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Le jeu de houles est très en usage aux États-Unis

AUTOUR DE NEW YORK

tant l'entraînement des coureurs; çà et là, pendent de grosses masses de cuir sur lesquelles les boxeurs s'exercent à frapper à tours de bras. Dans un coin, des rowtiig machines qui vous permet lent de ramer pendant des heures sans sortir de votre cabinet de toilette.

Le New York Athlelic Club a etc fondé le 8 septembre 1868 ; ié nombre de ses membres est limité à 2 000 et 800 personnes sont inscrites à la fdc pour en faire partie. Ajoutez qu’il y en a d’autres du même genre dans New York, mais aucun, je pense, ne possède une annexe aussi charmante que la propriété de Travers lslarid, qui lui a été laissée par un de ses anciens présidents. C’est à quarante minutes de New York, sur le bras de mer appelé the Sound . De gracieux mouvements de terrain, un site h la fois sauvage et civilisé séduisent dès l’abord le visiteur : un gyand pavillon — presque un château — s’élève sur la colline; à l’intérieur, des chambres pour les membres, un bar, dessalons,

des salles de bain ; la grande salle est ornée d’une monumentale cheminée où sont inscrits, encadrant une fresque vaporeuse, ces mots charniants ; When friends meet , hearls tvarm ,

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« Quand les amis se rencontrent, les cœurs s'échauffent >>. Un sceptique ferait bien remar-

quer que lc.whiskoy échauffe aussi les cœurs, plus peut-être que l'amitié; mais moi qui ne le suis pas, j'approuve pleinement qu'on poétise les effets du whiskoy en les attribuant à l’amitié; en foi de quoi, nous avalâmes aussitôt quelques cocktails ! ,

Huit jours plus lard, je reprenais le chemin de Travers Island, une petite cocarde bleue et rouge .indiquant que ma boutonnière était admise à porter les couleurs du club; il s’agissait d’assister au Fait meeting , c’est-à-dire à la réunion d'automne clôturant la série des fêtes de plein air ; à la gare, une foule véritable, des guichets supplémentaires établis, des trains toutes les cinq minutes....

Il fait superbe; de la station à la-grille d’en-

trée, la route est sillonnée de breaks, de cavaliers, d f e bicycles et de piétons. L’aspect de File est des plus gais; les tribunes, peuplées de toilettes claires, sont déjà remplies. Un mail-coach

hardiment conduit tourne devant la maison,

d’où s'échappent; les accords d’ui\ orchestre à peu près tziganpi De la galerie extérieure, on

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voit l'ensemble (le la propriété ; la grande pelouse verte avec les bannières blanches, les coureurs en costume, causant par groupes, le jury réuni sous une tente,’ cl une musique militaire entourant son chef qui est debout, le bâton levé!... Des barques circulent sur la rivière, qui s’en va se perdre dans la mer semée (Viles verdoyantes. Les voitures arrivent toujours et la conversation s’anime. La réunion est choisie; il n’y a là que des invités; pourtant ce n’est pas aussi raffiné, aussi correct que

cela le serait en Europe. Les hommes sont plus négligés : ils crachent, ils reniflent, ils s’étalent avec un reste de sans-gêne yankcc.

Les courses ont été bien menées et bien sou-

tenues; celle do 3 milles (4 kilomètres) est enlevée en 45 minutes 11 secondes 1/5. Les sauts à la perche sont également très remarquables; une course d’obstacles divers obtient un succès do gaieté; après chaque exercice, des crieurs viennent annoncer aux quatre points cardinaux le nom du vainqueur, la durée de sa course, la hauteur qu'il a sautée, etc.; et, quand le record is bvoken , c’est-à-dire quand le maximum de hauteur, le minimum de temps an té-'

* rieurcment atteints se trouvent dépassés, un

tonnerre d'applaudissements salue le nouveau

eliampion. f ! ,

Pendant im entr’actc j’ai gagné le garage de bateaux caché derrière un repli de terrain, au bord de l’eau ; la saison est finie ; quelques jerseys scellent encore dans le vestiaire, mais la plu-

part des embarcations dorment leur long sommeil hivernal, Les eaux brillent au soleil et réfléchissent les feuilles rouges, de ce rouge

S d’Amérique qui vous griffe les yeux et donne

M au paysage une apparence de mascarade;... un

des gardiens du garage pêche des quantités de

v-.. ; petits poissons plats, qui gigotent sur les plan- . ÿÿ. ches du ponton d'embarquement avec des sou-

? bresauts de désespoir....

