‹ Unterhaltungen mit Friedrich dem GrossenChapitre 3 sur 37 · I. Chaulieu 22. Sur la mort du Marquis de La Fare, en · texte numérisé non relu

I. Chaulieu 22. Sur la mort du Marquis de La Fare, en

‘ . enlever un frère que je chérissais, oni, le ciel m'est témoin, que je {

19 juin

104° Memoiren von Heinrich be Gatt.

chérissais sincèrement, et eroyez qu'il y a peu d'hommes eomme moi qui aime sa famille comme je chéris la mienne; rien n'égale ma satisfaction, quand je puis lui en donner des preuves réelles, et jamais je uen manque l'occasion, ma famille doit me rendre cette justice: despar- # tienliers ne peuvent pas plus s'aimer que j'aime les miens, et cetattachement n’est pas commun, je l'avoue, parmi ceux qw'on appelle souvent si improprement, du moins pour le moral, les grands de la terre; je dois vous dire avec la même franchise que ce frère que je viens de perdreet que je regretterai longtemps, par tant de raisons, méritait tonte à tendresse, par l'excellence de son cœur, par son attachement pour mei et par son zèle pour la patrie.« Le Roi en aurait plus dit sans doute, si on ne lui avait pas apporté un tas de lettres. .

» Voilà de la besogne à faire, bon soir, mon cher, et pensez à un pauvre affligé.« — L’avant-midi, j'eus l'horneur de voir le prince Ferdinand, à la parole, et de lui témoigner tous mes regrets de la perte qu'il venait de faire; il m'invita à diner dans sa tente, avec le chevalier Mitchell; ce bon et digne Prince me parut extrêmement affecté, il pleura beaucoup sur mort de ce frère qui lui était si cher, il me demanda, comment était le Roi.

» Très triste, dis-je, »et très affligé de cette mort à u ne s'attendait point.« 1 A trois heures, je fus appelé. 5 »Vous me revoyez, comme un homme qui ne peut revenir de st surprise et se consoler de la perte de ce bon frère. Il est mort à la suite d'un coup de sang dont il a été frappé, et, lorsqu'il peignait et se faisait lire, ma sœur Amélie qui était là incognito, voyant que mon frère était. | plus mal qu'à l'ordinaire, fit venir tous les médecins et chirurgiens dem. Berlin:!) on fit une consultation: Mutzel voulait que, malgré les saigndes que le chirurgien Puchtert, attaché à mon frère, lui avait faites de son propre mouvement, on le saignât de nouveau, puisqu'il lui sortait du nez des caillots de sang, qu'on était souvent obligé de lui tirer, tant ils” étaient épais et coriaces ; les autres, imbéciles au possible, furent dus avis contraire, malgré les raisons et les instances de Mutzel, et soutinrent qu'ils eroyaient mon frère trop faible pour être saigné davantage; il fut, ce cher frère, la victime de cette imbécillité, et attaqué d'un coup de sang qui a terminé ses jours; ma sœur, qui se tenait à la porteetqui…

1) Mutzel, Lesser, Meckel, Pallas, "

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a osait pas se montrer, fit avancer un prêtre qui pérora tout à son aise devant mon pauvre frère qui n'était déjà plus. On l'a ouvert, et l'on a trouvé, ce qui est bien déplorable, le corps le plus sain qu'on eût jamais vu. J'ai écrit à ma sœur Amélie, pour qu'on lui rende les honneurs fanèbres qui lui sont dus et qu'il mérite, mais, hélas, ce cher frère sera insensible à cet honneur, et il ne verra ni mes regrets ni mes larmes. Ce qui augmente infinimént, mon cher, ces regrets, ce qui me rend sa perte plus déplarable encore, est tout ce qui s'est passé entre nous la campagne précédente, vous en aurez sans doute entendu parler.«

Je ne voulus pas répondre, mais il me demanda avec tant d'instance de lui dire tout ce que j'avais appris sur ce sujet, il me répéta à tant de reprises qu’il me tiendrait compte de ma franchise, et qu'elle lui prouverait que je lui étais sincèrement voué, que je n’hésitai pas à le satisfaire. |

J'ai entendu dire, Sire, que Votre Majesté, dans Son camp de Leitmeritz, ayant fait appeler le Prince, lui avait donné des instructions sur la manière dont il devait se conduire avec l’armée qu'Elle lui confiait, que le Prince, pour être bien sûr d’avoir compris Votre Majesté, lui avait écrit une lettre dans Laquelle il lui récapitulait les instructions données, et lui demandait s’il les avait ou non.blen saisies. Qu’Elle avait laissé le Prince sans aucune réponse, et qu'il avait suivi, dans les opérations, ce qui lui avait été recommandé. Que, par l'incendie de Zittau et le manque de farine et de pain, le Prince avait marché vers Bautzen, que Votre Majesté. à l’ouie de cette marche, avait écrit au Prince une lettre très forte où Elle l’accablait par des duretés, et qu’Elle même, étant arrivée des environs de Pirna avec un régiment de hussards, à l’armée du Prince, avait tourné le dos à Son frère, lorsqu'il venait à Elle, et lui avait fait dire par le général de Goltz : Allez et annoncez à mon frère et à tous ses généraux que, si je faisais bien, je leur devrais faire sauter à tous la tête de dessus les épaules.

