&Landshut et Reiche hennersdorf
232 Memeicen von Heinrich de at.
sins considérables, fait brüler tous les bâteaux que l'ennemi avait sur l'Elbe, il a pris des étendards, des drapeaux, des canons; le general Renard, 50 officiers et 2,000 hommes; il a chassé enfin tout ce qu'il a trouvé d’ennemis devant Ini. Il va marcher maintenant nr 25) il étrillera bien, j'en suis sûr, les tronpes des Cereles.« a
Le Roi fut excessivement enchanté de cette nouvelle qu'il venait de recevoir, il me parla avec les plus grands éloges de son frère et de ses talens militairés.
»Si ceux qui doivent me seconder, agissaient aussi bien que lai, j'aurais, mon cher, les coudées plus franches, et ce qui me serait bien 10 nécéssaire, je respirerais un peu à mon aise; mon frère a par som opération si bien dérangé les grands projets de l'élu du Pape qu'il a détaché au plus vite le général Harsch vers Leitmeritz.
»Demain je pars pour Neisse, comme les opérations de mon frère ont mis Daun sur la défensive, je veux profiter de ee moment, pouri tomber sur de Ville; s'il n’est pas averti de ma marche, je lui donnerai bien sur les doigts; ma course sera assez rapide, ainsi je vous laisse iei, me recommandant à vos prières ferventes: pensez quelquefois au pauvre Don-Quichotte, vons voyez qu'il ne se ménage pas: priez surtont pour qu'un événement heureux amène cette paix si désirée — mais qu'il y. encore loin jusqu'à ce moment fortuné. Le 12 on le 13 mai, je compte être de retour ici, je ne puis l'assurer positivement, car je dépends des circonstances, adieu, bonne nuit et ne m'oubliez pas — je vons le répète — dans vos humbles prières. « . ”
Le Roi se mit en marche, en effet, le lendemain de très gran matin pour Schweidnitz, et, par Reichenbach, Nimptsch, Münsterberg, il. se rendit le 28 à Neisse. Il s’'avanga le 3 mai, avec une partie de son corps, vers les frontières de l'Autriche jusqu'à Zuckmantel, et voyant qu'il y avait peu de choses à faire, il revint le 12 mai à Landshut pari même route qu'il avaittenne en partant, et l'armée campa dans les € virons; il prit son quartier général à Reichhennersdorf. 4
Le Roi me fit appeler le jour de son arrivée, la séance ne fut p longue, il me part bien fatigué et très mécontent de sa course.
„Je n'ai rien fait qui vaille, mon cher, nous avons pris que galeux et voilà tont; ou l'ennemi est prévenu de mes marches, f.... prêtres qui Ini donnent des nouvelles, ou il ne tient pas j'avance sur lui, ou mes idées enfin sont mal suivies. Le moyen. quelque chose, en savez-vous quelqu'un?«
» Non, Sire, si ces moyens échappent à Votre Majesté, trouverais-je?«
»Ceei frise un peu le eourtisan, Monsieur. «
1759, 27. April — 13. Mai. 333
Dans ce cas, Sire. le courtisan dit bien la verite.:
»Savez-vous que Je ne suis bon à rien aujourd'hui — et que vous ne pouvez tirer de moi aucune idée un peu raisonnable — c'est ponrquoi je vous fais mes adieux. en vous faisant observer que, si vous avez prié
a pour moi. comme je vous l'avais demandé, vous avez prié avec pen de ferveur. ou que vous n'êtes pas encore tout à fait cet homme juste de l'Evangile. «
‚Comment, Sire, n'aurais-je pas prié avec ferveur, vous étiez l'objet de mes prières! Je ne suis pas ce juste. sans donte, peut-être le de-
10 viendrai-je dans les camps! «
» Les camps, mon cher. ne firent guère de jnstes. ce n'est pas là que j'ai puisé cette justice dont j'ose me targuer un pen. malgré mon hétérodoxie, qui vous fait soupirer quelquefois. par le bien que vous me voulez: sovez aûr que je suis un grand orthodoxe en morale. et c'ert la
15 morale qui fait les justes: mais bon soir. nous laisserons ce chapitre pour l'ordinaire prochain.«
Je fans appelé ce jour à 4 heures, il ne fut point question dans cette séance. qui dura quelques heures. ni de justice ni d'orthodoxie en morale. mais de la reine de Hongrie et du comte de Kaunitz.
