‹ Unterhaltungen mit Friedrich dem GrossenChapitre 2 sur 37 · Restez. Marquis, dans cet asyle, etc · texte numérisé non relu

Restez. Marquis, dans cet asyle, etc

Memoiren von Heinrich de Eatt.

qu'on n'avait pas perdu un chat, et qu'on allait mettre en ba eanons et mortiers et que j'entendrais un beau tapage. 29[mai] Le 29, on me dit que tout cela s'était fait, mais je n'enter de ce beau tapage qu'on annonçait. — 30 mal Ce jour je sortis, quoique je sonffrisse encore; je fus à trois chez Sa Majesté. Quand elle me vit entrer, elle vint à moi: »Ah, bon Dieu, comme vous êtes fait, vous auriez dû rester

vous, je vous l'ai fait dire, il ne faut pas se jouer avec les m: gorge, le plus petit mal de cette espèce peut devenir une e et cela dans un tour de main.« 4 Je remereiai de la grâce qu'elle avait eue de s'intéresser à | santé, et j'en aurais dit plus, si elle ne m'eût interrompu. de »C'est moi qui ai ordonné la saignée, vous ne croyez peut-être que j'entende assez bien la médecine, j'en sais pourtant au point dans un eas de nécessité, et lorsque vous auriez même une chaude, je me ferais fort de vous tirer d'affaire; s'il tournait d'une miliaire, alors je ne m'en mélerais pas; dans toutes les autres vous verriez que je ne suis pas si mal habile que vous pourriez ner. Sachez que j'ai tiré d'affaire un tambour de mon régi N avait une fièvre chaude, comme les chirurgiens majors l'avaient donné, en m’assurant qu'il était impossible qu'il en revint, je lei je lui fis donner de demi-heure en demi-heure un grand verre N où l'on avait mis quelques gouttes d'huile de vitriol, et, dans P de deux jours, je le tirai d'affaire, non sans me moquer de mes Ix de chirurgiens; à force de visiter les hôpitaux où mon père m’ pour me faire une idée des misères humaines et pour y appre y devenir sensible, j'appris en même temps à connaître les m: leurs différens symptômes et les remèdes qu'il fallait employer, me faisais rendre compte de tout; j'appris bien plus encore, car mille occasions d'étudier, dans ces lieux-là, les maux moraux, pires que les maux physiques, et je date de là la connaissauee approfondie que j'ai du cœur humain; les hommes ne peuvent m'en imposer. Le, »Pour perfectionner mes connaissances thérapeutiques, diététiques — voyez, Monsieur si je ne sais pas du grec — j'ai n entretenu Lieberkühn, un de nos grands docteurs en médeeine et tr& fameux anatomiste; mais m'étant aperçu qu'il venait toujours chez moi ses poches remplies de boyaux, d’estomaes et de poumons, je me du docteur et de ses discours; je fus, un jour de ses séances € si dégoûté d'un morceau de cervelle qu'il tira de sa poche, que pus de quelque temps souffrir la vue même de la viande. Le fo

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Mettrie. qui avait en médecine, comme je vous l'ai dit, autant de conainsances théoretiques qu'il en avait peu de pratiques, m'a donné bien les idées sur son art plus fait pour tuer les hommes que pour les sauver: jaand il s'apercevait quo les dissertations commengaient à me lasser, I les finissait toujours par quelques contes. Je traitais une grande lame qui avait une fièvre maligne, je ne lui cachai pas que son état

‘tait désespéré. — Mais, mon Dieu, M. La Mettrie. comment retourserai-je à Paris! — »Par le grand chemin, Madame, par le grand ‘hemin.ce

Quand le Roi eut fini de m'entretenir sur secs connaissances en méleeine. je lui remis son épitre au bon Marquis : il me demanda si j'avais les remarques à lui communiquer, je lui présentai, non toutes celles qne l'avais faites sur son épitre, mais deux ou trois qui me parurent essenfelles. Il en convint.

» Je corrigerai dans quelques jours toute la pièce: si vous la trourez micux, je l'enverrai, et vous pouvez en prendre pour vous une copie: mon honnête Marquis a des inquiétudes, il me les annonce sans oublier le mapprendre aussi qu'il prend force remèdes pour corriger son sang zäte par tous les soucis que lui donnent et ma situation et les chicanes qu'on lui fait en France sur ce qu'il doit retirer de la maison paternelle. Vous le verrez. et souvenez-vous que je vous l'ai dit, que le bon Marquis quittera Berlin, s'il m'arrive quelque désastre dans cette campagne : l'âme du Marquis est l'âme la plus aimante, la plus fidèle, la plus sûre que je connaisse: malheureusement pour lui, c'est l'âme la plus timide. an rien l'effraye, un rien le met hors d'état de prendre le parti qui lui conviendrait le micux : ces craintes à propos de bottes, ces indécisions. ces irrésolutions, font le malheur des hommes: où en Berais-je. que deviendrais-je, mon cher, si la nature ne m'avait pas donné un peu de cette trempe d’äme ferme et courageuse. résolue de vaincre les malheurs où de n y pas survivre.

„Mais, mon cher, vous êtes encore faible, je ne veux pas vous arreter plus longtemps, allez chez vous, prenez les poudres calmantos que j ai ordonnées à Schlau de vous donner trois fois par jour: bon soir et bonne nuit!«

Ma surprise ne fut pas petite. lorsqu'en entrant dans la chambre du Roi. je le vis, une aiguille en main, coudre des feuilles de papier.

» Devinez«, me dit-il, »à quoi je m'occupe. «

> À coudre:, dis-je.

+ Maïs que cous-je ? — vous ne le devinerez pas. je le vois bien, je cons et je relie mes sottises et mes vers, me voici depuis une heure à ce bel ouvrage — in auriez-vous cru un relieur ?«

Yatlılatıonen a. d. Breuf. Etaatéarbiven. XXII. 6

31 mat

der juin

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»Non, je ne l'aurais pas soupçonné. « Es

»Il faut savoir de tout tâter, tout entreprendre, et dire avee M. Voltaire: » Lorsque de tout on a tâté, tout fait ou du moins tont tenté, ilest bien doux de ne rien faire.« Mais, mon cher, quand viendra cet heureux temps où je pourrai me reposer et faire des riens? Vous savez, au resté, à que tont a sa raison suffisante, voici celle de ma relinre. Comme je relis presque toujours, un des jours de la semaine, mes barbouillages et mes extraits, j'ai réuni ensemble tout ce que j'ai griffonné pendant le quartier d'hiver, et jusqu'à ee jour; cela fait déjà un assez petit volume: 1 dès l’âge de vingt-quatre ans j'ai constamment repassé ce que j'ai et ce que j'ai lu; cette méthode, mon cher, est admirable, je m'en tronve très bien, je me rends mes lectures propres et je puis payer argent comptant, si on m'en demande des nouvelles; .je trouve, de plus, un plaisir dans ma méthode, celui de voir comme mon jugement et mon goût se perfeetionnent: ce qui m'avait enchanté dans mes compositions, dans mes extraits, dans mes lectures, au bout de quelques années me paraît souvent d'un maussade inoui, le seul Racine est excepté: plus je le lis, et plus j'y trouve des beautés nouvelles. Quant aux ouvrages de philosophie et de métaphysique, plus je les repasse, plus ÿy apergois des eontradietions ou des obseurités, ces Messieurs les mi sont dans leurs ouvrages, ce que sont les Chinois, quand ils mangentensemble: après un moment de silence, un de la troupe dit: on, Ai; un. autre, dans le lointain, dit: ah, 6. » Qu'est-ce que cela veut dire?« leurdemande-t-on, — : Oh, nous nous entendons, et il n'y a qu'un petit nombre qui puisse comprendre.( Ainsi, Monsieur, il y a dans la métapl » des on, hi, ah, 6, aussi intelligibles que les 44, 6, les on, hi des Chinois; mais où n'y a-t-il pas des inintelligibilités et des incertitudes? elles sont partout, elles nous pressent de toute part. Pour moi, j'ai mon système, et, ne vous en déplaise, Monsieur, je erois que tout est fini à la mort; siÿe me trompe au reste, j'aurai le plaisir de la surprise, et ce plaisir-lä n? pas petit; qu'en pensez-vous? . .