A ce mot, le Roi se lève et me dit d’un ton anime:

»Ce que vous venez de me dire, de faire trancher la tête, est une insigne calomnie, vous devez me connaître déjà assez pour me juger incapable de tenir un tel langage et de l'avoir tenu à mon frère: sûrement quelques sots frondeurs d'ici vous auront fait ce detail, qui répugne à ma façon de penser, à la vérité ct au sons commun.«

‘Personne ici ne m'a parlé de cette affaire, Sire. — et cela était vrai — Votre Majesté a voulu que je Lui disse sincèrement ce que j'avais appris, avant d'avoir l’honneur d'être à Son service; et je l'ai fait comme Elle me l’a ordonné.

Croyant que j'aurais des regrets peut-être de lui avoir obéi, ou que

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106 Memoiren von Heinrich be Catt.

j'aurais été trop frappé de sa vivacité, lorsqu'elle se r& nie, il se calma et, d'un ton très modéré, il me dit;

„Je vous tieys compte de ce que vous avez été vrai gage, continuez, dans l'occasion, à me parler toujours de e me plait, et vous ne vous en repentirez pas — je vous jour le vrai de la chose, et de eette brouillerie qui m'a € larmes, et vous verrez alors que, si les particuliers sont les 0 vent des calomnies les plus atroces, les rois le sont aussi bien bon soir, si des sots quels qu'ils soient, comme il y en a ici tou vous demandent ce que je puis avoir dit sur mon frère, dé questions et leurs personnes; bon soir, je vais me coucher, je debout demain pour un grand fourrage que j'ai ordonne.«

J'étais déjà sur le seuil de la porte, lorsqu'il me dit:

»Un mot encore: eh bien, que pensez-vous et de mon derniers temps où mon pére, conduisant et mon frère et ma Baireuth, leur recommandait d'avancer, et de ce que je vous ai d jours-ei de la fatalité de certains jours? Pesez cela avant de dormir, mais gardez-vous d'ajouter foi aux rêtes et de marquer de blane les jours heureux, ni de noir les jours funestes ou m arrêtés par la redoutable fatalité; et la foi aux songes et 1 heures favorables ou dangereuses pour les affaires dont je vous sont des rêves d'imbéciles; bon soir.« —

Je fus appelé à cinq heures, Sa Majesté me parut fort toujours triste.

»Avee 11 bataillons et 2,000 chevaux, j'ai fait ce matin un fourrage vers Prödlitz, et j'ai reconnu l'armée ennemie; son front st accessible, partout il n’y a que des défilés par lesquels on ne 1 cher à elle, et ses ailes sont si bien appuyées qu'il est impos tourner : à notre approche, ils se sont mis en ordre de bataille et, ils ont vu de quoi il était question, chacun est retourné à son qui

Je croyais, mon cher, que ce virevar d'aujourd'hui ferait ı diversion à mes idées sombres, mais elles restent tonjours les ı la douleur que je ressens de la perte que j'ai faite, se joint e tendre par vous qu'on me juge mal dans ce différend que j'ai mon bon frère: voici, mon cher, la vérité du fait. Après la malheı affaire de Kolin , qui renversa si cruellement mes espérances de

prompte et sûre, peut-être sur le champ de bataille même, etde ensuite contre les Français que nous aurions menés tambour dans leurs provinces — je fus, comme vous le savez, obligé deu Bohême; j'envoyai mon frère en avant, avec une partie de

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battue, je lui donnai des instructions, cela est vrai, et elles étaient nécessaires, mais si je ne répondis pas à sa lettre dans laquelle il me demandait s’il m'avait bien compris, mon silence ne lui proöuvait-il pas qu'il avait bien saisi mon idée? et, si cela n’eüt pas été, n’aurais-je pas re-

