ; il y est même tait mention des opinions politiques et de la longueur des moustaches; une moyenne de la hauteur des chapeaux

et de la longueur des souliers est établie.... A

côté de cela, quelques détails utiles : le nombre

1. Le collège porta d’abord le nom de Nassau» en l’honneur du roi Guillaume' III.

AUTOUR DE NEW YORK

ri

total était de ISO; 132 sont entres au début;

8 sont entrés la seconde année; 6, la troisième;

4 n’ont fait qu’un an; 76 jouaient aux cartes, 50 fumaient, 90 fréquentaient le théâtre, 18 avaient été dans une autre université avant de venir à Princeton; ici, les plaisanteries recommencent : nombre de fiancés : 3; 12 autres fêtaient probablement, mais sans vouloir l’avouer. Le piano comptait 15 adeptes; l’orgue, 5; le violon, 8; la flûte, 6; 26 s’adonnaient à

des « instruments divers ». Leurs goûts spor-

tifs font aussi l’objet d’une statistique : il y avait 27 joueurs de foot-ball, 13 de base-bail, 24 de tennis, 11 de la crosse; le résultat était

le suivant : la poitrine la plus large avait environ 105 cenlimètres, et la plus étroite, 80; moyenne : 90. Quant aux carrières, 17 préparaient la théologie (presbytérienne); 18, la médecine; 19, le droit; 8, la pédagogie; 6 voulaient être ingénieurs; 3, journalistes; 8 comptaient entrer dans les affairés et 13 n’avaient pas encore pris de décision !

, Reprenons notre promenade ; voici la bibliothèque, grande salle octogonale où l’on se pro- - -■ * *

cure pour rien des livres, du silence... et du

sommeil, peut-être! Au centre, dans un bureau circulaire, un vieux monsieur à l*air honnête .surveille les bouquins et fait des comptes interminables; beaucoup do revues françaises et

étrangères.

Sur les arbres, de grandes affiches annoncent un concert donne par le Banjo Club] il paraît

que ces guitaristes ne manquent pas de talent ; . . .

d'autres avis, des annonces, s’étalent de tous

côtés. Les étudiants vont et viennent; à les voir ainsi menant leur existence de chaque jour, ils ont l'air très complets; leurs muscles sont faits de bons matériaux comme leurs costumes; il y a là tout ce qu’il faut; seulement

ils portent leurs muscles aussi mal que leurs costumes ; ils sont propres et ils ont l’air sales ; ils sont polis et ils ont l’air malhonnêtes. Êt soudain l’Amérique m’apparaît sous la forme

d’un grand corps dégingandé dans lequel la

sève bouillonnante remonte et descend salis

cesse, comme si elle se heurtait à dés conduits

obstrués. Plus tard, dans les universités où

Ton se pique d’avoir de belles manières, on m’à

dit du mal de Princeton; on m’a dit que tout y était brutal, rough , que c’étaient des fils de fer-

AUTOUR DE NEW YORK

miers, des. campagnards qui y donnaient le Ion; plus lard encore, au moment do quitter l’Amériquo, j’y suis revenu et j’ai revu les mêmes choses, mais avec d’autres yeux; mon voyage m’avait appris que ces fermiers, ces ruraux aux manières brusques, à l’apparence brutale étaient les vrais Américains, la base de la nation, l’espoir de l’avenir; qu’en eux s’incarnaient la tradition déjà séculaire, l’antique bon sens, la vigueur morale; que par eux, enfin, le présent sc reliait intimement au passé et le continuait.

Princeton est une toute petite ville; le paysage d’alentour est riant; de grands arbres bordent les avenues ; les étudiants ont leurs cham-

bres (deux ou trois pièces pour chacun) dans les dormitories *, vastes constructions au nombre de huit ou neuf disséminées autour de la chapelle et de la bibliothèque et constituant l’Université proprement dite; autour de la ville est une ceinture de jolis cottages où résident les professeurs. Les étudiants ne prennent pas leurs repas dans les dormitories; ils déjeunent et dînent dans les ealing clubs, sortes de pen-

f. Mol à mol ; dortoirs.

sions où ils se réunissent par groupes, faisant

un marché avec le patron de la pension et se

partageant la dépense qui n’est pas très élevée.

îi

Un étudiant) paraît-il, peut vivre confortable-

ment, sans faire de folies, mais sans se priver,

pour 4000 francs par an; c’est moins cher qu’en Angleterre.

... À présent, c’est la nuit; la campagne

s’endort, paisiblement, au clair de la lune; làbas, sur le champ de foot-ball si animé ce

malin, s’étendent de grandes ombres; de rares

lumières brillent encore à quelques fenêtres. Tout est tranquille, silencieux; demain, la vie réglée et ordonnée continuera; de nouveau on jouera, de nouveau on parlera de Démosthèno et de Cicéron, de nouveau on étudiera la chimie et on trouvera la solution des problèmes.... Ce spectacle du firmament étoilé et de la terre qui repose me semble tout à fait étrange; cela no répond pas à l’idée qu’incousciemment je me faisais de l’Amérique; il manque la trépidation de la vapeur et le bruit d’un soufflet de forge, troublant la nuit.... Ainsi, dans ce nouveau monde, on pense, on réfléchit? 11 y a autre chose que le dollar?»..