Comme j'allais répondre, on annonça un officier des hussards venant avee une lettre de la part du maréchal de Keith; il l'ouvrit, Ia Int avec inquiétude, à ee qu'il me parnt, regarda ensuite sa grande crie après un instant, il me dit:

» Je dois répondre au Maréchal, bon soir à demain.e —

» Je reçus hier, comme vous l'avez vu, une lettre de mon bon Maréchal — mes affaires à Olmütz ne vont pas aussi vite que je le désirerais, j'y ai cependant le fameux Balbi, très fort pour l'attaque d'une ville, » j'y ai le Maréchal, homme admirable, il a tous les avantages du froid, d'une grande capacité, d'une longue expérience, sa valeur est

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assurée. Jamais incertain, jamais irrésolu. il ne lui manque que la connaissance de notre langue pour n'être pas quelquefois embarrassé dans les ordres qu'il donne. Cet homme est fait pour le militaire et pour la politique et pour les sciences, et.je puis m'en servir utilement dans tous 5les cas possibles. J'ai mon vaillant Zieten. Il a de la vigueur et de l’audace. les succès ne sauraient l’elever, comme les mauvais ne pourraient l'abattre, il est content, quand il peut en venir aux mains avec l'ennemi, mais il y a une chose bien singulière : incapable de faire une disposition un peu passable, quand il n’a pas vu le terrain, il en fait, dès qu'il a vu,

10 des excellentes, mais avec une promptitude, avec une netteté, avec une justesse qui étonne. Il n’a besoin que d’un instant pour voir et pour se décider.

» Pour Seydlitz, j'ai vu en lui, lorsqu'il était enseigne, le grand général et le maréchal, comme j'ai vu le général dans le campagnard

15 Czettritz, et dites, après cela, que je ne connais pas les hommes. «

‚Je ne le dis pas, Sire, et je ne le dirai jamais.

sSeydlitz a les lumières présentes. l'action vive, fait pour remédier à tout. pour rétablir les désordres, pour pousser ses avantages, et c'est le seul que j'ai vu encore qui peut tirer de sa cavalerie tout le parti

2 qu'il en tire, c'est dommage pour lui et pour l'Etat qu'il se livre trop aux plaisirs et aux femmes. Czettritz n'a pas de qualités si brillantes: ce qai le distingue, c’est la solidité et son sens droit qui va bien au bat, mais il est lent.

» Voilà une idee que je vous donne assez juste de quelques-uns

2 de mes généraux, mais n'oubliez point que l'officier que le sort favorise, sera. à la longue, le général le plus habile: ce sort, cette fortune. ce hasard, comme vous le voudrez. l'emporte souvent sur les connaissances les plus distinguées. Le Maréchal, que je vous ai dépeint si facile dans le commerce, est très délicat et agréable dans la conver-

>% sation, et à cet égard l'emporte sur ceux dont je viens de vous parler: avec l'air le plus sérieux, il fait des contes trés intéressans. et a des reparties très piquantes. On dit un jour, à ma table. qne le cheval du géneral Apraxin avait été blessé à la bataille de Jägerndorf. »Oni.« répondit le Maréchal, :c'est avec les éperons..

35 » Il nous raconta dans ce même diner qu'à la bataille de Rossbach deux paysannes assez jolies, ayant lié les mains à un soldat français. le Jui avaient amené en laisse. Voyez. Monsieur le Brigadier. comme ces p...... me traitent : est-il permis de conduire ainsi en laisse un soldat français. ne dirait-on pas que je suis nn chien, mais les baugresses”?

+ Monsieur de Soubise me vengera.«';

1: J'ai oublié de dire que le Roi, en me parlant dun Maréchal, me cita ce trait: 6 e

m'intéressa fort; avec cette idée que j'en avais, je les voyais de plaisir. Je tâchai d'emmener la conversation sur quelques officiers que j'aurais été bien aise de voir apprécier, cela ne fut. fieile, ear rien de si aisé, à ce qu'il m'a paru, [que] de faire ea Roi sur un sujet qu'on se propose, à moins qu'il ne s'agisse des intérêts de l'Etat on des affaires actuelles; à ce dernier égard, pas si aisé de savoir de lui ce qu'il pense. L Je lui dis tout simplement : »J’ai vu avec un plaisir infini hier par Votre Majesté quelques-uns de Ses généraux; j'aime à qu'Elle en a encore un assez bon nombre dignes de Lui servir. »Sans doute j'en ai, mais rayez, Monsieur, le grand nomb tablettes. Un bon général est un être rare dans tous les pays toutes les armées , il est vrai que j'en devrais avoir peut-être p d'autres souverains, car il y en a peu qui, de ces seigneurs et souvi se donnent, comme moi, antant de peine pour former de bons of j'exerce sans cesse, en rendant raison de tout ee que je fais, monne sans cesse, et sans cesse je fais venir chez moi de jeunes ofi | qui m'ont paru avoir du talent, et je les instruis avec toute Vatt imaginable. Connaissez-vous un prince qui fasse comme moi le | gogue?« »Aueun, Sire. « J'espérais que j'entendrais parler de ces officiers siisie | avait formés, mais j'espérais en vain; le Roi, plein, à ee qu'il leetare qu'il avait faite le matin, de Voltaire, sur Charles XI, , toute la séance de ce héros du Nord. = 4 » Voltaire élève Charles XII jusqu'aux nues, et précipite Pie au fond de l'abime. Il est injuste dans le jugement qu'il porte. assuré que, si la cour de Russie donnait à ce faquin quelques | de roubles pour mettre Pierre I" autant au-dessus de son rival À mis au-dessous de Jui, qu'il écrirait que Pierre est le général et À XII un caporal téméraire, et, puis, est-ce à Voltaire à apprécier

ce qu'il en pensait.« +8i Votre Majesté vent:, dit-il, augmenter la gloire du prince qu'Elle attaqne.«

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lens militaires, lui qui n'a pas, comme je crois vous l'avoir dit, l'oınbre de connaissance de notre métier.*) Il ne sait que s'en moquer.

«Apres avoir suivi exactement Charles XII dans toutes ses opérations. après avoir réfléchi mürement sur clles, je le juge plus vaillant qu'habile. plus actif que prudent. audacieux, brillant. Ses trois premières campagnes sont admirables. Il attaque Copenhague. délivre le Holstein. bat près de Narva 80,000 Russes, passe la Duna, attaque les Saxons: voilà qui est admirable. Mais. dès ce moment, plus de suite dans ses opérations: après la défaite des Saxons, Charles devait attaquer le Czar, le chasser de l’Ingrie: le Czar détruit, Auguste tombait par-là même. Voyez comme il fait la guerre en Pologne — et suivezmoi sur cette carte — il ne s'assure d'aucun point d'appui, il ne s'assure pas ni du cours de la Vistule, ni du Boug. où il pouvait y faire dos établissemens, et. avec ces arrangemens, il n'avait pas besoin de donner tant de batailles inutiles.

» Dans la campagne de l'Ukraine, il néglige de se procurer des magasins. et pourquoi, après la défaite des Saxons, aller dans un pays où sont tant de marais, do déserts et de fleuves, dans un pays qui l'éloigne des secours qu'il pouvait tirer de la Pologne et de la Suède, des vivres et des recrues? Au lieu de ces marches si mal combinées, il devait traverser l'Ingrie et la Livonie et marcher droit à Pétersbourg: par la Baltique. il pouvait aisément tirer des recrues de sun pays et en être à

portée. Voilà des réflexions simples et naturelles, vous devez les sentir,

je pourrais vous montrer les fautes qu'il fit à Pultawa — celle surtout de ne pas prendre cette ville où il y avait un grand magasin. d'attendre que le Czar s'avançût et se choisit un bon poste, mais je crains que vous ne diriez halte. La critique est aisée et l'art est difficile. Je sais cela. Monsieur, mieux que personne, cela ne m'empêchera pas cependant, quand je serai un peu tranquille — hélas, si je le suis jamais ? — qjaand ma pauvre tete] sera un peu reposde, d'écrire des réfloxions militaires sur Charles XII et de l'apprécier mieux qu'on ne l'a fait jusqu'ici. mais mon cher, allons nous concher, nous partirons d'ici demain matin ou peut-être l'après-midi. « !