5 dressé ces idées qui, mal entendues, pouvaient avoir des suites fâcheuses ? Je lui recommandai de ne consulter personne, que je m’en rapportais entièrement à son intelligence, comme je faisais fond sur sa bravoure — mon cher, il n’est pas possible d’être plus brave qu'il l'était — que cependant, s’il voulait consulter quelqu'un, c'était Winterfeldt à qui il lo pouvait se confier, et qu'il ne devait consulter que lui. Enfin, qu'on deait soutenir Zittau à tout prix. Que fait-on? on recule, on recule, Winterfeldt propose de renforcer Zittau, il demande avec instance de se porter aux environs avec un Corps, pour en défendre l'approche aux Autrichiens, qui, sur les avis qu’en avait Winterfeldt, faisaient des mou- 15 vemens de ce côté-là. On n’&ooute point Winterfeldt, contre qui — et je ne sais pourquoi — on avait des griefs depuis quelque temps, on se livre aux conseils perfides et ineptes du fameux comte de Schmettan, Zittau est bombardé par les Autrichiens, on est forcé de l’abandonner, on court à travers champs et on va se replier vers Bautzen. - A cette te nouvelle, voyant que tout était perdu pour nous, je ne me possédai pas, j €crivis une lettre fulminante, cela est vrai, dans ce premier moment de colère qui me fit voir tonte la machine prête à se dissoudre, je me servis d'expressions trop fortes, je l'avoue encore, et j'en fus fâché, dès quo mon Bang commença à se calmer un peu; mais, mon cher, mettez-vous ss un instant à ma place, n'était-il pas bien cruel de voir mon frère, sa famille, la patrie et moi, être la victime de conseils dangereux, donnés et reçus par ce penchant qu'on avait de dire et d'écouter de préférence ee qui pouvait plaire de ces conseils inconsidérés donnés par des personnes qui préféraient leurs intérêts au sien, au mien et à celui de la 50 patric? Mon frère partit pour Dresde et quitta l’armée; sans doute, dans le moment de crise où je me trouvais, il serait revenn à moi, si des coquins que je connais trop bien, n'avaient pas attisé le feu, et ne lui avaient pas répété chaque jour qu'il ne pouvait plus avec honneur rester dans l'armée, ni me passer la façon dont je lui avais écrit: tout cela 35 n'est-il pas abominable? Combien n’a-t-on pas continué de l'aigrir dans son séjour à Orangebourg! Une partie des horreurs qu'on vomissait contre moi. m'est revenu, j'ai plaint vraiment ce cher frère d'écouter avec tant de complaisance une race aussi infernale. !\ S'il left connue comme je la connaissais, il l'aurait repoussée lavec horreur: ah, mon ami, que les

ne (| (| —

#0 1: Il me nomma quelques-uns do cotte trempe.

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108 "Memoiren von Hchnrid) de Catt.

princes sont malheureux, quand ils ne veulent auprès d'eux que deg gens qui les flattent, où que, sans le vouloir, ils ont ces gens qui par de läches adresses Des princes malheureux nourrissent los faiblesses, Détestables flatteurs, présent le plus funeste s Que puisse faire aux rois la colère céleste. !)

»Si mon frère n'avait été entouré que de son aide de camp Hagen, de son secrétaire Hainchelin et d'une couple encore de telles âmes honnêtes, sa vie à Orangebourg aurait été plus calme, et son cœur : plus die posé à se réunir au mien; je suis sûr de ce que j'avance, car son cœurlh était la bonté, l’honnêteté, la bienfaisance même; la connaissance que j'en avais, m'a rendu d'autant plus déchirante l'aigreur qu'on Ini avait donnée contre moi; vif comme je le suis, laissés l'un et l'autre à nonsmêmes, nous aurions bien vite oublié nos torts réciproques.«

Dans cette si longue conversation, où le Roi se proposa de rectifiertà ee que je lui avais dit, au nom du publie, de sa conduite avee son frère, \ il ne fit point mention de l’article de faire trancher les têtes; je ne pensai pas à le relever, ce point aurait fait naître une nouvelle conversation | ‘qui aurait mené loin encore, et c'en était assez de sie que l'on avait | eue, le Roi le remarqua lui-même. a |

2C'est trop causer, mon cher, bon soir, que vos idées ne soient pas celles qui, selon toute apparence, me poursuivront jusque dans mon lit, bon soir.e — du

»Vous me voyez,« dit le Roi, »avec Lucrèce, c'est mon bréviaire, lorsque j'ai du ehagrin; quelle heure est-il

»Cinq heures, Sire.«

J'ai envoyé, il y a passé trois heures, un de mes aides de camp, et il n'est pas encore de retour. Monsieur aura craint apparemment de gagner, en courant trop vite, une péripneumonie, vous n'avez pas d'idée, comme quelques-uns de mes Messieurs sont douillets.« u

Ce langage me fit eraindre pour le pauyre aide de camp, mais je vis avec joie, lorsqu'il entra pour faire son rapport, qu'il en fut quitte pour un »diable, où êtes-vous resté si longtemps?«, et qu'on lui dit, lorsqu'il remit un billet:

»Ah, cela est bon, allez vous reposer. J'ai mal jugé, Monsieur, 1% a assez fait de diligence, il faut rendre justice à qui elle est due; comme il n'a pas trouvé d’abord le Maréchal à son quartier, cela a causé le retard qui m'impatientait; vous voyez, mon cher, que je sais ayouer mes torts et les réparer en les avouant.«

1) Il m'avait déjà récité cos vers [p. 47]. w

Br

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‚Les aveux et les réparations sont toujours d'un grand homme.

ll n'y a rien que de très naturel dans tout cela.«

‚Et cependant, Sire, il n'y a rien de si rare que ces aveux.

»Pas chez moi.« dit il, »et vous devez l'avoir remarqué.