2 »Cette reine m'a bien fait du mal.c dit-il, »et bien fait passer de MAUVAIS MOMENR.«
‚Je crois. Sire. que vous lui avez bien rendu la pareille.«
„Pas tant. mon cher, que je l'aurais voulu: malgré tout ce mal qu'elle ma fait. je dois convenir que cette princesse est très respectable
25 par Ses mœurs. qui sont pures. il y a très peu de femmes qui l'égalent à cet égard: la plupart sont des catins. et la reine abhorre les catins. qu'elle a soin de faire encoffrer. surtout quand elle les soupçonne d'en voulair à son cher époux. Elle s'applique beauconp. et a des talens dans plus d'un genre. je ne puis Ini refuser cette justice. non plus qu'à
% Kaanitz d'avoir une bonne tête et d'être un très grand politique. ancun de nos politiques actuels n'en approche. Qui verrait ce Kaunitz à sa toilette. ne le soupgonnerait pas d'être si habile. ct si supéricurement habile: vous vovez par-là. mon cher, qu'il ne faut pas juger légèrement les hommes. et décider légèrement de leurs capacités: c'est là un point
3 important dont je ne m'écarte guère. Souvent, en examinant les homme, ce qui fait mon étude particulière. j'apprends souvent. par de simples bagatelles. à les connaître à fond: je vois ce fond dans les choses les plus légères. qui échappent à ceux qui ne sont pas faits à observer. qui ne voient dans ces choses légères qne des choses qui ne signifient rien.“
4 Sa Majesté poussa assez loin ses réflexions, je ne pouvais pas trop les concilier avec la remarque que j'avais cu assez occasion de faire.
13 ma
234 Memoiren von Heinrich de Eatt.
que Sa Majesté voyait quelquefois les hommes non comme ils l'étaient réellement, mais comme il se les était mis dans la tête pour leurs earaetères et pour leurs talens. Ce que j'ai eu lieu d'observer dans ls suite, m'a bien confirmé dans mon opinion: parmi une foule d'exemples qui la rendent incontestable, je ne rapporterai qne celni-ei. . ’
»Voilà un homme«, me disait-il, »qui a bien des talens, il ne ni manque que l'occasion de les faire connaître; à un sens droit qui vn toujours au bnt, il joint cette ardeur nécessaire pour les grandes choses: ee qu'il voit, il le voit bien, aussi le mettrai-je à même de se dis tinguer.« ”
Avait-on donné à cet homme l'occasion de se montrer, ce sens droit, cette activité, ces vues justes et perçantes disparaissaient, homme n'était plus qu'un sot et un paresseux, qui ne faisait jamais rien qui vaille.
Le Rei se faisait un plaisir et un devoir même d'instraire quelquess jeunes officiers, il choisissait les sujets qu'il imaginait les plus propres à profiter de ses instructions.
»Parmi mes élèves, j'en ai deux ou trois que la nature semble avoir formés exprès pour être un jour maréchaux de mes armées. Ils sai sissent avec une rapidité étonnante toutes mes idées, ils les prévil souvent et quelquefois ils vont au delà. «
Ma surprise n'était pas petite, lorsqu'au bout de quelqne temps, on me disait que ces grands sujets étaient des sots dont on ne pouvait ja mais tirer le moindre parti.
Dans ce quartier à Reichhennersdorf, j'eus plusieurs preuves de es que j'avance, j'en eus une surtout dans le général de Wjedell] que le Roi ne cessait d’exalter.
»C’est un grand homme,« me dit-il sonvent, »vous verrez ce qu'il va faire cette campagne, je l'employerai dans les grandes affaires.«
Jamais je ne vis le Roi avoir autant d'attention et d'égards, quile eut pour ce général: cela allait si loin qu'il l'attendait souvent pour @mettre à table, et lui faisait ainsi le sacrifice de son plaisir et de ia ponctualité d'y être précisément à midi; quand le général, qui allait sonvent reconnaître , faisait trop attendre, le Roi faisait servir pour lud part, et lui tenait compagnie.
»Je vous ai fait appeler un peu tard, parce que j'ai Wedell, qui est allé reconnaître; c'est là un grand sujet et dont j'atte de bien grands services, il est sans cesse A’cheval pour voir toute se passe.«
Cette belle idée qu'on s'était faite, ne tint pas, comme ones contre un malheur qu'éprouva ce général par la perte d'une”
1759, Mai, Iuni. 235
Tous les talens furent alors anéantis: il ne fut plus qu'un homme très ordinaire.
Chaque foin que j'ai vu Sa Majesté sc livrer à ses préventions sur un sujet. l'exalter au delà de tout ce que je pourrais dire. chaque fois
5je l'ai vu forcé de décompter. et convenir. mais rarement, qu'il avait jugé bien à la légère cet homme-là important au premier coup d'œil.
Le marquis d'Argens me l'avait bien dit à mon arrivée à Breslau: ‚Si en jouant de la flûte. le Roi le dit et dit à d'antres. que vous avez de l'esprit, vous en aurez. quoi que l'on dise et qu'on fasac: s'il juge le
In contraire. vous serez sans esprit toute votre vie.« Il y avait du vrai quelquefois dans le jugement du Marquis. mais ce que je viens de dire. et ce qui est sûr, c'est que pourtant'on en pouvait rappeler.
