C. Green, de New York, y a pourvu par son
té.
AUTOUR DE NEW YORK
testament et Lawrencovillo s’est trouvé soudain posséder plusieurs millions de dollars; situation très favorable à coup sur, mais dont il fallait encore savoir tirer parti. Les administrateurs et le directeur ne §o sont pas laissés entraîner par la passion de « faire grand », passion si puissante en Amérique; ils n’ont pas rêvé des merveilles d’architecture ou une armée d’élèves; ils se sont contentés de faire de la place pour un maximum de 300 élèves et de rendre les constructions aussi pratiques et attrayantes que possible.
Les enfants entrent vers douze ans, rarement
avant; ils passent un examen d’entrée sur la grammaire anglaise, la géographie, l'arithmétique; autant que possible, on désire qu’ils aient déjà fait un peu do latin. Dans les deux classes inférieures, ils font leurs devoirs et apprennent leurs leçons tous ensemble, sous l’œil d’un maître; au delà, ils travaillent librement. Il y a trois sections : classique, scientifique, anglaise. Pour la première classe (Jirst form ), les trois sections ont le même programme, à savoir : latin, anglais, arithmétique, algèbre, physiologie et hygiène, dessin et
^ musique. Avec la seconde classç commence la
bifurcation; la, section classique entreprend le
grec; les deux autres, l'allemand; toutes trois continuent le latin, l’anglais, le dessin et la musique ; on leur enseigne en plus la botanique et l’histoire générale. Le programme de la troisième classe est le développement de celui de la seconde,: enfin, dans la quatrième classe, la section classique poursuit ses études latines et grecques; le Jatin, au contraire, n’est plus imposé aux deux autres et est remplacé par le français; on fait de la géométrie, de la trigonométrie, de la physique et de la chimie; le
cours d’histoire comprend l’histoire de l’Àmé-
rique et celle de l’Europe au xix c siècle. L’hisf toire de France et celle d’Allemagne sont enseignées en môme temps que les langues française et allemande. La déclamation joue un rôle important à travers les quatre années; la géographie n’est étudiée que pendant la dernière année.
Je ne sais pas comment ce programme est rempli; pour le savoir, il aurait fallu rester longtemps h Lawrcnceville ; mais je n’en connais pas de plus simple et de plus logique.
AUTOUR DE NEW YORK
L'aimable head master, le docteur Mackenzie, nous fait visiter la blanchisserie ; la maind'œuvre est si chère, en ce pays, qu’on invente sans cesse des machines nouvelles; celte blanchisserie est extraordinaire; imaginez un amas de linge sale que vous perdez de vue subitement et qui reparaît, dix minutes après, transformé en une suite de trousseaux parfumés!... Les boarding houses contiennent de 8 à 2 1\ élèves chacune; les élèves prennent leurs repas avec le professeur et sa famille; mais la partie de la maison qu'ils habitent est séparée des appartements de celui-ci . Ils ont une chambre pour chacun et les plus grands travaillent dans des « études » où ils sont deux; chaque étude correspond à deux chambres; ce sont des pièces assez grandes, meublées simplement, mais décorées par leurs locataires d’une foute de gravures et de bibelots. C’est très anglais; en Angleterre, toutefois, les enfants ne mangent pas tous les jours à la table du professeur et je crois que cela est plus sage. L’intl nonce de la vie do famille ne s’en fait pas moins sentir, mais la /Vim?7?<ir//dncpcul exister.
11 y a un gymnase pour les jours de mauvais
‘ • 36 UNIVERSITES TRANSATLANTIQUES.
! temps, des terrains pour le base-bail, le tennis, la crosse, un étang qui sert pour nager en été, pour patinetf en hiver, des bains chauds. (Le tub est peu en usage aux Etats-Unis; beaucoup
de personnes prennent des bains chauds tous les matins; dans un climat aussi excitant, cette coutume peut être bonne ; elle ne convient pas au nôtre, où rien nè saurait remplacer la douche d’eau froide le malin.)
Lawrenceville ne dépend d’aucune dénomination religieuse, c’est tout simplement une école chrétienne : dans chaque maison, on dit la prière matin et soir; rinstruction religieuse : comprend l’étude do la Bible et du Nouveau Testament.