5 La conversation finit là, on avait annoncé le général Seydlitz.

»Pas un moment de repos,e me dit-il, »j’ai tant de choses à faire, tant de malheurs à craindre, que je suis dans les angoisses de la fièvre chaude, quand on m'annonce des gens porteurs de nouvelles, mais il faut voir ce que c'est: adieu, bonne nait, à demain.« j

0 Dans la matinée, vers les dix heures, lorsque Sa Majesté était allée au camp, le village de Schmirsitz fat en feu, un misérable valet de bât. fumant dans une remise où il y avait de la paille, occasionna ce malheur. Le Roi, voyant du camp ce grand incendie, vint en carrière s'assurer de ce que c'était, il donna des ordres, mais tout fut la proie

5 des flammes, il ne resta de ce grand village que la maison où logeait le :

Roi, et la cabane du berger qui me fut assignée pour ma demeure. Une mère, voulant sauver son enfant, fut étouffée avec lui dans les flammes et brûlée. en partie, l’une et l'antre; ce triste spectacle et celui de tant de malheureux navraient mon âme, on n'entendait que des cris et des gé-

0 missements, l'hôte chez qui je logeais, malade, âgé de passé quatrevingt ans, résistait à ceux qui voulaient le sauver : »Eh, laissez - moi finir ici mes jours, vivrais-je pour ne voir que des misérables, et pour l'être encore plus moi-même* On l'arracha de force; à l'instant qu'on le transportait dans la cour, la maison s'écroula, le peu de bétail qui

5 restait à ce pauvre homme, et qu'on n'avait pu sauver, fut écrasé par la chute des granges. A ce fracas de la maison écroulée, ct à la vue de son bétail perdu, le pauvre vieillard finit sa carrière ; la femme, les enfans, quelques voisins venus au secours, tous entourant et serrant le mort. poussaient des cris lamentables, et tour à tour embrassaient mon

» domestique, qui parlait leur langue, et qu'ils avaient vu occupé et empressé de sauver mon pauvre hôte.

Frappé et touché vivement du spectacle de la matinée, je rendis au Roi, le soir à six heures, toute l'impression que ce spectacle avait faite sur moi. ct ce qui concernait mon pauvre hôte et ga famille.

5 »Le vieillard est heureux et sa famille n'est pas seule misérable: voilà encore un village de brûlé pour les Autrichiens: cet incendie me fait aussi une peine infinie pour ces pauvres gens, ce sera beaucoup si mes ennemis ne le mettent pas sur mon compte. ces Messieurs-là me prêtent assez lestement les noirceurs dont ils sont capables. Avouez

wque la gucrre est une chose bien cruelle: quelle vie pour ces pauvres soldats qui, au moment qu'on les exerce, reçoivent plus de coups que de

22 juin

* lant aux pieds une fourmillière, je pense seulement qu'il y ait p

Memoiren von'Heinrid be Gatt.

morceaux de pain, et qui, s'ils sont moins battus en rent, la plupart avec des balafres et avec quelques Le paysan souffre bien plus encore, on le met aux abois, e souvent à périr de misère: convenez que l'opiniâtreté de la mienne font bien des malheureux, qu'il y a bien peu de gu désastreuses que celle que nous faisons ; amis et ennemis, tous frent: et qui sait, mon cher, qui sait, si tout ceci n'est pas mencement des douleurs et de la désolation pleine d' parler avec le prophète.« v Ce tableau que Votre Majesté me fait des scènes qui peu passer encore, est un tableau bien triste, que le ciel les &loignel« „Et eroyez-vous, Monsieur, de bonne foi, qu’il se mêle des des débats, des carnages qu'ont et que font des polissons comme ni Croyez-vous que, me promenant dans mon jardin de Sans-Souei et

ment dans mon chemin de petits êtres qui s’agitent et se tracassent: serait-il pas ridieules ces animaux de penser — si, au reste, doués de la pensée — que je sais qu'ils existent et que je dois quelque compte de leur existence? Non, mon ami, défaites-vous amour-propre qui vous abuse, ‚en vous présentant le ciel sans occupé à votre conservation, et mettez-vous bien dans la tête q nature ne s'embarrasse pas des individus, mais de l'espèce : ci ne doit pas périr. Que répondre à tout cela? Qu'un roi pe bien ignorer qu'en marchant il foule à ses pieds une fourmillière rencontre sur son chemin; qu'occupé de grandes affaires qui mandent tonte son attention, et que souvent il ne peut toutes su il ne pense point à des fourmis et s'il en existe dans ses jardins æ ses pares.c »Tout cela peut être, mais, Sire, ce que je ne conçois pas trop c'est que la nature, comme Elle appelle ce principe qui produit = serve, puisse conserver I espèce, sans s'embarrasser en aucune ı

neur de me parler.«

»Attendez, Monsieur, vous voilà pris: done, tout ce que concevez pas, n’est point et ne peut être? Belle logique le

» Elle le serait, en effet, cette logique, si elle était la mienne, celle que tout ce que l'on imagine, par là même qu'on l’imag d’une vérité incontestable. «

Il ne me répliqua point, mais il me souhaita une bonne nuit, eteel valait mieux pour le Roi, qui me paraissait très fatigué et 6e Ù la dispute.