Ceux qui connaissaient Sa Majesté et ce faible de juger si légèrement les hommes pour leurs talens naturels, pour leurs talens acquis et
15 aussi pour leurs cœurs. profitaient de ce faible-là. en glissant avec adresse que. s'ils savaient et valaient quelque chose. ils Jui devaient ce bonheur qui animait sans cesse leur reconnaissance et leur zèle. Malheur à qui aurait osé disputer à cer gens-là leur talent et leur honnêteté.
Pendant ce mois et le suivant que l'on fut à ce Reichhennersdorf et
où je fns appelé chaque jour. Sa Majesté s'occupa beaucoup de sa correspondance avec le général Fouqué, dont elle me parlait souvent.
Tantôt l'ennemi paraissait vouloir en découdre avec le général Fonque. tantôt sen différens corps devaient s'enfuir dans les montagnes sans conp férir. Quelquefois Sa Majesté croyait toucher à un dénoue-
2: ment décisif et voir le maréchal Daun disposé à forcer notre poste. d'autres fois ce maréchal n'avait par encore rassemblé ses grenadiers en corps. et paraissait vouloir se porter vers la Lusace. Un jour l'ennemi devait faire le siège de Glatz, un autre jour il n'en était rien.
Ainsi Sa Majesté ne cesrait d'envoyer chaque jour au général Fou-
Zn que ses idées et ses projets pour tons les évènemens. soit que l'ennemi voalût l'attaquer. soit qu'il eft dessein d'attaquer le Général. Elle l'instruisait aussi de la marche des Russes et de leur projets d’envahir ses Etats.
Comme l'homme bénits. disait-elle quelquefois. »ne saisit par le dessein que j'ai. de rester sur la défensive. je lui ferai perdre du temps
45 dans les combinaisons avec le général Fermor, et ce sera toujours quelques momens de gagnés. «
Le Roi lut dans ce quartier de Reichhennersdorf les éloges des académiciens par Fontenelle, la Pluralité des mondes et sen Oracles. le Sethos et quatre fois le C'undide de Voltaire. Ce roman fournit souvent l'occasion
a de parler de ce meilleur des mondes. du bien et du mal moral.
» Ce dernier l'emporte sur l'autre, dans la position où je me trouve,
| dé v
236 Memoiren vom Heinrich be Catt.
qui dira que je suis aussi heureux que malheureux? pour moi, je dis avoe sentiment qu'il n’y a point de bonheur pour moi.«
Quand je représentais à Sa Majesté que pour raisonner le moins mal possible sur la question s'il y a plus de malheur que de bonheur dans ee monde pour tel et tel être, il fallait considérer toute la vie de 5 cet être et ne pas l'attacher à un point particulier de cette vie, il me répondit:
» Qui peut faire cette considération et comment la faire surtont lorsque l'on souffre? J'ai eu quelques plaisirs dans ce monde, j'en conviens, mais tous ces plaisirs sont anéantis par le mal que, meZ depuis un si grand nombre d’anndes.«
Alors il me faisait le détail de sa vie, il munir en le faisant, et |
“en glissant légèrement sur les momens de satisfaction qu'il Mae
il sappesantissait sur les désagrémens de son öxistenee, + Sa Majesté écrivit dans ce séjour trois lettres à Voltaire. Elle Fa-ı vait chargé de sonder le docteur Tronchin s'il voudrait faire le voyage | de la Prusse pour voir le prince Ferdinand et le diriger dans sa maladie. Voltaire qui n'avait peut-être pas parlé au docteur, répondit à Sa Majesté que ce médecin fameux ne pouvait du tout point faire ce voyage, puisqu'il avait à soigner la santé des enfans de France, Le Roi extrêmement piqué de cette lettre, il y répondit dans un moment de 60 lere. Sur ce que je dis que la lettre était bien forte, que Voltaire pourrait en faire un mauvais usage et se fächer, illa changea oi ne de la réflexion que j'avais faite. . \ Dans les eonversations du Roi pendant le long séjour à Reichhesnersdorf, je le vis sans cesse oceupé de sa sœur, la margrave de Bairenth. Quand il en avait parlé longtemps, en répandant sonvent des Iarmes, il me lisait les vers qu'il avait faits pour elle, et les larmes conlaient nouveau; je cherchais à éloigner ces idées si tristes; dans les commencemens, je ne pus réussir, mais l'ayant mis sur le chapitre de ses les, il entra dans mes idées, et à différentes reprises il m'en d brégé. »Il mé semble,« disait-il, »que dans cette guerre il ya dese bien singulières; jamais il ne s'est donné de bataille plus fameuse) plus sanglante que celle que j'ai livrée à Prague; j'y ai fait une perte considérable, les Autrichiens y en ont fait une immense; mon but pas d'attaquer les Autrichiens, le maréchal de Schwerin, ho brave, très habile, mais trop vif, me força en quelque manière les ennemis dans ce poste si redoutable, je fus mal toute cette. je rendais tout ce que j'avais mangé la veille, mais il ne sag de s'écouter, il fallait agir et nous agimes bien, mes frères.