' La pension est de 500 dollars (2 500 francs)
par an; on donne des bourses et des demibourses en grand nombre, d’abord-à ceux qui
se présentent pour les conquérir, ensuite aux
bons élèves dont les parents éprouvent des revers soudains de fortune, chose fréquente en
Amérique, où la paille de Job n’csl pas loin du
trône de Gould*
... llicn d’étrange comme Pcndroit où New York se fond dans la campagne. C’est tout près
de ce « Central Parle » créé il y a déjà plusieurs
années et baptisé, avec une superbe assurance, d’un nom (|ue Pavenir va justifier. Il était alors tout à fait hors de la ville; à présent les maisons l'onlourcnt : elles se dressent par groupes, le long des rues à peine esquissées où l’herbe
croit encore. Le sol est vierge; des roches
grises cl des monticules alternent avec les constructions; de grandes lampes électriques achèvent de donner au paysage un aspect inattendu, presque déraisonnable.
ir
La légère armature de YElevated occupe le
plus souvent le milieu des rues; parfois elle se
dédouble pour suivre les deux trottoirs : d’un
côté les trains montants, de l'autre les trains
descendants. Dessous passent des voitures, des camions, les charrettes rouges de Y Express Company , qui portent les bagages à domicile, des omnibus rococo, des fiacres à deux dollars, et des policemon à cassc-téle, rares et sans prestige. Là-haut, les trains sè succèdent de minute en minute, s’arrêtant aux stations établies aiix carrefours et numérotées comme les
rues qu’elles recouvrent. Suspendues en l’air avec leurs bureaux,' leurs marchands de journaux et leurs toits pointus à la chinoise, ces
stations font, do loin, reflet de bibelots exoti-
AUTOUR DE NEW YORK
ques. Quant à la voie, rien n’égale sa simplicité : les rails sont posés sur l'armature ; il y a le vide à droite, le vide à gauche, le vide dessous. Le tarif uniforme est de cinq cents ; dans les wagons le public s’empile indéfiniment ; on dirait l'intérieur d’un baril de sardines. À mesure que l’on descend clown town , vers la ville des bureaux, des banques et des maisons h quatorze étages, le va-et-vient augmente. Les Anglais, dans la Cité, sont pressés, mais restent flegmatiques. Ici, on voit des figures agitées; le calcul ahurissant se lit dans tous les regards.
Par delà les maisons, si hautes qu’elles soient, apparaît par instants la tête du colosse auquel nous sommes venus rendre visite. Le pont de Brooklyn fut ouvert le 24 mai 1883; les noms de John À. Roebling, qui le commença, et de Washington Roebling, son fils,
qui l’acheva, sont gravés profondément dans le
granit; il fallut treize années et 15 millions de
dollars. Des rampes énormes et formidables conduisent aux piles ogivales dont la masse vous écrase ; à travers le treillis de fer qui descend de là- haut, comme le filet d’un tennis
géant, tout New York est , visible... et, de quelque côté qu’on se tourne, on ne voit rien qui n’ait été fait, refait ou défait par l’homme, rien qui ne porte les traces de sa pensée, rien qui ne soit l’œuvre de ses bras, '
Ifc
Lunchcon à l'Union League, clulj républicain fondé jadis pour « soutenir le gouvernement ». Au premier abord, celte façon de sou L tenir un gouvernement peut sembler étrange :
elle consiste à créer un établissement luxueux avec des tapis épais, d’excellents fauteuils cl tout le confort imaginable; mais cet établissement est un lieu de réunion : la réunion engendre l’union' — cl l’union fait la force.
Ce n’est pas si belo apres tout.
Nous fréquentons aussi le Manhattan , quartier général du parti démocrate,- le Calumet ,
ri
club élégant et jeune, le Centunj , où se réunissent les auteurs, les gens de lettres, les journa-
listes et,' ; d’une manière générale, les hommes
les plus intéressants de New York; mais Y U niversity Club est encore celui que je préfère. Que de bonnes heures j’ai passées dans sa bibliothèque, où se viennent centraliser les in-
r j ^ -vf ^
nombrables Revues d’Ecoliers et d Etudiants
publiées d’un bout à l’autre de 1* Union ; cai; les universités qui se fondent dans le Far West n’ont pas toujours de professeurs et, au début, les étudiants peuvent leur manquer; mais dès le second jour de leur existence elles ont un organe publié par la faculté, laquelle se coin-
AUTOUR DK NEW YORK
pose parfois du fondaleur et de sa femme. Ces publications à couvertures multicolores m’apportaient des impressions lointaines; j’entendais, en bas, les billes sc choquer sur les billards et, dehors, le vent remuer les arbres de Madison square. C’était une oasis dans le brouhaha do la grande ville ; là encore , le mercantilisme disparaissait pour laisser voir l’effort intellectuel, le travail désintéresse, la conquête de la science.
Quant au JVeio York Alhlelic Club , c’est un bel édifice de briques situé au coin de la Sixième Avenue et de la cinquante-cinquième rue. Au rez-de-chaussée se trouve une piscine; au premier, les salons, les billards, la salle à manger; au second, les vestiaires, la salle d’escrime; dans le sous-sol, des bowling allegs *;
au troisième, enfin, un immense gymnase au
parquet ciré sur lequel gisent une demi-dou-
z ai ne de matelas solidement rembourrés, aptes à fournir des Dns de culbutes tout à fait cOnfor-
tables A îni-hauteur, une galerie entoure le gymnase : elle supporte une piste élastique
légèrement inclinée aux tournants et pormcl-