1758, 22.—24. Juni. 111

N vint tant de rapports, cette après-midi, tant d’offidiers d’ordon- 23 juin nance et de chasseurs à cheval, du Maréchal, du général Seydlitz et de tous les postes, que je ne fus point appelé; le Roi fut occupé jusqu'à neuf heures du soir: comme cetté allée et venue d'officiers, qui ne dis- 5 continuait point, était pour moi une chose toute nouvelle, je demandai à un aide de camp ce que c'était que tout cela; il me dit qu'on avait des inquiétudes sur un grand convoi qui était en route, que le siège avançait très peu, et que l'armée ennemie paraissait vouloir faire quelques . mouvemens; qu'il y avait encore d'autres points dont il n'avait pu se o mettre au fait: que ces officiers et chasseurs apportaient, sur ces différens objets, les rapports de ceux qui les commandaient. > Voilà donc bien de nouvelles inquiétudes qui se préparent pour Sa Majesté, je crains tout comme vous. me dit l'aide de camp. Je fus appelé à cinq heures: je trouvai Sa Majesté devant sa grande ce 24 juts 5 carte.

» Approchez et voyez quelle est maintenant la position du grand Maréchal: il a fait mouvement avec la droite, qu'il a avancée jusqu'à Dobromielitz ';, où il a daigné prendre son quartier général. Il médite quelque chose. et il en veut sans doute à mon grand convoi que j'attends, oil nous importe pour le siège: aussi prendrai-je mes mesures, pour qu'il arrive sain et sauf, ce convoi n'est pas de paille. Il m'apporte vivres, mnnitions. et, Monsieur, ce que nous Appelons le nerf de la guerre. pour ne pas me servir du mot très ignoble, d'argent. J'aurai enfin, avec mon beau convoi, et recrues et eonvalescens et au moins 1200 chevaux: vous s eonviendrez que tout cela n'est pas peu de chose et a de quoi tenter l'avidité de mes ennemis; déjà le Maréchal a fait marcher Loudon, qui, avee 4 bataillons d’infanterie réglée, 2 régimens de dragons et quelques milliers de Croates, se dispose à quitter Konitz où il campe, pour tirer vers Sternberg: jo le ferai éclairer. Ma journée fnt hier si fort o remplie et tracassée par une foule de rapports, que je n'eus pas un instant pour vous parler. Ces rapports deviendront plus fréquens encore. nous approchons du dénouement de la pièce, l'intérêt et l'activité des acteurs vont augmenter. Messieurs les savans se moquent de notre métier, Voltaire le tourne en ridicule: il est mauvais, ce métier. par les 5 maux quil cause, mais il faut beaucoup de talons pour le bien faire: ce faquin de Voltaire n'y entend rien, il me disait que la lecture des batailles l'ennuyait au possible et qu'il n'y apprenait rien, et moi, quand

1, »Eerivez ce beau nom sur vos tablettes: chaque fois qu'il mo faisait voir les Beaux sur la carte, il me disait d'en écrire les noms - - Car comment les retenir sans u cela. ces noms sont si souvent barbares.

112 Memoiren von Hehnrid) be Catt.

je list, Ini disais-je, les campagnes du prince Eugène, de Monteeneuli, * de Luxembourg, ces lectures me donnent mille idées, étendent mes Vues, et j'en tire toujours beaucoup ‘de parti.c Mon faquin rigit alorsà | gorge déployée: »Tant d'études pour Äpprendre à tuer les hommes, eela fait vraiment pitié ! est-ce que les cas sont si compliqués dans la guerre # qu'il faille plus d'étendne d'esprit, pour la saisit, que pour faire le plan d'un poème?" Vous voyez qu'il n'entendait goutte à ce qu'il me bavardait. Comment, je yous prie, ee polisson se tirerait-il d'affaire, quand | on viendrait lui faire, comme on m'en fait si souvent et qu'on m'en fit hier, une foule de rapports ordinairement opposés les uns aux autres, I quand il s'agirait de deviner on les plans ou les fantaisies d'un ennemi, et se déeider promptement dans une affaire qui serait dela plus grande importance? M. de Voltaire, M. de Voltaire, vous ne savez ee que vous dites, et vous bavardez sur cela, comme votre Lusignan bavarde sur la seöne.«

‚Sire, je vois arriver un officier de hussards.«

»Encore quelque fichue lettre, mon cher, eela ne finit pas, bon soir, il faut que je lui parle et que je réponde, ee sera ma pondre tempérante pour avoir une bonne nuit, quelle fichue vie !« — ce 25 juin Ce jour, je ne fus que pour un instant chez Sa Majesté, qui atten-à

dait l'envoi de plusieurs lettres qu'elle devait signer. ”