1759, Mai, Junt. 237
Ferdinand y ont fait merveille: notre victoire aurait été bien plus complete. si les chemins impratiquables n'avaient pas retardé la marche du prince Maurice qui ne put par là tomber en queue sur l'ennemi qui fuyait.«
Du récit de cette bataille le Roi passa à celui de la bataille de Kolin: voici ce qu'il m'en dit.
-Onmabläme. je le sais, d'avoir donné cette bataille qui n'était pas. pensait-on. nécessaire: c'était le sentiment du prince de Bevern. mais J étais sûr de les battre. et je les aurais infailliblement battus. si mes dispositions avaient été suivies, et si la tête n'avait pas tourné à quelques-uns de mes généraux: le champ de bataille était à nous, un escadron de cavalerie ennemie y était aussi, ladjudant qui portait l'ordre de la retraite est tué: cet escadron, voyant qu'on le laissait tranquille, fit dire au maréchal Daun qui s'était sanvé, que la bataille était gagnée. on fit avancer de nouvelles troupes et nous nous retirâmes. Ni j'avais réussi, comme cela devait être. après avoir mis les Autrichiens hors d'état de rien entreprendre. mon plan était d'aller au Rhin, d'attaquer ler Frunçais et de passer en France, ainsi ne l'a pas voulu la fortune ennemie. «
Voici ee que j'ai appris de personnes sûres, sur cette triste affaire de Kolin.
Le Roi. en joignant le prince de Bevern. lui demanda si on devait attaquer ou non le maréchal Daun: »Parlez-moi naturellement et en ami.“ ‚Sire. en répondant à la confiance qu'Elle me témoigne. j'aurai l'honneur de Lui dire avec ce vrai intérêt que je prends à Elle. qu'une bataille n'est point nécessaire, vous en avez gagnée une. vous aurez bientôt le prince Charles avec toute sa garnison. rien ne presse done, cest à Daun à nous attaquer. d'ailleurs Votre Majesté a peu de troupes, et Daun a au moins 70,000 hommes .: — Dans cet instant arrive le prince Maurice avec un renfort — le Roi lui dit le sentiment du prince de Bevern. iusiste surtout sur sa représentation qu'on a peu de troupes: alors le prince Maurice s'écrie: »Sire, là où vous êtes. cela fait 50,000 hommes. I faut attaquer l'ennemi. On marche. l'on connaissait si pen le terrain, qu'on arrive à des Ctangs que l'on ne pouvait pas passer. on rebrousse. on marche avec lu gauche pour tourner les Autrichiens, et on est la à 11 heures: la chaleur était extreme. on fait reposer les troupes jasqu à 2, exposées à l'ardeur du soleil, elles en sont plus fatiguces: alors on attaque. et tout alla bien dans les commencemens. Le Roi, sur an grenier d'une maison près de l'endroit de l'attaque . avait avec lui le colonel de Balhi, il voit dans le fond un grand vide, on envoie un ingénieur nommé Steuss pour reconnaitre ce fond-lä, l'ingénieur rapporte qu'il u'y a absolument rien derrière ce fund. Balbi répondit : » Prenez
1er juillet
238 Memeiren von Heinrich be Gatt. u A
garde, Monsieur, à ce que vous dites, votre rapport n'est pas juste.ı Le Roi se fâche contre Balbi et lui ordonne de s’en aller au diable avec l'ingénieur; cependant il voit que les troupes ennemies avancent dans cette ouverture et qu’elles séparent son armée, à cette vne, il descend, monte à cheval et se retire. >
Le Roi, incertain pendant plusieurs semaines sur ce que le Maréchal ferait ou ne ferait pas, cherchant à s'amuser par une foule de propos qu'il tenait et faisait répandre, trompé souvent par de faux rapports que lui faisaient des paysans, des marchands et de quelques.officiers, s'assura enfin depuis quelques jours que l'ennemi ferait quelque marche iu et ne tarderait pas à commencer ses opérations.
»Cette toque bénite a combiné son projet avec les manœuvres que doivent faire les Russes, eette combinaison sera en pure perte. Je suis sûr que Dohna renversera le corps russe qui est à Nakel, et qu'il me tiendra bon eompte des autres : »cet oracle est plus sûr que celui den Calchas,c dans quelques jours je pourrai vous confirmer la bonne nouvelle.« |
Ainsi le Roi se flattait, dans la position où il se trouvait; le moindre | petit avantage était à ses yeux une affaire importante, quelques prisonniers que fit le général Wedell, causa au Roi une joie que je ne dépeindre. :
»Ce Wedell« disait-il, »ne mérite-t-il pas tout mon attachement et toute mon estime? il fait toujours bien ce qu'il doit faire, et souvent au delà de ee que j'ai lieu d’espérer.«
Il me lut ee soir l'ode de Voltaire sur la mort de la margrave des Baireuth; quand il lut la strophe où il est parlé de midi, »Je ne saisis past, dis-je, »la pensée de l'auteur.