Le Roi quitta Schmirsitz à trois heures et arriva à six du soir à Klein-Latein. où il établit son quartier général. que couvrit le premier bataillon de Lattorff: le second occupa Gross-Latein. et les hussards de Muehring furent avancés jusque sur la hauteur de Czakow: c'est ce que

1 Le Roi a composé, en effet, un discours sur ce sujet en 175%. J'en parlerai Lans le temps et j en dirai l'occasion.

3 juin

4 juin

86 Memoiren von Heinrich be Eatt.

me dit Sa Majesté, qui me parut, l'instant que je fus près d'elle, avoir de l'humeur; j'en jugeai par ee qui fut l'objet de la conversation, mais je ne pus en entrevoir l’apropos.

»On parle des grands et de leur bonheur avec tant de complaisance, on les eroit si aisément les mortels les plus heureux que vraiment cels à fait pitié. Ils sont plus à plaindre, mon cher, que vous ne le eroyez. En général, ils sont mal servis, ou l'on exécute mal ce qu'ils ordonnent, ou, s'ils exigent quelque chose de pénible, on se lasse d'eux: un tas d'ignorans critique toutes leurs démarches, leurs camps, leurs manœuvres, leurs dispositions même les plus sensées, on ne s'en tient pasin là, on recherche curieusement leur conduite particulière, on leur prête des vues qu'ils n'ont pas, et on pousse les hauts eris contre eux sur la moindre préférence qu'ils donnent à ceux qu'ils croient la mériter: voilà le sort des rois, et voilà ce qui dégoûte souvent ceux qui ne savent pas comme moi s'élever au-dessus de ces misères. Je crois que je ne resterall pas longtemps dans ce fichu village, et que, dans quelques jours, nons retournerons à notre Schmirsitz; Dieu sait ce qui m'y attend, je ne sais ce qui m'a manqué aujourd'hui, j'ai été dès le matin tout hypoeondre, peut-être le malaise que j'éprouve est-il occasionné par les he&morrhoides qui sont en chemin; pour ne pas vous ennuyer et vous rendresombre% comme je le suis, je vous souhaite le bon soir.«

Ce fut toute la conversation de cette séance. —

Je fus appelé ce jour de meilleure heure qu'à l'ordinaire, il était deux heures, je eraignis que le Roi ne fût malade, mais, en entrant, je fus détrompé, et cela me causa beaucoup de plaisir.

»Je vous l'avais bien dit hier, mon cher, que les hémorrhoïdes oecasionnaient mon malaise, elles ont paru dans la nuit, et si fortesque | j'ai perdu près de trois tasses de sang; à présent me voilà bien, tout | comme un autre homme, et prêt à vous faire des entrechats, si vous em | voulez.s ”

Je ne dis rien là-dessus, et les entrechats n’eurent pas lieu, un mot | que j'aurais dit, en aurait fait faire une demi-douzaine de suite, ce qui m'aurait peiné pour lui.

»J'ai relu ce matin mon épitre au Marquis, et j'ai corrigé quelques | vers en suite de vos observations: voyez comme je suis docile; pourss| ceux où la mauvaise orthographe donne, selon vous, un peu d'atteinte | à la rime, je n'y ai pas regardé de si près, pourquoi se gêner tant? ets puis on rime surtout pour l'oreille, j'ai bien laissé dans mes poésies pour rimer erep au lieu de crêpe; que voulez-vous? vous verrez qu'on me passera cela, envoyez mon épitre telle qu’elle est à mon bon paresseux 40 de Marquis, et, en la lui envoyant, conjurez-le de ne plus fareir son |

si

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tomac de casse, de rhubarbe et de séné: vous pouvez prendre de mon itre une copie li et en faire ce qui vous plaira. Sûrement, le Maris sera chatouillé, par cette idée que je lui présente, de ce que tout à n aise il pourra, sans témoin, s étendre sur sa chère Babet: qui sait, on cher, si mes deux vers ne vaudront pas un citoyen à la chère patrie. ı Marquise cst unc femme délicieuse pour le Marquis, elle est toute mplie d'esprit, de connaissances, de talens et de prévenances pour lui, | rencontre peu de femmes aussi instruites qu'elle. et on en trouverait is peu qui eussent pour leurs chers les attentions et les complaisances te la Marquise a pour le sien: nos belles de Berlin n'en agissent pas nsi avec leurs tendres époux. les bons maris de chez nous sont obligés, ur n'avoir pas de querelles quotidiennes, d'entrer dans tous les goûts. ns tous les caprices de lcurs chères moities, qu'ils gätent — comme ari et femme gâtent leur chère progéniture: vous verrez, quand vous rez à Berlin. que tout ce que je vous dis, est la vérité, ct que je Ljoute pas un jota à ces complaisances si édifiantes que nos maris ont ar leurs chères, et qu'ils ont. soit dit bien entre nous. pour épargner peu leurs fronts, qui leur donnent des craintes continuelles, et Mon- ‘ur. ne vous en déplaise. très mal fondéces.«

Il parlait ainsi de Berlin. quand le laquais lui apporta un paquet nant de cet endroit.

“Ouvre ce paquet.« lui dit le Roi, »nous verrons bientôt ce que c'est.«

On ouvre.

»Ce sont des manchettes, mon cher, de belles manchettes de la faique de Potsdam, qui diable m'envoie des choses que je n'ai pas comindées — et comme elles sont longues, une paire en peut faire deux.«

Cela dit. il prend les ciseaux, les coupe par le milieu. puis une scnde. une troisième. et ainsi jusqu’à la sixième.

»Me voilà à présent avec douze paires de manchettes: voyez, comme auis bon économe et comme je sais tirer parti de tout et multiplier it: qu'ai-je besoin de manchettes si longucs, il ne me les faut pas plus igues que helles, car j'ai la mauvaise habitude. comme vous l'aurez marqué déjà peut-être. de passer ma plume sur mes manchettes. Si es étaicnt belles. je n'aurais pas tant de facilité d'essayer ma plume, n'est pas la plus belle chose du monde que je fais là. mais je n'y rerde par de si près: voyez mes hottes. vous ne direz pas qu'elles sont n élégantes. qu'elles sont du plus beau cuir de l'Europe, elles sont

= mm nn me

I, Voyez 26 mai. C'est cette copie que j'ai mise dans ce que j'ai écrit, lorsque ais ınal a la gorge. Sa Majesté m'a toujours permis de prendre pour mon usage ie de ses lettres ot de ses vers.

commodes et eela me suffit; voyez mon habit, je l'ai Sehmirsitz, et on me l'a raccommodé bel et bien avee du chapeau va de pair avec le reste de mon habillement: tout l'antique, et tout est cent fois mieux pour moi que s'il était. suis ni pour le faste, ni pour la représentation, ni pour la: voilà, Monsieur, et prenez-moi tel que je suis. Une chose po mieux. C’est mon visage barbouillé toujours de tabae d’

cochon — avouez-le.« , »J’avoue, Sire, que Son visage comme Son uniforme sont verts de tabac. « y »Eh, Monsieur, c’est ce que j'appelle être un peu cochon. ma bonne mère vivait, j'étais plus propre, ou, pour parler plus. ment, moins malpropre; cette tendre mère me faisait faire ch une douzaine de chemises avee de jolies manchettes, qu’elle me là où j'étais ; depuis la perte irréparable que j'en ai faite, person plus soin de moi — mais ne tonchons pas cette corde, bon cher, bonne nuit; je vous souhaiterais bien une Babet, mais les | de nos camps font acheter trop cher les plaisirs qu’elles donnent, | en donnent. Bon soir encore.« 5 juin Le Roi, qui se trouvait si bien de ses hémorrhoïdes fl posé, si leste, comme il le disait, se trouva fort mal des mue il avait mangé un peu trop à son diner. Il eut une colique assez et douloureuse, pour laquelle il fallut avoir recours aux remèdes

6 juin -fus point appelé ce hour, ni le suivant: les premiers lavemens n point opéré, il fallut en donner un assez grand nombre. Cette « m'inquiétait, je m'informai souvent auprès du chirurgien comme la colique, et si elle ne pouvait pas avoir des suites fâcheuses.