»Il est bien sür,« me dit-elle, due mon Maréchal a fait ce monyement que je vous montrai hier sur la carte, les admirateurs qu'il a uses gages, diront que ce mouvement est un chef-d'œuvre de tactique, comme ils ont dit — ee que j'ai su par un officier que nous avons fait prisonnil — que toute la généralité avait été ébaubie de la marche savante et hardie que le grand Maréchal avait faite, le 17, de Gewitsch à Ewanowitz, en appuyant sa droite à ce bourg et asseyant sa gauche sur la montagne qui est à droite de Prödlitz; mais voyez, ici, sur cette carte, que ce prétendu chef-d'œuvre se fait derrière une foule de défilés qui . séparent d’eux et dont M. de Loudon occupe une grande partie. Nous n’avons-pas tant de jactance, Monsieur, quoique nous fassions, ne vous en déplaise, souvent des marches pareilles, nous sommes modestes et nous ne nous enflons pas comme des grenouilles; mais voici mes lettres, j'ai encore quelques articles à ajouter, bon soir, et, si un jour commandez des troupes, n'oubliez jamais, quelque beaux mouvemess que vous puissiez faire, qu'il est beau d'être modeste.e —

ce 26 juin Il vint ce jour, bien plus encore que le 23, une foule de rapports, et je ne fus point appelé; quelques aides de camp et le digne chevalier Mitchell que je vis, me témoignèrent tous des inquiétudes sur le convoi® et sur le siège.

1758, 24.—27. Juni. 113

» faut,, me dit ce chevalier, que le Roi soit bien occupé, puisqu il a diné seul: peut-être aussi son humeur n'est-elle pas couleur de rose : quand cela arrive, ordinairement il reste vis-à-vis de lui-même: au reste ne vous inquiétez pas trop de ce que ces gens-ci disent, il m'a

5 paru qu'ils g’alarment aisément, et souvent à propos de botte. Il est étonnant que le Roi, dans sa position, puisse encore être aussi gai qu'il l'est. quel homme! la nature en offre rarement de tels à l'univers.

Le soir à sept heures Sa Majesté me fit ordonner de me rendre chez elle: je la trouvai triste.

10 » Vous me voyez toujours occupé et toujours sombre, je ne puis pas oublier la perte que j'ai faite de mon bon frère, tout le tracas dans lequel je me trouve maintenant, ne peut éloigner un instant l'idée de ce frère que je regretterai toujours; ah, mon ami, que les pertes de l'amitié sont cruelles' et que la vie que je mène depuis longtemps est une chienne

15 de vie!

» C'est et ce sera toujours mon refrain, jusqu'à ce que tout ceci finisse, je ne vois encore aucun jour à cette fin que je désire: la voyezvous ?«

Comment, Sire, pourrais-je l'entrevoir , si elle échappe même À

zu Votre Majesté?

» Voyons done avec résignation ce qui arrivera: au reste, mon cher, eroyez-moi. il est bon d'ignorer l'avenir; si j'avais su, il y a quatorze ans, tout ce qui devait m'arriver jusqu'à cet instant-ci, que d'amertumes n'aurais-je pas éprouvées avant celles que je ressens présentemont !

25 »Savez-vous, que le grand Maréchal s’est approché de nous avec toute son armde?«!)

»Non, Sire.:

»Eh bien, voyez sur ma carte, il a fait cette marche et il campe entre Klenowitz et Dobromiclitz, tous ces jours il est venu nous recon-

w naître. comme 8 il sc proposait de nous attaquer: que je benirais le ciel, s'il inspirait à son favori l'idée de nous täter, mais il n'en sera rien. c'est moi que le ciel répronve, car je n' entends ni sermon, ni messe.«

» Marlborough en entendait-il beaucoup, Sire ?:

»Oh non, sans doute, il était plus sage, comme il était plus habile

ss que le seigneur Daun que j'ai devant moi: je crois que tous les monvemens qui sc font chez eux, couvrent quelques marches de détachemens contre mon convoi,?, mais comment diable percer dans leurs allures au

1 C'était apparemment dans la crainte où il était que le Roi ne renforcät l'es-

eorte du convoi. 2: En effet, à la faveur de ces mouvemens, le général Siskovich

Ww fut détaché avec 6,000 hoinmes pour se porter dans les bois de Stadt-Liebe et pour y attendre notre convoi, on n'apprit cette manœuvre qu'après coup.

Poblifationcu a. d. Preuß. Ctaatéardives. XXII. a)

27 juin

ce 28 juin

29 juin

114 Memoiren von Heinrid) be Cat.

travers de cent défilés et d'un tas de troupes légères? Mais laissons Daun et ses défilés et ses messes qu'il entend dévotement; pour nous, allons nous coucher, je dois être debout de grand matin, que. er paix soit avec vous.« — Je fus appelé à huit heures du soir, l'humeur comme Le ciel état bien sombre cette soirée, on déclama contre ceux qui conduisaient le convoi, et contre le pauvre Balbi qui dirigeait les opérations du siège! sans articuler les griefs qu'on avait, on se plaignait du malheur d'avoir affaire avec des mazettes et de voir dérangées par elles, des dispositions faites avec toute la précision possible.