»Oh je le erois bien, il a fait allusion iei à Maupertuis, mais je nai pas voulu faire remarquer à ce drôle-là, ce qu'il voulait que je remarquasse. «
A cette occasion il s'étendit fort sur la mechaneete du earaetöre ds
poète, il fut ajusté de toutes pièces. a »Auriez-vous cru, « disait-il, »que je serais resté ici si longtemps tranquille? “
» Non, Sire.«
»Les ennemis ne l'ont pas eru non plus, ils ne me connaissent bien encore, ils simaginent que je ne puis rester tranquille, qu'il, que j'attaque toujours, mais je sais me tenir sur la défensive faut, comme je sais économiser quand cela est nécessaire; volch que je n'ai pas fait tirer le coup de retraite, ainsi voilà 30 coups gnés, mais n'allez pas vous imaginer que je m'occupe d'épargne
1759, 1.—5. Juli. 239
elle n'est pas nécessaire. je sais dépenser tout comme un autre lorsque le besoin le demande. «
Je ne fus point appelé ces deux jours, une colique violente occa- 2, 3 juillet sivnnée par un pâté me priva de cet avantage : le Roi souffrait beau- 1759 » Coup. se promit de ne plus suivre son goût pour les pâtés. et vublia sa promesse, quand la colique fut passée.
A trois heures je fus appelé, la séance fut assez longue. 4 juillet
» J'ai bien souffert ces deux jours,« dit-il, »et j'ignore jusqu'à cet 1759 instant d'où m'est venue une colique épouvantable qui m'a tout abattu.«
) ‚On dit. Sire, qu'uu pâté dont Votre Majesté a mangé a occasionné cette colique.:
Ceux qui le disent sont des sots: comment une simple bouchée d'uu pâté peut-elle donner la colique: mon estomac n'est pas si mal appris pour me faire souffrir pour une misère, mais il ne s'agit plus de ;eolique. il y a bien d'autres choses qui me tourmentent.
» Demain nous partons, la grande toque s'est mise en marche depais quelques jours et dirige ses pas vers Marklissa, atteudez-vous de voir dans peu une affaire sérieuse.« — —
» Si je me tire bien de tout ceci, vous ne me verrez pas me confier vaveuglement à la fortune et je ne me bouffirai pas de nes succès. je penserai toujours que notre peu de prudence et de sagesse devient dans un instant le jouet des hasards et du destin. qui se plaît à humilier l'orgueil des présomptueux: cette façon de penser sera dorénavant la mienne. la trouvez-vous bonne ?«
» Très bonne, Sire.:
» Avez-vous trouvé que j'y aie manqué quelquefois”? car vous devez déjà assez bien me connaitre.«
‚Je crois. Sire, que souvent la sagesse et la prudence humaine sont le jouet des hasards, comme Elle l'a dit.:
» Ah. Monsieur, vous ne répondez pas juste à ma question: je vous demande si vous m'avez vu trop me targuer de mes succès ?«
‚Non. Sire, mais je L'ai vue souvent se flatter trop.
e Bene. bene, dignus est in nostro corpore qui tant bene parlat, mais il est temps de finir: Molière dit que lorsqu'on doit faire une marche pénible. il fant, la veille de cette marche, se coucher de bonne heure: sur ce, je vous souhaite le bon soir, demain aux fauxbourgs de Hirschberg.«
Le Roi marcha ce jour de grand matin avec l'armée. il se rendit 5 juillet en deux colonnes à Hirschberg, la première marcha par Pfaffendorf. 1799 Sehmiedeberg et Lomnitz, la seconde alla par Schreibersdurf, Fischbach,
s Robriach. Eichberg et Hartau. Sa Majeste prit son quartier dans le faubourg de Hirschberg appelé les six villes. Je fus appelé à 5 heures:
240 Memoiren von Heinrich be Gatt. : =
le G juillet On mareha le lendemain à Waltersdorf, je ne fus point in
le 7 juillet »Hier, je ne fus bon à rien, toute la journée un violent mal à lat
un instant après mon arrivée, on apporta un paquet, Sa Majesté l'ouvrit elle-même avec impatience; dès qu’elle en vit le contenu, bu me le donna, des larmes que je vis couler me surprirent:
»Le marquis d'Adhémar, dit-elle, vattaché au series LS sœur de Baireuth, m'envoie l'éloge qu'il a fait de cette chère defunte — # gardez cet éloge pour vous, que je ne le voie pas.e
Alors les larmes coulèrent avee abondanee.
»Devais-je perdre cette chère sœur tant chérie au milieu de toutes mes infortunes; elle seule m'aidait à les supporter, elle me eonsolait, elle wanimait, elle me faisait espérer ces instans où je pouvais la revoiri encore dans des temps plus prospères ; j'ai tout perdu en elle, mon eher,
il est, eroyez-moi, des princes qui connaissent le prix de l'amitié fidèle, | ils ne sont pas tous des illustres ingrats.«
II m'entretint ensuite de son attachement pour feu la Reine sa mère, | des bontés étonnantes qu'elle avait eues pour lui.