Aucune, Monsieur, rassurez-vous, ce ne seront pas les d

malgré cent expériences que le Roi a faites, de ces diables de m

| il y revient toujours: encore, s'il en mangeait peu, cela irait, ım | en mange copieusement; quand vous le reverrez, il vous dira

bien souffert d’une colique violente — causée par je ne sais quoi, car

mange si peu! gardez-vous bien de lui laisser soupçonner que vous êt

au fait, il penserait d'abord que je vous ai instruit, et il ne me le donnerait pas, soyez tranquille, pent-être ce soir, peut-être de:

jouera de la flûte, dans le moment qu'il me dira qu'il souffre encore!

7 juin Monsieur le chirurgien avait très bien deviné; quand je fus

| à trois heures, je tömoignai au Roi mon inquiétude de ce qu'il a

souffert.

1758, 4.—8. Suni. 89

»Ah, mou cher. j'ai eu la plus fière colique qu'on puisse imaginer, elle passait toute raillerie, et je ne sais encore comment je me la suis attirée: si vous voyez le peu que je mange, vous diriez: » Mais comment peut-on vivre avec si peu de manger et avec tant de mouvement qu'on se donne? Je crois que ma diable de colique est la suite des hémorrhoïdes qui avaient cessé tout-à-coup: que vous êtes heureux de ne pas connaitre cette infernale maladie : avant qu'elles paraissent, on a des malaises inouis, et, quand elles sont là, on éprouve des dégoûts et à chaque instant des envies de rendre: elles me mèneraient grand train. si je n'étais pas, autant que possible, modéré dans mon manger. Quand je souffre de ce mal-là, mes facultés intellectuelles ne font pas leurs opérations avec l'aisance que je désirerais: bonne ou mauvaise santé font nos idées et toute notre philosophie.

» Eh dites, après ce fait, Monsieur, que ce que vous appelez âme. n'est pas une suite de l'organisation et du jeu de cetteorganisation même : si quelque chose pouvait m'insinuer qu'il y a quelque différence entre cette organisation et ce que nous nommons pensée, ce seraient ces deux exemples que je vais vous citer, et que je vous prie de méditer à votre loisir. «

Ma surprise ne fut pas petite, lorsque j'entendis citer ces mêmes deux exemples de poudre à canon et de Quantz que je lui avais opposés an jour*.. lorsquil confondait l'organisation ct la pensée. Je me gardai bien de lui faire observer que je lui avais cité ces deux cas: je dis simplement qu'ils me paraissaient mériter en effet toute mon attention, et que je les méditerais dans le silence.

»Ce sera fort bien, mon cher: l'esprit se forme par la méditation. ct vous verrez que vous me devrez des obligations de vous fournir des argumens pour votre cause qui vous est si chère: quelle douleur si votre ame n était pas un être tout spirituel! Cela mérite bien que vous tourniez ct retourniez les deux cxemples que j'ai trouvés: pour moi. je ne vois guère. je vous l'avoue, ce qu'on peut y répondre: permettez que j'en resto là. je suis un peu affaibli de la secousse que j'ai eue avant-hier et hier, et je veux me coucher de bonne heure : demain. nous retvurnerons à notre ancien quartier. bonsoir, point d'hémorrhoïdes. point de cliques, bon soir.

Arrivé l'après-midi à Schmirsitz, je fus appelé à six heures.

» Me voici présentement dans cet endroit ferme comme un roc, jusqu’ à la prise de la ville. si M. Balbi ne perd pas la tête et ne me fait pas rater la place: j'irai demain voir un peu ce qui se passe: j'ai bien trotté aujourd hui et mené grand train mes h&morrhuides et ma colique,

S juiu

90 Memoiren von Heinrich de Eatt.

ilne faut pas s'écouter et se dorloter, mon cher; rien de si dangereux. Je vais, quoique malade, contre vent et marde, je suis à cheval, tandis que d’autres seraient à se plaindre et à plat dans leurs lits; nous sommes faits pour l’action, l'action est le spécifique le plus sûr contre tons les maux physiques; je dis physiques, car, pour les maux du cœur, si quel- à que chose peut aider et les adoueir, c’est un peu de philosophie, le cours est méconnu dans les collèges.«

II me cita alors ces vers de Chaulieu:

Heureux qui, se livrant à la philosophie, A trouvé dans son sein un asile assuré.

»On m'a raconté, dans la marche que nous avons faite, une ehose bien plaisante; un paysan âgé de quatre-vingt ans portait de l’eau à la tranchée, un de mes officiers, touché de voir ce pauvre diable eourbe sous le poids des ans être employé à ce travail qui devait lui être bien pénible, lui dit d’un ton d'amitié: »Mon bon homme, vous êtes trop vieux pour soutenir tant de fatigues, vous ne porterez plus de l'eau. « — »Oh, si, Monsieur, j'en porterai, et je puis en porter sans me faire du mal; mais une grâce que je vous demande, et promettez-moi, je vous cons jure, de me l'accorder: c'est qu'à la prise de la ville, vous me fassier rendre ma bible et mes psaumes que les Jésuites d'Olmtitz m'ont enle-: vés. Si vous me faites ce plaisir, qui me rendra heureux, je m'engage à porter avee joie, dans la tranchée, autant d'eau que vous voudrez? L'officier lui promit qu'il aurait ses livres; ne voilä-t-il pas, mon eher, un homme rongé de zèle pour la maison de Dieu, et cela n’est-il pas edifiant?«

»Tres édifiant, Sire.«

» Je le trouve de même; eroyez-moi, ces sortes de gens pensent bien mieux souvent que d'autres, qui, par l'éducation qu'ils ont reçue, de vraient penser encore mieux. Le trait de ee paysan me rappelle un pandour qui avait déserté, ee qui est très rare parmi ces drôles-là; on l'amena: Où veux-tu aller?« lui dis-je. — »A Rome, Monsieur. =Et que diable veux-tu aller faire à Rome? — »Il y a si longtemps, Mon- | sieur, que je sers l'Empereur, qu'il est bien temps que je serve une fois le bon Dieu, « — Tu fais très bien,« lui dis-je, »je voudrais que me” | camarades eussent la même idée. Mon pandour se mit à rire, et répliqua: »Cela ne serait pas si mal pour vous, Monsieur. |

»Ce drôle avait de l'esprit, quoique si dévot au saint père.

» Un soldat français, fait prisonnier à Rossbach, l'était bien pen; mon pandour l'eût entendu, il l'aurait, je erois, massacré: ce drôle vient droit à moi, après la bataille: »Mon brigadier, je viens vous demander la permission d'aller en Auvergne, d'où je suis. — »Sans doute tu veux …

ud

1758, 8. 9. Juni. 91

ıller entendre des messes? — »Je me f.... des messes et du pape, qui nous a laissé battre, et je crois, mon brigadier, que vous vous f. ... out comme moi du très saint père. Je riais des discours de ce drôle, qui ne cessait de dire qu'il se moquait du pape. Tout en causant, il voit un le nos bas-ofliciers rassembler tous les prisonniers et les ranger à trois rangs de hauteur. > Voyez, mon brigadier, voyez ce bougre, il veut aous dresser à la façon prussienne, et il n'y a qu'un instant que nous sommes ici. «

» Je serai plus raisonnable que le bas-officier et je ne vous dresscrai plus si longtemps à la patience, j'ai abusé trop de la vôtre ; bonne nuit. demain j'irai voir le siège et dresser mon monde à plus d'activité. « —

»J'ai été, j'ai vu et n'ai vaincu, ni la lenteur de mes gens dans les ppérations du siège ni la stupidité de ceux qui, par de fausses nouvelles, perdent du canon ct des hommes. Figurez-vous, mon cher, qu'on n'a commencé que ce matin à tirer des batteries de la seconde parallele. Si sela continue, nous y serons jusqu'à la fin des siècles: pensez que Le Noble, ayant gobé la fausse nouvelle que le convoi de munitions et de farine conduit par le général Puttkammer avait déjà passé par Gibau, et voulant sur cette nouvelle reprendre, lui, le chemin de Sternberg d'où il était parti. s'est laissé surprendre ct attaquer par Lanjus, qui lui a pris 3 pièces de canon et 200 hommes — n'y a-t-il pas là de quoi se donner au diable, s'il y en avait un? C'est ainsi que, pour une chose un peu passable. j'en apprends au moins vingt déplaisantes — et dites à présent que la vie que je mène, n'est pas une chienne de vie.