»Dans l'idée où je suis, qu'on aura détaché hier contre mon convoi, j'ai ordonné à Zieten de marcher de très grand matin à sa rencontré avec quelques bataillons, quelques rögimens de enirassiers et quelques escadrons de hussards, j'espère qu'il arrivera à temps, pour que malheur n'arrive. Je suis bien sûr que ce brave homme fera tont ee qu'il j et qu'il déploiera son intelligence; !) malgré ma confiance en Iui, je ne laisse pas d'avoir des craintes inquiétantes, je vous l'avoue; je pense, mon cher, que, dans la position où je me trouve maintenant, ces inqniétudes et cès eraintes ne vous scandaliseront pas.« . »Non, certainement, Sire, je les trouve naturelles à leur place =1 »Comment à leur place? auriez-vous appris quelque chose, dites-Iemoi franchement?« » Rien, Sire, je ne suis sorti de chez moi qüe pour voir le chevalier Mitchell.« »Eh bien, que vous a-t-il dit? que pense-t-il de tout ceci?e »Que, si le convoiarrive, Olmiitz sera pris aux premiers jours.« » Fiat voluntas tua! adieu et bonne nuit; pour moi, je dormirsi… mal, je vous le dis encore, ma vie est une chienne de vie; sur ce, je prie Dieu ete.r — - 4 »Bonne nouvelle,« dit le Roi, lorsque je vins à six heures, » nouvelle: Krockow arrivera ce soir au-siöge avec l'avant-garde et In; du convoi, 37 chariots ehargés d'argent, 72 avec des munitions, 7 esés drons, 7 bataillons, et près de 600 hussards; ce n’est pas une mauvaise, tête que tout cela.« »Non, sans doute, Sire, j'espère que le reste du convoi arri aussi sûrement, et que Votre Majesté en aura bientôt la nouvelle l'heureuse arrivée.

2Ne nous flattons pas trop encore, Monsieur, soyons modestes, atten-

1) On put voir distinetement dans la journée par la fumée du ennon que le convoi était déjà attaqué.

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ms l'évènement, soumettons-nous-y, quelqu'il soit; vous êtes jeune, et us espérez, je suis vieux déjà et je crains plus que je n'espère, cela t dans l’ordre ; quand j'avais votre âge, je croyais que tout devait me ussir. etque malheur ne pouvait jamais m'arriver; l'expérience, et une de expérience, a corrigé ce petit excès de ferveur de l’amour-propre: cole du malheur est une bonne école, mon ami, j'ai appris, dans mes res de philosophie, à soutenir tous les maux; mais ni l’expérience, ni philosophie n'ont pu m’apprendre jusqu'ici à soutenir les pertes de mitie. J'ai beaucoup de choses à expédier encore, ainsi je vous sonite une bonne nuit, je ne vous ai fait venir que pour vous apprendre rrivée de ma têtel): priez pour ma queue, le siège en a bien #oin.«

Ce jour fat un jour d'inquiétude, à chaque instant arrivait des of- ce 30 juin iers pour annoncer des nouvelles fächeuses. En allant chez le Roi, i m'avait ordonné de me rendre chez lui, à six heures, je rencontrai général de Seydlitz qui en sortait.

Cela va mal, mon ami, me dit le général, »et, ce qu il y a de plus al encore, c'est que Sa Sacrée Majesté ne veut pas croire les rapports lon lui fait. Elle s'irrite, lorsqu'on lui en donne qui ne lui plaisent 8. elle s'imagine ordinairement qu'on a mal vu. J'ai dit ce que j'avais . et ce que je croyais des mouvemens de l'ennemi: qu'on profite ou m de mes avis, j'ai parlé en bon patriote.

J'entre chez Sa Majesté, qui considérait sa carte. Elle y resta fixée ı bon quart d'heure sans s'apercevoir que j'étais là: enfin on me vit. je remarquai que l'on était bien sombre.

»On vient m'annoncer tant de nouvelles ct de tant d'espèces. qu'il a de quoi se donner au diable: l'ennemi, qui a fait des mouvemens, i se prépare à en faire encore, la pauvre queue de mon convoi qui rielite. la difficulté d'en savoir des nouvelles exactes, puisque tous les saages de Gibau à Olmütz sont occupés par l'ennemi — tout cela, snsieur. nc fait pas rire aux anges, mes f... ingénieurs qui ont ouvert tranchée à la Pantagruel, m'ont mis par-là dans le margouillis où je me yuve. ils n'ont fait que des coyonades, ce sont des bougres à l'huile ii ne valent pas une pipe de tabac. Pourvu que mon Zieten ait bien is ses mesures et ne m'ait point fait quelqu’ asquibole, peut-être tout sera-t-il pas si mal qu'on me le dit: c’est cruel de dépendre de tant * gens qui perdent la tête au moindre embarras qui se présente. Je ne is pas couleur de rose aujourd'hui, mon cher, et pour ne pas vousennuyer vous communiquer de mes idées sombres, je vais vous sonhaiter le