Columbia College fut fondé en 1754, sous le nom de King’s College : réorganisée après la Révolution sous le nom qu’elle porte encore aujourd’hui, celte puissante université compte 1700 étudiants et ses revenus montaient il y a quelques années à 1 100 000 francs; les bâtiments qu’elle occupe représentent une valeur de 3 838500 francs. C’est assez gentil et si j’étais Columbia College je réaliserais promptement cette somme, et remploierais à m’installer grandement sur lés rives dcTIIudsoii ou sur la baie de New York. Quelque plaidantes que soient la Quatrième Avenue et la Cinquantième rue, un coin de rivage ferait bien

mieux mon affai re et celle de mes étudiants.Telle

qu’elle est actuellement, l’ université se trouve

i dans une situation de notoire infériorité par

rapport à ses sœurs. Je ne parlerai pas seule-

ment des dangers que les grandes cités font

courir à la jeunesse, parce que d'une parties

jeunes gens qui veulent travailler savent bien le faire dans les villes, et que de l'autre ceux qui veulent s’amuser y réussissent parfois dans les bourgades,; mais le travail n’est pas tout

dans une éducation universitaire et ces étu-

diants disséminés çà et là, vivant séparément, perdus dans le brouhaha de New York, ne peuvent retirer de leur stage de quatre années les avantages moraux et sociaux qu’une organisation différente leur assurerait.

Columbia possède une école des mines» une

f école de médecine, une école de droit, une

faculté dite « des arts » et une faculté des

sciences politiques. Diverses* associations et corporations de New York jouissent du privi-

un certain

nombre de jeunes, gens. Il yf a, d’ailleurs, des bourses de la valeur de 100 dollars (500 francs)

chacune et des fellowships.

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Le catalogue du Berkeley School est revêtu d’une couverture en parchemin; avec une inscription en lettres dorées; cela convient très Lien à un collège aristocratique tel que celuici. Il fut ouvert le 23 septembre 1880, au n°252 de Madison avenue. Son fondateur, l'aimable docteur John AVbitc, ôtait un gradué d’Harvard;

il enseignait de 1870 à 1873 dans une école de Boston. En 1874, il parcourut l’Europe pour y visiter les principaux établissements d’instruction; les six années qui suivirent, il dirigea un collège à Cleveland, Ohio, et s’en vint enfin à New York réaliser une idée qu’il nourrissait mis longtemps. L’idée était bonne, ou du moins le public la jugea telle* Au début, il eut

6 enfants; quelques mois après, ils étaient 60;

U N l V E H SITE S T IUN S ATL A N Ti QU K S .

4 s au commencement de la seconde année, on en

comptait ISO; et à présent, les parents prennent soin do faire inscrire leurs fils plusieurs années à l’avance; les' places sont prises dans le présent et dans l'avenir. Cela a permis d'attirer de bons professeurs, en leur donnant des salaires élevés.... Le succès étant indiscutable, il se trouvera sûrement de bravos .millionnaires pour enrichir le Berkeley, y créer des bourses,... et ce collège deviendra puissant et exercera une action sur le monde pédagogique.

Actuellement, c’est une maison de la quarantequatrième rue, ne différant en rien de ses Voi- , . sincs. Façade étroite, porte basse; dix autres

façades étroites et portes basses suivent celle-ci.

New York se bâtit par tranches et le même

motif indéfiniment répété indique qu’un même spéculateur et un même architecte ont élevé ces demeures uniforùics, toutes à la fois. Â Tintérieur de celle-ci, ou trouve un escalier tournant,

des p al ic r s a* c s serrés , des chambres démcublécs

pour la « récitation », d’autres pourvues de pupitres.... Cela répond si peu à l’idée que no ùs nous faisons d’une école - que j’en demeure

••• ’ .confondu. 250 enfants apprennent du latin dans

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ce pctil liôlol? C’osi invraisemblable! lo latin no prend pas sur ces murs couverts de papier i\ fleurs, sous ces plafonds a rosaces! Ils viennent remettre leurs devoirs et recevoir des semonces dans ce délicieux cabinet de travail où le D* Wbite siège en complet gris devant un bureau Louis XVI?