»Le Noble n'avait besoin, pour se tirer d'affaire, que d'un peu de fermeté et de bon sens, de ce bon sens dont on ne peut jamais se passer.«

‚Mais, Sire, ce bon sens dont Elle parle, et qu'on appelle le sens “ommun, ne me semble pas si commun, il est très rare même. «

» Votre réponse est fort juste, très juste: plus jeune je ne croyais pas lc sens si rare: mais plus je vis, plus je me convaincs qu'il l'est très fort. «

Je voyais avec une peine infinie et que la lenteur dans les opéraions du siège ct la perte surtout qu'avait faite son général Le Noble. quil avait loué dans un diner, à ce que j'appris, donnait à Sa Majesté ie l'humeur ct des inquiétudes. Pour faire diversion aux idées désagrébles qui l'occupaient, je lui dis qu'on m'avait raconté, la veille, une :bose assez plaisante du comte de Turpin, »& qui Votre Majesté avait vermis de faire le voyage de la Prusse pour y voir les troupes. :

À ce mot de Turpin, le Roi me dit vivement:

»Eh, le comte fit ce voyage avec moi.«

Et sans attendre mon conte, il me demanda:

9 juin

Ya

92 Memoiren von Heinricd be Cat.

»D'où savez-vous eela?« -

»Du chevalier Mitchell.‘

»Cest moi qui le lui ai dit; eh bien, me voilà en Prusse ape Monseigneur le comte Turpin, j'osai lui demander: »Que dites-vous de ce royaume” — Il est très beau, Sire. ce — »S'il était à vous, qu'est-ce que vous en feriez, Monsieur le Comte? — »Sire, je le vendrais bien vite et j'irais le manger en France.«

»Mitchell vous a-t-il ainsi raconté la chose? elle est telle que je vous la dis.«

» C’est ainsi Sire, que le chevalier me l'a dite.«

» Quel plaisant Monsieur, que ce comte, il a la manie des vers et il en fait de vingt-deux syllabes: » Pourquoi se gêner, Sire, il faut de la liberté. «

»Parmi les Français qui nous viennent, il y en a de bien aïmables, bien instruits et d'une grande politesse, mais le plus grand nombre sont; des frane-étourdis et sans manières quelconques; nous avons eu le chevalier Cogolin, il prétendait, en partant de Potsdam pour Berlin, que le postillon devait aller ventre à terre dans notre maudit sable, Le postillon Jui répond que les chevaux ne peuvent avancer que pas à pas, le chevalier se fâche, et donne au postillon un coup de canne : Maraud, je t'appren-2 drai bien à avancer,« Le rustre postillon riposte par deux soufflets très bien appliqués, jette mon chevalier et sa valise hors de la voiture et s'en va; le pauvre Cogolin, tout étourdi, reste sur le grand chemin avec sa valise, la charge sur son dos, et va ainsi piano jusqu'à la grande ville; il m'éerit de là des lamentations sur ce qu'il lui était arrivé, je lui répondis en le: plaignant fort de la mésaventure et le priant de n'être pas si prompt une autre fois à donner des coups de canne à nos postillons — qui de tonte cette espèce d'êtres qui existent, est la plus rustre possible. »Quel fichu pays, disait-il, »que cette Prusse, où l'on ne peut pas rosser un postillon sang s'attirer quelques soufflets.«

»J'en ai vu plusieurs qui, sans aucune connaissance queleonque, s'étaient mis à composer un ouvrage: allons, qu'on nous apporte du papier et de l'encre, il nous faut faire des vers. Mais, comme je vous li dit, j'ai vu à Berlin des Français très aimables et très intéressans — le comte de Gisors surtout: en sa faveur, je pardonne au ridicule de les autres.«

Je vis avee plaisir qu'il n’était plus question de Le Noble et da siège, et sans doute il aurait continné à me parler de ce comte Gisors qui paraissait tant linteresser, ou à faire encore de nouveaux contes, si on ne Ini avait pas apporté deux lettres. Après les avoir lues: x |

n Voilà de la besogne que je dois faire, une lettre en chiffre qu'il

1758, 9. 10. Juni. 93

faut déchiffrer, ainsi bon soir. Si vous faites ce soir des vers, n'en faites pas de vingt-deux syllabes.e — Je trouvai le Roi à cinq heures occupé à dessiner sur du papier le château de Sans-Souci, les jardins. la colonnade, le palais chinois, dont 5 jadis il m'avait fait un croquis.

» Voyez le bel ouvrage que je fais là.« Ayant aperçu à la fin de la terrasse, près d'un petit bocage, une espèce de Mausolée, je lui demandai si c'était là un ouvrage antique. »Non, mon cher, c'est un caveau, je le ferai entourer de cyprès, et 10 c'est là où je reposerai: ne croyez-vous pas que je serai bien là ?« » Votre Majesté me présente nne idee affligeante.: »Et pourquoi ne faut-il pas finir un jour, ne doit-on pas s'occuper de cette fin? ct s’en occuper avec tranquillité. et moi plus qu'un autre,

Moi qui sens qu'à grands pas la vieillesse s'avance,

15 Et qui par mille changemens Connais déjà la décadence Qu'apporte le nombre des ans. !)

»Et puis, mon ami, qu'est-ce que la mort?

La mort ost simplement le terme de la vie,

20 De peines, ni do biens, elle n'est point suivie, C'est un asile sûr, c'est la fin de nos maux, C'est le commencement d'un éternel repos.

Et, pour s'en faire encore une plus donce image, Ce n'est qu'un paisible sommeil

25 Que par une conduite sage La loi de l'univers cngage A n'avoir jamais de réveil.

Nous sortons sans cfforts du sein de la nature Par le même chemin retournons sur nos pas.

0 Eh! pourquoi s aller faire une affreuse pointure D'un mal qu'assurément on ne sent point là bas.®:

Voilà, Monsicur, un bon philosophe, et qui l'emporte, pour la raison. sur tous ces philosophes en us, cela n'est-il pas vrai” Chanlicu me paraît un philosophe qui se dit à lui-même: »Je veux me rendre heu-

35 reux en ce monde, ct, pour remplir mon but, je m'appliquerai à m'affranchir de toute contrainte, à secouer tout joug incommode: je ne me refuserai aucun plaisir, il fera scul l'unique objet de ma vie. je combattrai de toutes mes forces tout ce qui s’opposera à mes vucs. qui me paraissent bien sages. C'est ainsi que je me peins la philosophie de

40 M. de Chaulieu, regardant avec mépris Caron et ga barque .«.«

I Chaulieu) A l'ahhé Conrtin, Epttre 26. 2) Chanlien, Epttre 27, A Madame la duchesse de Bouillon.

10 juin

94 Memoiren von Heineich be Eatt.

Pour éloigner une conversation qui me paraissait inutile et qui ne pouvait pas finir si tôt, je voulns faire l'éloge de sa bonnewmémoire :

»Votre Majesté en a une bien heureuse, il est étonnant combien Elle a pu apprendre de choses par cœur et avec quelle exactitnde Elle les a retenues. ,

»C'est que j'ai beaucoup exercé ma mémoire; mais il ne s'agit pas d'elle, vons condamnez done les idées de mon divin Abbé, et, en bon orthodoxe, vous vous jetez à corps perdu sur limmatérialité et mErSe mortalité de Väme.«

»Je ne sais, Sire, si je me jette à corps perdu, sans eo Son expression le suppose, mais — j'en conviens, je crois à Vimmatérialité et à son immortalité.«

»Comment est-il possible, mon ami, que vous puissiez y eroire, ne voyez-vous pas que l'âme n’est qu'une modification du corps, qu'il par conséquent absurde de soutenir qu'elle peut subsister et se eomserver, après que notre corps est détruit? ils dépendent si bien l'un de l'autre qu'ils ne peuvent subsister l'un sans l'autre. Et dites-le-moï de bonne foi, pouvez-vous, de quelque manière que ce soit, vons former. une idée d’un être immatériel, vous le peindre, comme j'ai peint Sans-Souei? si cela est, peignez-le-moi, je vous prie, cet être immatériel.«