»Voilà deux êtres dont le souvenir me sera infiniment cher, in finira qu'avee ma vie.«
Ainsi se passa cette triste séance. |
»L'éloge que j'ai reçu,« me dit-il, »me rend ineapable de quoi que | ce soit, je ne veux pas vous arrêter davantage: pourquoi vous attr | rais-je en vous occupant davantage des deulehkB que mon cœur & bon soir.« es
le lendemain, jour de repos, je le fus à 4 heures. -
me rendit comme imbécile, si cette vie dure encore longtemps, sais comment je me tirerai de tout ceci, je me fais vieux et je voi vancer déjà les infirmités de la vieillesse, mais je tiendrai bon ferai tout ce que je pourrai, on ne peut rien prétendre de plus" Dans les momens d’inquietudes qu'éprouvait Sa Majesté, elle lait assez souvent du Roi son père, je voyais combien les se&ı s'étaient passées, avaient affecté cette âme vive et sensible, »Depuis ma tendre jeunesse, ma vie jusqu'à cet instant a & enchaînement de maux; pour quelques plaisirs, j'ai nes, et au milieu même des plaisirs que je goûte, l'image ai s'offre à moi pour les affaiblir — quel parti rude il m'a tenu pouvez, mon cher, vous en faire une idée, quoique je vous souvent. Malgré tous mes sujets de plaintes, j h et j'ai rendu à ses bonnes qualités la justice qu'elles parfois des instans d'une bonté étonnante, vous auriez d l'âme la plus sensible, en voiei un trait qui vous p
1759, 5.— 8. Juli. 241
lieu de se plaindre d'un de ses adjudans, qu'il bouda pendant une semaine: un jour, il fit appeler son conseiller Eichel. lui ordonna de se rendre dans une chambre, où il fit venir l'adjudant. le Roi vient et. s’avauçant vers l'aide de camp: > Vous avez manqué, lui dit-il, »j'ai des ‘sujets réels de me plaindre de vous, ne vous justifiez pas. voilà une semaine entière que je vous boude. je n'y puis plus tenir, je vous pardonne. faites mieux une autre fois«, et il lui donna un coup sur Fepaule: s adressant alors à son conseiller: » Je vous ai mandé ici.c lui dit-il. ‘pour que vous fussiez témoin de ma conduite.« L'adjudant pleura ‘beaucoup. avoua qu'il avait manqué: depuis cet instant, il n'a pas donné le moindre sujet de plainte. Un jour, en se promenant. mon père rencontra une jeunc fille qu'il poussa si radement qu'elle tomba : le premier moment. il se mit à rire: fâché ensuite contre lui-même, il dit à un de ceux qu'il accompagnait: »J'ai ri mal à propos, cette fille s'est peut-être ‚fait du mal. qu'on lui donne trente écus.. Il convenait quelquefois de ses torts. cela lui arriva dans unc occasion singulière: la-voici. Mon père fit ordonner à ses secrétaires et conseillers Eichel et Schumacher de se rendre incessamment au château. »Je vous fais venir, leur dit-il. ‚pour telle affaire importante qui exige le plus profond secret: prenezıy bien garde. si la chose se divulgue le diable l'emportera, ce sera un de nous trois qui en aura parlé. Et il les renvoie. Trois jours après, M. Eichel, se rendant au château, entendit deux grenadiers qui parlaient de cette affaire: quelle fut sa douleur et sa surprise, il raconte le fait à M. Schumacher, celui-ci. tout aussi angoisaé que l'était M. Eichel, prit le parti d'en rendre compte au Roi. Comment diable se peut-il ue la chose ait transpire,« répondit le Roi d'un ton à alarmer les pauvres couseillers. — Nous l'ignorous, Sire, mais la chose est, que Votre Majesté re rappelle si Elle n'aurait point parlé de cette affaire. car nous L’assurons, sur tout ce qu'il y a de plus sacré, et comme nous en avons fait le serment. que rien de ce qui sc passe peut être connu par nous. Le Roi rentre en lui-meme — s'occupe an instant de cette affaire. et sécrie : »Mes amis, soyez tranquilles. c'est moi qui suis le sot et Lindiseret -—- j'en ai parlé à Grumbkow sans m'apercevoir que ces grenadiers iméeoutaient. que le diable emporte cette faiblesse qne J'ai eue. une telle choße ne m'arrivera plus: vous avez bien eu peur, avouez.'«
Ces différens traits mirent fin à la séance: » Bon soir, demain nous partons. «
Le Roi, de très grand matin, marcha avec l'armée en deux colon- le S juillet
. le . . 1759 tres jusqu à Lähn, la premiere colonne prit son chemin par Röhrsdorf, à Lan
. . .. 0 . ® . . , arti Teehischdorf et Wünscheudorf. où fut le quartier général. La seconde „air! Anschen- Yuriılarıonen a. ?. Bıruk. Staateardiven. XXI. 16 dorf
|: 242 Memoiren von Heinrich be Gatt.