... Eh bien, pourquoi pas? après tout! Et fautil que nous soyons assez routiniers pour préjuger d'une éducation par le cadre qui l'entoure ! Vous nie direz que ce n'est pas l’éléganco, mais

là petitesse du cadre qui choque. Une école doit être vaste, avec des pièces de grandes dimensions, où l’air et le jour se trouvent bien h leur aisé! Cela vaut mieux, j'en demeure d’accord. Mais le Berkeley est un externat : 8 élèves scu-

soht internes; tous les autres arrivent ù neuf heures le matin, après avoir déjeuné, et leurs classes, interrompues seulement une dêniibcure à midi, pour un léger lunch, cessent ù 2 h. 50. Le samedi, ils ne viennent pas du tout; chaque jour ils emportent des devoirs à faire 5 eux.

Pour un tel régime, c’est beaucoup de payer 2000 francs par an (les internes payent de 5 000

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[à 6000 francs). Mais le D r Whilp s’adresse à une clientèle qui trouve ce prix très modéré ; il

est aisé j d'ailleurs, avec des bourses nombreuses

et bien garnies, de rétablir lé niveau démocratique;... et puis les élèves du Berkeley jouissent

de grands avantages au point de vue des jeux et des exercices physiques. Tout à côté du collège se trouve un Àthletic Club ingénieusement fondé par le D r Whito» Il se rendait

compte que l'établissement d’un gymnase, d’une piscine, d’un bout house et l’achat de terrains de jeux coûteraient un prix énorme, et il songeait aux moyens de réduire cette dépense. Il imagina donc de créer un club avec la clause qu’à do certaines heures le club appartiendrait à ( ses élèves. A New York, tout le monde est

occupé dans le milieu de la journée ; c’est alors que le magnifique gymnase, les douches, la piscine, les bowling allegs sont envahis par la jeunesse;... puis, vers six heures, les membrès

viennent à leur tour faire du trapèze et nager. Actionnaires du club, ils se trouvent en même temps intéressés à la prospérité de l'école.».. C’est très malin! Le plus cüricux c’c 4 st que la société des administrateurs vient de s’adjoindre

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un club athlétique pour les femmes; c’est le seul dont j'aie encore entendu parler. Une entrée séparée donne accès à un gymnase dont les appareils sont appropriés aux besoins du beau sexe,... si tant est que le beau sexe ait besoin d’autre chose que de plein air et d'exercices naturels. L'édifice contient encore une superbe salle de spectacle où les élèves donnent leurs séances de déclamation et qui, louée le reste du temps pour des concerts et des conférences, rapporte un très joli revenu.

Le boat house est situé sur les bords pittoresques de l’ilarlem River, à 20 minutes de New York; il est gentil et meublé d’excellents bateaux. Le D r Whito est venu au secours d'.un o société nautique qui sombrait... en lui achetant tout son matériel, dont elle peut maintenant continuer h se servir en retour d'une eo-

tisation modérée. Toujours la même organisation : les élèves d'abord, les membres ensuite. Sur une colline, dominant la rivière, se trouve le terrain de jeu connu sous le nom do «Berkeley O val ». C'est une pelouse do grandes dimensions, entourée d’une piste en inivabole^ ce qui assure aux mouvements des coureurs

y . une grande régularité (?). Des tribunes s’élèvent

sur un côté; ailleurs, un espace s’inonde aisé' ment pour être; transforme en patinoire; plus loin encore, des écuries où les joueurs qui viennent à cheval de New York peuvent faire attendre leurs montures.

Les leçons de gymnastique sont données le jeudi et le mardi pendant une heure, mais les enfants ont’, en outre, la permission de fréquenter le gymnase les autres jours, et tout

à leur guise. On les examine soigneusement deux fois par an. Ils vont au « Berkeley Oval » le lundi et le vendredi dans l’âprbs- . midi.