Les quatre années d’études, les « caling clubs », les « dormit orics », les associations innombrables, athlétiques, littéraires, etc., l'excessive indépendance des jeunes gens , voilà ce qui frappe dés l’abord; et cela, on le retrouve à peu prés partout du nord au sud, de l’est à l’ouest. Les universités américaines portent souvent le nom impropre de collège ; par contre, on désigne les collèges sous le nom de schools . Quant aux public schools , nom donné en Angleterre aux principaux collèges du pays, on appelle ainsi, en Amérique, les écoles primaires. L’enseignement primaire transatlantique est connu; on l’a beaucoup étudié, en Europe, dans ces dernières années; ici, je ne m’en occupe pas. La mission que

UNIVERSITES TRANSATLANTIQUES.

M. le ministre de l'Instruction publique m’avait

confiée n’avait trait qu’à renseignement secondaire et supérieur, moins connu et peut-être

plus digne dé l’élrc. Il y a, toutefois, un trait d’union entre l’école primaire et les universités; ce sont les high schools, dont j’aurai à parler; on pourrait les comparer aux moins avancés des gymnases allemands; en fait, ce sont do3 écoles primaires supérieures d’un

genre particulier. Mais, quand l’on considère

combien est importante cette période d’éducation comprise entre onze et dix-sept ans, on déplore, avec la plupart des pédagogues américains, que les Etats-Unis soient si riches en universités et, par contre, possèdent si peu de collèges; Les high schools sont des externats et, d'ailleurs, la principale préoccupation est de préparer les élèves à l’examen d’entrée des

universités; cela ne peut donner, ni au point

do vue moral, ni au point de vue intellectuel,

un résultat bien complet, une base bien solide. Quelques collèges existent pourtant; d’autres

se fondent et il est permis de prévoir le temps où cette lacune sera comblée ; l’apaisement des vieilles haines anglo-américaines y est pour

AUTOUR DE NEW YORK. Î9

quoique chose, ainsi que dans le développement rapide et presque excessif des jeux anglais. Il est certain qu’à la suite de la guerre de Séccs-

sion, les Etals-Unis, sortis intacts d’une épouvantable lutte fratricide, ont pris confiance en eux-mômes; ils ont constaté qu’ils formaient une nation solide, et la crainte de se laisser entamer en adoptant des idées ou des coutumes étrangères a peu à peu disparu» Alors le football, le rowing et, d’une manière générale, tous les exercices de plein air ont fait irruption dans

le nouveau monde et, en même temps, les pédagogues ont tourné leurs regards vers la Grande- Bretagne pour y puiser les principes do réorganisation, principes qui eussent produit de bien meilleurs résultats encore si les idées allemandes n’étaient venues à la traverse, jeter le désordre et semer de mauvais germes. L'éducation américaine est un champ de bataille où la pédagogie allemande et la pédagogie anglaise sont aux prises; cela, non seulement parce que les Allemands forment dans T Union un parti très puissant, mais surtout parce que, depuis trente ans, l'élite de la jeunesse s'en vient achever ses études dans les universités germaniques.

Ges quelques collèges qui existent çà et là et ceux qui se fondent actuellement échappent

à l’influence ; allemande, et les saines idées pédagogiques exprimées par le grand Arnold y sont en vigueur. Princeton a cette bonne fortune de posséder à ses côtés, sous son aile, le collège de Lawrcnceville (Lawrenceville school ), qui lui préparera de fortes générations d’étudiants et lui assurera, dans l’avenir, une énorme supériprilé sur les autres universités, ses rivales.

La roule que nous suivons, pour y arriver,

est défoncée ; ça cl là, sur des ormes aux troncs

noueux, des planches-affiches nous informent que le « ivy soap is healing ils elTects ». Des maisons de bois , à véranda , apparaissent sur les collines.... Nous traversons un champ

de bataille dont le nom frappe pour la première fois mes oreilles; je n’en sais pas davantage sur le compte du général qui y remporta la victoire : et, pourtant, il s’agit de la guerre d’indépendance, à laquelle la France fut mêlée. Que serait-ce, s’il s’agissait do la guerre de

Sécession, dont nous ne connaissons pas les

détails les plus importants? Jamais cette lacune historique ne m’avait autant frappé; j’imagine cependant que Lincoln cl Jefferson, Washing-

UNIVERSITES TRANSATLANTIQUES.

ton et Lee valent bien Psammeticus et Gengis-

khan !

Soudain ^ Lawrenceville apparaît dans la

plaine; ori embrasse tout, d’un coup d’œil : les neuf boarding bouses , où les élèves sont répartis

autour d’un professeur; le memorial hall , qui renferme les classes et les salles de travail; les champs de jeu enfin et les bâtiments de dépen-

dances. Les garçons jouent au tennis et au foot-baîl; des gens du village traversent les

parterres; quelques professeurs se promènent en causant. C’est bien un collège anglais, mais tout neuf, créé tout d’une pièce.... J’en fais l’observation au head master^ qui accueille ce compliment avec un sourire amer. Ils veulent bien qu’on reconnaisse chez eux le caractère britannique, mais à l’origine seulement; l'Amérique, aux yeux des Américains, est une Angleterre améliorée : a botter En gland .

Lawrenceville ne date point d’hier; bien au contraire, c’est une fondation fort ancienne,

mais, jusqu’à ces derniers temps, le collège végétait pauvrement et son installation laissait

fort à désirer. Un ancien élève, SL John

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