»Je ne le saurais, Sire, parce qu'une substance immatérielle n'a ni figure ni qualités sensibles, mais je puis très bien me persuader quete qui pense en moi, n’a point de parties. Peut-on, en bonne logique, la possibilité d'une substance immatérielle par ee qu'on ne peut sela représenter sous la forme de la matière? et, en supposant encore, Sire, cette dépendance mutuelle entre le corps et l'esprit, qui est très vraie, puis-je conclure légitimement, de la dépendance de ces deux choses, que ces deux choses sont les mêmes ou identiques? On annonce instant à Votre Majesté, je le suppose, la prise d'Olmiitz, Sa joie es d'autant plus grande qu'Elle ne S'attendait pas, cet instant, à cette. prise: quelle liaison, j'ose le Lui demander, y a-t-il entre l'effet et @ qui le cause? Un son articulé a frappé et ébranlé votre oreille et son cerveau, c’est là un effet physique, mais à cet ébranlement succède. sentiment de la joie, à ee sentiment, l'idée de suivre les plans qu/Elle S'était faits : y at-il dans ce sentiment et dans eette idée quelqueres semblance avec l'ébranlement des nerfs acoustiques, tronvera-t-Elle une liaison mécanique dans cet ébranlement qu'Elle a épronyé etes idées qui en ont été la suite”

»Monsieur, Monsieur, votre imagination vous égare, vous avez une

1758, 10. Suni. 95

sainte horreur de la matérialité de votre âme, et c'est l'imagination qui vous fait parler.«

Je crois plutôt, Sire, que c'est mon entendement qui s'élève contre cette matérialité-là, et qui dicte mon langage.

5 Voulant couper court à une conversation qui me peinait, je l'avoue, parce que je croyais entrevoir un peu d’aigreur,!) je dis:

‚Mais, Sire, à Klein-Latein, Elle me fit l'honneur de me citer deux exemples qu'Elle avait trouvés* de la poudre à canon et de Quantz, en me disant que ces exemples insinuaient assez qu'il pouvait y avoir une

10 différence réelle entre notre corps et ce qui pense en nous.:

»Cela est vrai, mais, ces exemples ne prouvent pas l'immortalité de l'äme, dont vous avez été imbu dès votre tendre enfance, et vous n'oseriez jeter un coup d'œil philosophique sur cette assertion de l'immortalité que vous craindriez de voir renversée — votre philosophie, comme

15la mienne, ne verrait pas de liaison néccssaire entre l'immatérialité de votre âme et son immortalite.«

J'avouerai franchement à Votre Majesté qu'en cffet je ne vois point cette liaison nécessaire, je ne connais pas assez la nature de mon äme pour conclure décidément qu'après la mort elle se souviendra de son

zu état précédent ou qu'elle pourra continuer d'exercer ses facultés : l'idée et l'espérance de l'immortalité de mon âme sont fondécs, non sur ce que je sais de sa nature, non sur ce que je crois des germes préexistans à la fécondation, mais sur ce que je connais de Dieu et de ses perfections. Je sens bien que je ne puis me servir de cette preuve, contre des philo- 25 suphes qui nieraient l'existence d'un Dieu et de ses attributs, mais ces philosophes ne me prouveront jamais que l'homme meurt réellement. sEh, qui vous nie l'existence d'un Dieu, ce n'est pas moi, il faut en admettre un, quand on voit dans cet uuivers ct des fins marquées ct des moyens très simples et souvent frappans pour y parvenir. Ce monde ne 20 peut être l'effet du hasard, il y a trop d'ordre, je ne connais pas Dieu, mais, comme je vous l'ai dit, je l'adore toujours à bon compte: croyezmoi, il ya, au fond, des incertitudes partout, mais j'ai mon système, je me sauve en disant que tout ce que nous voyons est éternel, que tout est fini à la mort, et, si je me trompe, mon cher, j'aurai et le plaisir de 35 La surprise et celui de causer encorc avec vous là-haut ou là-bas, comme vous le voudrez, mais faisons cela le plus tard possible: peut-être auraisje été aussi bon croyant que vous, Bi, dans ma jeunesse surtout, et dans le cours suivant de ma vie, j'avais vu les bons croyans suivre et prati- 1; Je l'ai souvent observée.

ww

co 11 juin

père était sûrement un très bon croyant et très Rires lade, des prêtres lui conscillèrent et l'exhortèrent même de se lier avec son beau-frère de Hanovre qui avait irrité sa bile: » 1 écrire, Sire, et lui dire que vous oubliez tous ses torts.ı — »] e écrivez, mais du moins, si j'en reviens, ne donnez pra mé Votreg dvores que dans le cas que je mourrai.«

»Et cependant, aurais-je dit à mon père, il faut D ee 1 gion que l'on eroit, ses ressentimens, ses haines, ses emportemens, désirs de se venger, pardonner sept fois septante fois à son fi nous offense, sans quoi, plus de pardons pour nos offenses — ah, mi cher, que les mauvais exemples des parens, en tous les cas, égan corrompent la jeunesse, et combien pêres et mères deyraient-ils à n’en présenter que de bons à leurs enfans, qui se modèlent, jours sur ce qu'ils entendent et sur ee qu'ils voient faire; c'est: que ces parens pourraient dire: »Me voici avec les enfans m'as donnés.c -

»Ne badinez pas sur mon érudition et sur ma doctrine, rien n/ent vrai que ce que je vous dis, permettez que j'y ajoute une chose, de vous souhaiter une bonne nuit, une âme immatérielle et immo et que, si un jour vous avez des enfans, vous leur donniez € ment, avec votre chère moitié, de bons et salutaires exemples; voyez que, sans penser tout-à-fait à la Calvin comme vous, jepi cependant moralement bien; mais bon soir; sans quoi, je vous tiens. core pour une heure, je crois qu'il est bien près de huit?«

» Près de dix, Sire.c

»Dix? ah, ceci passe la raillerie!«

Je le trouvai un peu, car je fus jusqu'à minuit à écrire, cette versation singulière. —

»Savez-vous, Monsieur, que je me fächerai contre vous, si vons me tenez une autre fois jusqu'à dix heures, moi qui suis ordinairement bout à trois l« à

Il ne faudra done plus agiter ces questions sur lesquelles je nai pas le bonheur de m'entendre avee Votre Majesté.

»Ah, je le vois, je le vois, vous eraignez que je coule à fond système religieux.«

» Je ne le crains point, Sire.«

»Mais avouez-le-moi, vous trouveriez que ce serait dom Catt n'était pas immortel, vous êtes flatté de l'immortalité, elle ehatonille, et vous croyez votre âme immortelle.«

» Ce n'est point Sire, parce que je le désire, que je la erois, mais

1758, 10.—12, Suni. 97

ro qu'elle est fondée sur des preuves qu'on ne détruira jamais, supposez que je la crois parce que je la désire, Votre Majesté adrait - Elle m'arracher cette douce espérance, anéantir ce ressort : mes actions, et m’enlever une consolation, lorsque je serais pressé r des maux auxquels nous sommes tant exposés dans cette vie ?« »Ah, mon cher, puisque wous le prenez et que vous me parlez sur ton. je me garderai bien de vous enlever une illusion qui vous flatte, : détruire vos espérances, et de vous réduire au désespoir : s’il est barre d'avertir un homme de l'infidélité de sa chère épouse, il est cent is plus barbare de lui présenter un système destructeur de toutes ses pérances.

»Et puis. en suivant votre système, vous n'avez, j'en conviens, ‘eun risque à courir, soit que vous vous trompiez, ou soit que vous ne us trompiez pas.

J'avais bien envie de lui présenter l'alternative, mais la crainte engager de nouveau une dispute inutile qui aurait peut-être prolongé séance encore jusqu à dix, m'arrêta: depuis cet instant, le Roi ne m'a lé que de loin à loin de ces objets, sur lesquels il me paraissait n’air que des idées bien vagues et bien indécises.

Le Roi revint à ce qu'il m'avait dit, la veille, de la brouillerie de n père avec l'électeur de Hanovre, et des exemples souvent dangereux se les parens donnaient à leurs enfans.

s Quand je vous parlai hier de mon père, n'allez pas vous imaginer s'il nous ait donné de mauvais exemples, il ne nous en a donné que de ns. les fautes que ses enfans ont ‘pu faire‘, sont leurs propres fautes, on père ne les a pas occasionnées. Il était vraiment à tous égards un mme de bien, c'était au pied de la lettre un roi philosophe dans toute

force du terme: peut-être est-il allé trop loin en présumant trop de samanité, en voulant que ses sujets ct tout ce qui l'environnaient. issent des mœurs austères telles qu'il les avait.