Les lundi, mercredi et vendredi, de dix à

onze heures du matin, il y a exercice militaire ubligaloire pour tous. Ces jours-là, -les élèves portent un uniforme do drap bleu foncé avec des galons correspondant à leurs grades. Le

petit régiment du collège est absolument indé-

pendant. Il y a un colonel, < un adjudant, un sergent-major et six compagnies. On leur apprend un peu de théorie, ainsi que le maniement du sabre et de la lance. Le D r Wliitc, qui a servi pendant la guerre, dirige lui-

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môme, avec le plus grand soin cl le plus grand sérieux, sa troupe, où figurent des soldats de six ans; assurément, c’est l’un des côtés les plus typiques des Américains, ce militarisme un peu puéril qui semble leur tenir au cœur. En Angleterre, il n’est jamais question de mettre un fusil dans les mains d’un enfant et de le faire pirouetter au commandement à droite et à gauche; mais, quand les jeunes gens se transforment en hommes, on aime bien qu’ils s’enrôlent parmi les volontaires, et, avant meme

de quitter le college, beaucoup le font. L’idée

de constituer dans le college un corps spécial que ne dirige ou ne surveille aucun officier de l’armée régulière, et dont les chefs sont eux-mèmes des élèves, me paraît originale, pour ne pas dire davantage. Gela tourne au joujou.

Washington a laissé derrière lui une armée naissante qui ne s’est guère développée numériquement, parce que la nécessité ne s'en faisait pas sentir, mais qui a conservé dans toute sa vigueur l’esprit militaire dont il l’avait animée. Demain nous irons lui faire visite, dans cette solitude de West Point qui est a la fois son

berceau et son quartier général.... Mais à côté tic cette armée, aussi solide que restreinte, du moins quant aux officiers, le militarisme

vulgaire s’est* répandu de tous côtés. Il faut

en chert icr la cause dans l’émigration allemande et dans les souvenirs de la guerre de Sécession, celte interminable et terrible lutte pleine de prodiges d’énergie , de dévoue ment et de stoïcisme antique. Américains de naissance et Allemands américanisés par l’émi-

gration sont tout à la paix, au commerce, aux audaces financières, aux rivalités mercantiles;... mais ce passé sanglant agit sur les premiers et les seconds ne peuvent oublier que Bismarck est leur compatriote; ils l'oublient d’autant moins qu’ils se sentent hors de son atteinte, plus portés, par conséquent, à l’admirer. Il en résulte que ce peuple, une fois

ses afiaii •es terminées, scs opérations suspendues, joue au soldat avec un vif plaisir. Cela

ta

les amuse énormément de boutonner leurs

vêtements, de marcher en rang et d’obéir il quelqu’un.... D’ailleurs la pédagogie allemande leur persuade que la

militaire est le meilleur instrument d’éducation; et ils en

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font consciencieusement l’essai, après avoir

d’ailleurs donné libre carrière à leurs instincts

d’Ànglo-Saxons.

Mais nous voici loin du Berkeley et, avant de le quitter, je voudrais noter un fait caractéristique. Quand un garçon se présente pour y être reçu, on lui demande la promesse écrite qu’il ne fumera pas tant qu’il fera partie du collège; or, lorsque les paquebots débarquent leurs passagers, on fait signer a ceux-ci la déclaration qu’ils n’ont dans leurs malles aucun objet susceptible d’èlre taxé à la douane; ensuite, on fouille les malles exactement comme si nulle déclaration n’avait été signée. Agit-on de môme ici vis-à-vis des garçons, ou s’en rapporte-t-on à leur parole?

Quand je quittai le D r Wliito, il me remit aimablement une brochure renfermant les divers discours prononcés l’an dernier à l’inauguration du gymnase. Cela commença, suivant la coutume, par une prière que lut l’éveque de New York. Je n’avais encore jamais eu connaissance d’une prière composée pour l’inauguration d’un gymnase et je n’avais pas l’idée

de toutes les belles choses qui peuvent être

dites ii celte occasion sur le rôle de la force musculaire en ce monde, sur la légitimité de

la recherche d’ùne beauté physique qui marche de pair avec la santé et la vertu. Après la prière vinrent les speeches , gais et spirituels, et remplis de ces anecdotes insignifiantes aux-

quelles les Américains ont le don d’ajouter de l'intérêt et du charme par la façon ravissante dont ils les content. Où ont-ils pris ce don-là?... ce n’est sûre ment pas en Angleterre. Le pre-

micr orateur débuta en avouant que, ne sachant quoi dire, il s’était adressé à son jeune tils, élève enthousiaste du Berkeley, et lui avait demandé quel plan il devait suivre dans son discours : « Eh bien, papa, répondit l'enfant, fais une tartine sur le collège.»*» et de t épate à propos du D* AVhitc,*., cl..., et dis-lcur que le gymnase va être |iin grand -progrès pour le pays w .