1 Du convoi.

der el Les tristes nouvelles que j'avais apprises dans la matinée

bon soir, n'ayez jamais de siège à faire, mais, si vous devez : à ce malheur, n'ayez ue des ingénieurs qui vous ouvrent latra

voyer des ordres à Retzow pour qu'il aille en force tächer Fe de sauver ce qu'il pourra.« —

aides de camp, par M. Mitchell et surtout par le général de S qui s'était rendu deux fois, ce jour, chez Sa Majesté, que le @

Morawa et pris un camp sur les hauteurs de Gross-Teinitz et de © witz, ces tristes nouvelles me donnèrent mille inquiétudes et me fin craindre, je l'avoue, une séance, si, au reste, elle devait avoir lien ce moment d'occupation et de crise. Je ne l’évitai pas, je fus ap à cinq heures, et quelle fut ma surprise et ma joie, lorsqu’en ent je vis le Roi venant à moi d’un air serein et tranquille‘), et me. lir Ainsi, mon cher, le vent, la fortune ennemie.« .

Quand j'entendis des vers, je fus bien vite rassuré.

»Mon convoi perdu, le manque des munitions, la maladresse ( soit-disans ingénieurs, les mouvemens de l'ennemi, tont m se quitter la Moravie; la nuit, le siège est levé, et demain de grand ms je pars, et, à l’étonnement du grand Maréchal, qui ouvrira de ra yeux, je prends une route qu'il ne soupçonne guere; je ne le point dans ces actes de dévotion qu'il fera faire à son armée, fera très dévotement lui-même, pour rendre grâces au ciel de ı part de ces contrées, qu’il chante des hymnes et des alleluia, aise, pourvu que nous gagnions sur lui une marche, et que du siège ne soit pas entamé. Toutes mes mesures sont bien p

devons être prêts à trois heures du matin; vous verrez cette vous n'avez jamais vue, mais nous n'y pourrons avoir ni d'aussi

bien des côtés: j'espère que je pourrai faire face à tout, est dans un état d'extrémité que vous ne pouvez entrevoir, cher: Ö

1) J'ai constamment remarqué, depuis, que le Rot, dès qu'il avait pris sur une chose fächeuse et qu'il s'était fait un plan, était aussi caline, aussi gai, aussi doux, qu'il était le contraire lorsqu'on Ini annonçait velle inquiétante, ot un malheur qu'il ne pouvait éviter.

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Que fais-je en cette extrémité ?

J'oppose encore plus de constance A cette longue adversité, . Qu'elle n'a de persévérance.

sJ'applique au sort qui me poursuit ce que notre ami Chaulieu apiquait à la goutte qui le tourmentait, je n'ai pas moins que lui cette rmeté qui nous fait si bien soutenir les rigueurs du sort. »Allez mettre ordre à votre petit équipage, dormez tranquillement, mme je compte le faire. À demain, dans un fichu trou, bon soir.«

Seconde partie.

Quand je fus assuré dé rester auprès du Roi et de le suivre dans 8 marches, je pensai que. pour me faire une idée un peu exacte de cet omme extraordinaire, de son genre et de son ton de conversation, de » qui pouvait lui plaire, l'intéresser ou le peiner, je devrais écrire avec ate l'exactitude possible, pendant quelque temps de suite, tout ce qu'il ourrait me dire dans les entretiens qu'il daignerait avoir avec moi, et e ne pas négliger même ce qui, dans le premier moment, pourrait me sraitre des minuties. J'ai rempli, pendant trois mois, cette tâche avec in et fidélité. Chaque soir, en rentrant chez moi, j'écrivais ce que j aais entendu. je me servais dans ce compte que je me rendais de la conersation. des expressions même dont Sa Majesté s'était servie. autant ue je pouvais me les rappeler, et sans m'embarrasser si je répétais ou on. ou les sujets de conversation ou la manière dont on les rendait.

Par ce travail, je l'avoue, pénible. j'ai gagné ce que j'avais soupmne. en le faisant. En le repassant à diverses reprises, je me suis mis n état d'apprécier un peu le goût et le ton de co grand homme et à joins craindre d'être embarrassé dans mes conversations avec lui.

A présent que j'ai. jusqu à un certain point. cette connaissance que : désirais avoir du philosophe couronné. à présent que nos courses fréuentes et rapides rendront quelquefois mes séances et les conversaons plus courtes et plus rares. qu'elles ne l'étaient dans les premiers ‚is. je suivrai une méthode un peu différente de celle que j'ai observée qu'ici. sans m'astreindre à la gêne pénible de transcrire en entier, vec autant d'exactitude que je l'ai fait, des conversations souvent assez ngues.

Je ne donnerai le plus souvent qu'un précis ou la substance de slles que j'aurai dans la suite, à moins que des circonstances particu-

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