colonne par Berbisdorf, Oberlangenau et Giesshübel; l'armée campa sur les montagnes entre Läln et Mauer. .—
Je fus à 3 heures chez Sa Majesté; quoiqu'assez fatiguée, elle fut
|: cependant d'une humeur plus gaie que les jours précédens. Elle parla beaucoup de ses plaisirs de Rheinsberg, des attentions qu'il avait de s rendre ce séjour agréable à ceux qu'il y invitait.
»Nous étions tous là comme de bons amis, point de gêne, point de ces étiquettes qui tuent le plaisir: ah mon eher que de fois je ine rappelle ces instans heureux de ma vie! comme l'on est entraîné par des évènemens que l'on ne peut prévoir, dans une carrière bien pénible, jen le sens, mon cher, je le sens, mais cela n'est plus à changer, «
Il m'entretint de la bataille de Mollwitz:
»Je la erus perdue et je me retirai; il ne fallait pas que je fase pris, quelle humiliation dans ce premier pas que je faisais pour la gloire, et puis, je n'avais pas encore ma petite boîte qui me conforte tante
Au sujet de cette bataille, il me raconta ce trait-ei. Un grenadier de Lindstedt, blessé assez grièvement, se retire, il trouve sur son chemin un cheval qui était sans maitre , il n'en fait point à deux, monte dessus tant bien que mal, voit notre cavalerie qui va attaquer, il la auit; il prend un général et le met en lieu de sûreté. 5
»Frappe de la conduite et de la bravoure de ee grenadier dont u me rendit compte, j'ordonnai qu'on eût bien soin de lui; quand il fat bien guéri de sa blessure, je le nommai officier, et le premier jour quil. fut en service dans cette qualité, il déserte: voilà un beau champqueÿe. présente à vos réflexions philosophiques — ce n'est pas le moment 2 faire, nous devons partir demain de très grand matin, et il fant se con cher, bon soir.«
ie Le Roi marcha de très grand matin vers le camp de Dürings-Vors werk, la première colonne passa Schiefer et Rührsdorf, Ia Merzdorf et Sehmottseiffen, on eampa sur la montagne entre et Röhrsdorf, je ne fus point appelé ce jour, mais le suivant je fuel 1 juillet Sa Majesté à 3 heures; je la trouvai bien fatiguée. Elle venait de x cevoir la nouvelle que le maréchal Daun se proposait d'envoyer par Lusace un fort détachement au secours des Russes. £ »Si cela arrive, j'espère que mon frère Henri me tiendra de ce détachement et qu'il l'étrillera de la bonne manière; a ces pauvres Russes sont bien à plaindre, ils n'ont que 40 hommes. « Le Roi plaisanta beaucoup sur la timidité de tous ces gens »Que j'irais grand train, mon cher, si, comme Daun, javai épée et une toque bénites, voilà ce que c'est que d'être um il
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est rejeté du saint père, et l'on est exposé par là à tous les revers de la fortune, savez-vous quelques moyens pour devenir bien vite un bon croyant et mériter par une croyance éclairée la bienveillance de Fhomme des sept montagnes ?« > ‚Le bon moyen. Sire, pour les premiers momens, est de bien battre vos ennemis: quand vous les aurez tous mis à la raison, le saint père vous enverra pent-être une épée bénite, puisque vous aurez su faire un si bon usage de la vôtre très hérétique. « Cela n'est pas mal.« dit-il, »pour hérétique je vous assure qu'elle olest bien. mais c'en est assez, laissons le bon vieux en paix. et voyons ai la Purelle de’son ami Voltaire nous fera plus rire que les dons du très saint père.« Il Jut plusieurs chants qu'il trouva enchanteurs. „li n'est pas possible d'avoir plus d'esprit que ce drille-là: à de- 3 main la suite. si ce livre n'est pas tout à fait édifiant , il fait passer du moins quelques instans agréables: bon soir, prenez garde que les belles choses que je viens de vouslire, n'échauffent pas trop votre imagination. il n'y a aucun échauffement à craindre pour la mienne. elle est bien vieille. mon cher, bien froide, bon soir. «
ie Pendant ces 14 jours. mes séances furent assez longues: le Roi lut à Düringebeaucoup. il expédia Taeite, Salluste et Cornelius Nepos, et il m'en par- depuis le lait len après-midi : il corrigea quelques pieces de poésie. et
» Vous me voyez.« disait-il souvent, »très occupé à lire et à écrire, Jusqu'au?