Sur le picr, nous attendons le bateau d’Àlbany qui fait escale à West Point. Sa masse blanche apparaît dans les brunies ondoyantes qui roulent sur PHudson, et le mouvement de son lourd balancier se dessine sur le ciel. C'est une maison flottante, à plusieurs étages. Des drapeaux français, hollandais, anglais, espagnols s’agitent sur la terrasse qui forme le toit,

tandis qu’à l’intérieur un orchestre fait entendre le Chant du Départ, Les nègres vont et viennent dans la vaste salle à manger; des marchands de photographies cl de mauvais romans apportent leurs marchandises presque sous le nez des voyageurs qui, confortablement étalés dans les rock in g chairs , regardent passer les rives majestueuses du lleuve.

L’IIudson, par un beau jour comme celuici, constitue un des très rares paysages devant

lesquels le touriste européen qui ne franchit pas le Missis&ipi doit s’incliner; partout ailleurs, les souvenirs de son vieux monde font pâlir pour lui les tableaux qu’il contemple. À la longue, il se fait aux charmes mystérieux de la plaine immense, des forets sombres, des savanes et des marais, mais l'impression première a été décevante et il faut longtemps pour qu’elle s'efface. Au contraire, les rives de riludson, la masse du Niagara tombant à ses pieds, le panorama de Québec et celui de Montréal, le Potomac vu du Capitole de Was-

hinglon et les étincelants couchers de soleil de la Floride restent pour toujours présents à sa mémoire.

New York est déjà loin, silhouette fautas-

tique surmontée par une réclame dont les lettres géantes sont accrochées en l’air sur un treillis do métal; le mouvement' diminue; plus de ferries , plus de barques. L’IIudson, puissant et calme, est bordé à droite par des collines verdoyantes semées de villas; à gauche, ce sont les fameuses Palissades,, longue suite de falaises

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qui tombent à pic dans le fleuve ; taillées avec une incroyable symétrie, bordées en haut et en bas d’une épaisse couche de végétation, ces murailles ont l’aspect farouche des grandes excentricités naturelles; elles s’en viennent, Tune derrière l’autre, un peu en biais, comme des vagues formidables, soudainement pétrifiées, et c’est ainsi pendant des lieues et des

lieues. Notre paquebot les suit d’assez loin et nous les voyons disparaître à l’horizon dans un brouillard irisé. La solitude est complète

à présent et l'orchestre joue un hymne triomphal, qui transforme notre promenade en uiie expédition de conte de fée sur line roule enchantée..

Ensuite le paysage se modifie rapidement; nous entrons dans les « llighlands ». La, tout a un nom écossais et tout, à la vérité, rappelle l’Ecosse; voici de belles montagnes où le rocher alterne avec les sapins. Le fleuve circule dans un labyrinthe prenant, a chaque instant, des aspects de lacs. Enfin le bateau s*arrèlc et, sur l'cstacadc, nous apercevons des uniformes dorés, des aiguillettes resplendissantes» des toilettes printanières. A quelques

encablures chauffe une canonnière à trois mâts,

toute blanche.... Ce sont les délégués des trois

Amériques qui sont venus visiter West Point

et qui repartent. Il y a eu une revue en leur

honneur et le « superintendant », comme on

appelle ici le commandant de l’école, est venu les reconduire. Le congrès s’est réuni à .Washington l’autre jour; après avoir entendu le discours de M. Blaino et avoir présenté leurs hommages au chef de l’Etat, les invités de la

uc ont été priés de s’ajourner à six semaines; un train spécial, dont les wagons ont été aménagés avec un luxe inouï, va les promener à travers les Etats-Unis; on leur

montrera le Niagara cl les abattoirs de Chicago, West Point cl Ànnapolis *, Boston et San Francisco;... c’est la préface ingénieuse qu’a imaginée le « Bismarck américain ».

Le colonel Miclne nous attend; il n’a pas injs d’aiguillettes pour nous, ni revêtu sa grande

tenue, mais il a une provision de bonne volonté qu’il met à notre service. Ensemble, nous gravissons la colline et pénétrons dans le manège

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