»A présent, si vous voulez entendre un nouveau solo de Quantz. je is le jouer. et cette musique ne nous tiendra pas jusqu à dix heures:

l'ai essayé après table, il m'a para qu'il était au-dessus de ce que j'ai ‘lui en ce genre, cet homme ne vieillit point. «

Ce solo dura une heure, ct cette fois j'eus un bon soir qui me laissa

temps de souper.

Appelé à quatre heures. j'entendis la lecture de la tragédie de Afi- ce 12 Juin

ridate. et toujours le Roi disait :

»Au moins. à chaque acte, je pourrai prendre une prise de bac. «

N en déclama plusieurs scènes par cœur, avec cet intérêt qu'il met-

Puttilatienra a. D. Breub. Staatberdiven. XXII. ‘

98 Demsiren von Henri be Eat,

tait dans tout ce qu'il lisait et qu'il voulait trouver bon!); les ne furent pas oubliées.

Ainsi ce roi, qui seul a, depuis quarante ans,

Lassé tout ce que Rome eut de chefs importants.

»Aveë votre permission, M. Racine, Mithridate n'a lassé

| ans ees vainqueurs des rois. « . s #4,

"Je m'en vais tétonner : cette belle Monime,

Qui du roi notre père attira tous les vœux, Dont Pharnace, après lui, se déclare amoureux.?)

de l'art poétique. Le sujet n'est jamais assez tôt expliqué.« — Mes soldats presque nus, dans l'ombre intimidés, = Les rangs de toute part mal pris et mal gardés. 9) zei

»Quelle peinture vraie et vive de ee combat nocturne, fusion, de ce désordre, de cette armée dissipée dans les nuit! Que ee Racine est admirable dans ses tours si pi

0 ciel! Quoi! je serais ce bien heureux coupable Que vous avez pu voir d'un regard favorable!

Vos pleurs pour Xipharès auraient daigné couler. #)

»Ah! M. Racine, je suis fâché de vous le dire, ceci n'est: W poète du cœur,

»Il y a beaucoup d'endroits dans cette scène où l'on peut cc Monime à Pauline, et où l'on voit que, si les vers de Corneille. pensés, ceux de Racine sont bien sentis. J'ai toujours lectures ces sortes de comparaisons; rien, mon eher, ne sert mer le goût.e —

C'est à Rome, mes fils, que je prétends marcher,

Ce dessein vous surprend; et vous croyez pent-être Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître. J'exeuse votre erreur : et, pour être approuvés,

De semblables projets veulent être achevés. 5)

Quand il eut fini de réciter ees vers, il me dit:

»Moi polisson, moi bien au-dessous du grand Mithridate, pi Romains, j'ai osé tenir son langage, en écrivant à mon frère He »Mon cher frère, je marcherai à l'ennemi, je les ferai sortir de retranchemens, je les battrai, j'assiégerai Breslau, je 0

1) Iei une note, car quand il ne voulait pas trouver une chose bonne, vers, il la lisait d'une façon décousne, dont j'ai déjà rendu compte [p. 23], Ü de même pour les ouvrages en prose. 2) Xipharès à Arbate, acte pr première. 3) Acte 2, scène 3, Mithridate à Arbate. 4) Scène 6, acte à Monime. 5) Acte 3, scène première, Mithridate à Pharnace et à Xiphs . Majesté récita toute cette scène sans y manquer une syllabe.

1758, 12.— 15. uni. 99

Autrichiens jusque dans la Boh6me.« Ce discours vous surprendra, et je tins parole.e — J'ai besoin d'an vengeur. et non d'une maîtresse. !)

»Ne voyez-vous pas là, Monsieur, le vers du Cid: Nous n'avons qu'un honnvur, il est tant de maîtresses,

set cette belle réponse du bon Henri IV à la belle Gabrielle, au sujet de

de Sully : Je me passerais mieux de dix maîtresses comme vous, ma

mie. que d'un serviteur comme lui.ce — . .

Ne livrons pas surtont Mithridate vivant.?)

» Voilà une mort digne de ce grand roi, voilà le trait frappant de son caractère, et c'êst ainsi, man cher, qu'un roi doit mburir. La haine de Mithridate pour les Romains est si bien développée dans cette pièce. son courage et son intrépidité si fortement exprimés, sa jalousie même si bien rendue. la fin de ce héros si noble et si grande. qu'il faudrait être bien de mauvaise humeur pour ne pas, en faveur de ses sentimens, pardonner à ses faiblesses, et passer au poëte pour son ton mâle et sublime, pour sa versification toujours pure, élégante et harmonieuse, les portraits et les situations de ses pièces qui sont souvent les mêmes, ou qui paraissent telles à la plupart des lecteurs qui n'ont pag la vue assez fine pour apercevoir les nuances de ces caractères et qui seules en font la différence. Voilà une bonne pièce que je vous ai lue, et de piètres remarques que moi très profane ai osé faire; je vais rejouer mon solo, et. comme vous l'avez entendu hier, je vous souhaite une bonne nuit.«

Le Roi, très occupé par des dépêches qu'il avait roçues, ne me fit 13 juin point appeler ce jour, ni le suivant à cause d’une nouvelle indigestion, 1188 je fus inquiet sur sa santé, mais son chirurgien me rassura.

Nous avons mangé aujourd'hui, me dit-il, un peu trop d'un pâté, nous avons eu une indigestion, un lavement et mes poudres feront merveille: demain; il veut aller au siège, il est déjà au lit maintenant, sept beures.: —

Comme j'allais entrer vers les six heures chez Sa Majesté, le chirur- ce 15 juin gien me dit : » Pour l'amour du ciel, ne parlez pas, Monsieur, de coliques, d'indigestions, de lavemens et de poudres. Le Roi n'aime pas qu'on lui en parle, il vous dira assez, à sa manière, ce qu'il veut que vous en sachiez.«?:

J'entre.

nn = nn

1, Acte 4, scène 5, Mithridate seul. 2: Acte 5, scène 4. 3) Un hussard du Roi, eatendant le français, m'expliquait le discours du chirurgien, malin ou plutôt méchant homme, comme j'ai eu occasion de l'observer, au sujet de Sa Majesté, qu'il a aimait pas.

Memoiren von Heinrich be Cat.

»Me voici de retour de ma course à Olmütz, j'ai

: ce siège qui ne finit point, je commence à croire que M.

peu imbécile. Dans la nuit du 13 au 14, le général

700 hommes ont attaqué les batteries de la gauche'et, avec

la droite; quoiqu'ilg aient été repoussés assez drument et fi

qui-n’est pas de paille, ils ont cependant encloué 7 canons,

artilleurs les ont mis bien vite en état de servir. Draskovich

sur la place 3 officiers et 70 hommes, nous avons fait 32 pris

. ee sont là de grandes misères, que voulez-vous, quand on ne faire plus.

sJai gagné, au moins, dans la böse que je — de faire, à avoi

Le hémorrhoïdes et de ma course d'hier, qui a mis mon sang trop N vement; comme ce sang, plus ou moins agité, peut ainsi que mener loin un homme, aujourd'hui, je ne saurais m'oceuper ni ( ni de la moindre lecture; je vois sombre: il y a des jours n ‚eher, il y en a de bien obseurs aussi; eela arrive, je erois, & ) monde d'en avoir alternativement de tels : avez-vous ee ée | que je vous dis läA?« »Oni, Sire, quand j'éprouve quelque malaise, je vois tout “ N . comme je vois tout couleur de rose, lorsque je me porte bien. »Avouez que nous sommes de pauvres misérables créatures.s » J'en conviens pour moi, Sire.« »J'en conviens aussi pour moi-même, et que je sois bien où mon j'éprouve cette influence des jours, et celui du 18juin m'est ic z c’est d’un pareil jour que je date le commencement de mes malhe Je n’eus pas de peine à deviner ce qu'on pensait, puisqu'on dit: de suite :

»J'ose vous assurer que, si ce jour à Kolin mes dispositions été suivies, j'aurais gagné une bataille qui aurait d'abord mis fin

guerre dösastreuse.« Je m'attendais à une description de cette bataille, trompais, !) le Roi ajoutant tout de suite : »Ne pensez pas, Monsieur, sois comme un Romain, à eraindre les bons ou les mauvais jours,

1758, 15.— 17. Juni. 101 le mal. et, si je trouve ce jour du 18 un jour fatal, c’est qu'il l’a été pour moi et pour l'humanité : si seulement mon siège pouvait aller bien, beaucoup de désastres seraient réparés bien vite.«

À propos du siège, je demandai à Sa Majesté la permission d'y 5 aller. lorsque je partirais de chez elle.

» Eh, quelle maudite curiosité ! qu'irez-vous faire là ?« ‚Voir la tranchée et me faire quelque idée d'un siège; peut-être n'en aurai-je plus l'occasion.

» Comme je lis dans vos yeux que vous êtes comme une none dont ie le désir dévore. allez, Monsieur, allez ; mais quelle heure est-il ?« » Près de sept heures.

» Partez done, il en est temps, mais passez avant chez Wobersnow, et priez-le de vous donner deux hussards d'ordonnance qui vous mon-

treront le chemin,. sans cela vous pourriez vous égarer, ou être pris, et -

15 l'on dirait que diable allait-t-il faire dans cette galère: bon voyage, et point de mauvaise mésaventure.c

Le Roi envoya dans la matinée à dix heures demander si j'étais de fetour. on dit que non, on revint à une heure : point de retour encore: un coureur vint à cinq heures, j'arrivais précisément.

Be »Monsieur, Sa Majesté a déjà envoyé trois fois, Monsieur, chez vous pour savoir si vouë y étiez: venez donc vite, je vous prie.«

» Ah, Monsieur le voyageure, dit le Roi, »que vous êtes long dans vos COUTBER.«

» Quand on est envoyé comme courrier, Sire, on dépend de celui qui

25 envoie. je suis venu à toute bride comme courrier. «

»Que voulez-vous dire ?«

Je lui remis alors une lettre du maréchal Keith, qui m'avait prié de diner chez lui et d'attendre qu'il eût fait un rapport au Roi sur une affaire qui avait eu lieu, me priant de le lui remettre d'abord à mon

SS arrivée.

Sa Majesté lit ce rapport, ouvre de grands yeux, jette la lettre sur aa table. voit sa carte, se met à écrire. fait venir un chasseur qu'il expédie au maréchal avec une lettre: tout cela fut l'ouvrage d'un instant.

Il considéra encore sa carte: puis, venant à moi. il me dit:

as »Le maréchal Keith m'a écrit que Saint-Ignon avait attaqué à deux reprises le pauvre général Meier, qui a été tué, que nous avions perdu dans cette attaque quelques officiers et une cinquantaine d'hommes, et que l'on avait fait retirer l'ennemi avec quelque perte. Et vous, qu'avezvous vu, qu’avez-vous appris ?«

Je ne parlai point de l'affaire qui n'avait pas été fort douce, je dis simplement que le travail de la sape avait été poussé assez loin, quoi-

17 juin

102 Wemsiren von Heinrich be Eatt.

qu'une pièce de canon de la flèche de la gauche sur le glacis, discontinuer sur la tête de la sape, eût beancoup incommodé leurs, et que l'on n'avait perdu que quelques hommes. Ÿ

» Vous devez être las, allez vous coucher, et, si vous m'en n'allez plus à la tranchée, vous en avez assez pour votre cours bon soir, j'ai encore quelques lettres à écrire.« 1

Quant à l'affaire du général Meier dont le Roi me parla tement, en voici le détail, tel que me la donna le Maréchal pendant nous étions à table.

Le général Meier, sur l'avis qu'il serait attaqué par legen Ignon, se fit joindre par le bataillon de Nimschöffsky et fut tot nuit sous les armes; les patrouilles que le général avait envoyées dant toute la nuit, ne revinrent point, et, quoique tout füt trang le grand matin du 17, le général Meier devait naturellement s ne voyant point reparaître les patrouilles, que l'ennemi marchait être à lui; au lieu d'être sur ses gardes, il renvoie le bataillon de N schöffsky, fait mettre pied à terre à sa cavalerie et ordonne un fo alors le général Saint-Ignon, dont on n'avait aucune-idée de sa man tomba à l'improviste sur Meier avec trois rögimens de dragons, un de sards et un pulk d’uhlans et quelques centaines de Croates postés soutenir la cavalerie; nos dragons, surpris dans leur éamp par tant de troupes, ne purent tenir ferme, et perdirent leurs tentes et leurs

canon, il se replia sur Gross-Teinitz; et M. de Meier, avec le reste di ses huit escadrons et le bataillon, marcha à Holitz; en voulant défiler. la digue qui conduit à la Morawa, l'ennemi l'attaqua pour la se fois, la lui fit passer au galop et se mêla même avec nos dragons;

décharge que l'ennemi à son tour se retira avec quelque perte Le! maréchal Keith, qui vint avec quelques bataillons et les zons di

Würtemberg, passa la Morawa, joignit le général Meier, délogen de Holitz et occupa tranquillement ce village, tandis que M. de Ignon reprit le chemin de Prerau. Le régiment Baireuth perdit dans

général Meier, et 380 ou blessés ou pris ou égarés; voilà le vrai del chose, sur laquelle je ne dis mot.

En allant chez Sa Majesté, qui m'avait fait ordonner de m'y à deux heures, j'appris par un aide de camp qu'elle avait reçu In tris nouvelle de la mort du prince de Prusse, son frère, et qu'elle en a été vivement frappée: j'entre et je vois le roi assis, le conde sur la

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et un mouchoir dans la main dont il se couvrait le front, il fut quelques minutes à me fixer, alors, se levant, il me dit, les yeux baignés de larmes:

»Ah, mon ami, quelle désastreuse nouvelle j'ai reçue! mon pauvre frère n’est plus.c et il sanglote.

5 Je fus vivement attendri. je mêlai mes larmes aux siennes, il vit ma douleur, et mettant sa main autour de mon cou. ce qui me surprit, je l'avoue, il me dit : » Mon ami, il n'est plus pour moi, ce frère que j'ai tant chéri, vous êtes bien bon de vous affliger, la vie que vous menez avec moi, est bien triste, et que de malheurs peut-être nous attendent

toencore' Mais. mon ami, je puis les supporter tous : les pertes du cœur, de l'amitié, sont les seules pertes déchirantes et irréparables : ce cher frère n’est plus.«

Après lui avoir témoigné combien j'entrais dans sa douleur, combien

“ je comptais dans cet instant d'amertume sur la force de la raison et de

15 sa philosophie qui, approuvant des pleurs si légitimes et si naturelles, pouvaient les modérer et adoucir —

ıJe suis sensible à ce que votre bon’cœur vous dicte dans cet instant, mais, mon cher, j'ai appelé et J'appelle à mon secours raison, philosophie, 0 Je n'en reçois, hélas! aucun soulagemont :

À leurs belles leçons insensé qui s'y fie :

Elles ne peuvent rien contre le sentiment.

J'entends que la raison me dit que vainement Je m'afflige d'un mal qui n'a point de remède : =) Mais je verso des pleurs dans ce même moment Et sens qu'à ma douleur il vaut mieux que je cède. « N Il en versait en effet ; après une heure d'une séance si pénible pour le cœur, le Roi me dit:

» Je ne puis. mon cher, plus tenir dans la chambre. je suis comme quelqu un qui étouffe, je vais monter à cheval. respirer l'air et me livrer seul à mes pensées tristes, si vous voulez avoir la complaisance — ce fut son expression — de revenir encore vers les cinq heures, vous m'obligerez: il est doux d'épancher sa douleur avec ces êtres si rares qui savent la partager.c

15 Le Roi fit en effet seul à cheval. ot pas à pas suivi d'un palefrenier. ane promenade d'environ une heure: je le vis et partir et revenir. avec ane peine que je ne saurais rendre.

Je parus à cinq. ainsi qu'on me l'avait ordonné. » Ma promenade m'a fait quelque bien, je puis du moins respirer, le mais mon cœur est pressé. je ne puis me faire à cette idée de me voir

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