il me faut cette diversion aux idées tristes qui m'occupent, je vois que ment “les nuages sassemblent, et une forte tempête ne tardera pas à éclater. Dieu sait où elle exercera ses ravages: j'aurais un peu moins d'inquiétudes. si on exécutait du moins les ordres que je donne ou que je fais donner. Le lieutenant-colonel de Lüderitz a fait sottise sur sottise dann won poste de Friedland: mon Dohna s'est très mal conduit vis-à-vis des w Russes et m'a forcé de lui ôter le commandement de son armée pour le donner à mon brave Wedell, qui ne fera pas de sottises Et mon bon ami Fouqué ne laisse pas aussi de me peiner, en répandant partout. et je ne sain pourquoi. que l'ennemi est plus fort qu'il ne l'est effectivement: cela n'est pas. ct quand cela serait, ignore-t-il que nos gens n'ont 35 pas besoin d'être intimidés? Croyez-moi. c'est une fichue tâche que la mienne. ou ne peut jamais être heureux dans aucune position de la vie, quand on doit avoir affaire avec tant de gens. et combien doit-on moins l'étre dans une place comme celle que j'occupe ?« Aiusi le Roi faisait presque chaque jour dans ce quartier ses tristes je complaintes.
«Je nais.s me dit-il un soir, »que Soltykow pousse les hauts cris: 16 ®
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qu'il demande à toute force quelque seeours, et qu'on lui enverra undétachement de 12,000 hommes dont Loudon aura le commandement j'espère que mon frère Henri frottera joliment ce détachement-là et renverra d'où il est venu. «
Cette idée égaya beaucoup le Roi, qui reprit en 2 de temps sa 5 bonne humeur.
» La toque bénite avec ses grands mouvemens ne me fera pas faire ici des sottises, je vous en réponds; j'ai préparé tous mes moyens contre | tout ce qu'il voudra entreprendre, et ce qui me tranquillise d'ailleurs, est l'espérance d'une bonne nouvelle de la part de Wedell; je compte ap-ıs prendre bientôt qu'il aura bravement étrillé les Russes.« |
Malheureusement ce furent les Russes qui étrillèrent l'ami général: Le Roi s’entretenait avee moi le 24 à 3 heures après midi — ilme disait combien la philosophie pouvait aider dans des positions violentes, &t dans les pertes si tonchantes de l'amitié — je lui disais : » Et je rı 5 des larmes tout en philosophant sur ma position et sur mes pertes«, lors que je vis de loin son aide de camp de Bonin s'avancer à grands pas; quand il fut à ma portée, je m’apergus que son chapeau eme — une des ailes.
»Sire, voici Son aide de camp, son chapeau a reçu un conp il y a eu sûrement bataille. «
A ce mot le Roi devint tout rouge. -
»Où est-il, où est-il?«
‚Il va entrer.«
Sa Majesté ouvre elle-même la porte:
»Entrez , eh bien qu'est-ce que c'est, qu'a fait Wedell?«
»Sire, il a donné bataille aux Russes et il l'a {perdue}, son camp Wobersnow est tué. «
»Perdue?« dit le Roi, »et comment diable a-t-il fait cela, moi vrai, mais bien vrai, entendez-vous.«
» Le général de Soltykow, pour établir par Crossen sa commun avec Daun, passa la gauche du général Wedell et prit poste Palzig; M. de Wedell, négligeant de prévenir le général russe, et: ant coupé de Crossen et de Franefort, se eontenta de Russes pendant leur marche. Il se met en mouvement, etprend! le long de deux ruisseaux très marécageux, son centre tente le pas sur un pont très étroit, mais le feu des Russes l’arrête; voulant le chemin de Crossen et de Francfort, le général Wedell dirige swprir cipale attaque contre la droite des Russes, Manteuffel avee bataillons passe le ruisseau près de Kay, eulbute la droite de 8 votre |gauche), Sire, soutient cette belle attaque de Man ıff
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de terrain. manque de bonnes dispositions, abimée par le feu terrible de l'artillerie russe, la ligne reste sans soutien et l'on se voit forcé de se retirer à Mohsau.
» Et bon Dieu, que de bêtises faites me dites-vous là, est-il pos-
s rihle de se conduire d'une maniere si inouie et si inepte. Allez, dites à M. de Wedell, ce n'était plus mon ami I'edell que je le joindrai bientot: ne vous arrêtez pas, faites diligence et ne dites mot de tout eeci à ceux que vous pouvez voir en sortant de chez moi.«
Quand l'aide de camp fut parti, le Roi se livra à tout le chagrin
16 qu'il ressentait de la perte de cette bataille.
» Ne suis-je pas bien malheureux, est-il une position pareille à la mienne: attaqué par tout le monde, je suis seul pour me défendre, et le moyen de tenir’ Mais dites-moi, je vous prie (en regardant sur sa carte) est-il permis qu'on se laisse couper de Crossen et de Francfort,
15 est-il permis de sc poster le long d'un ruisseau impraticable, de faire marcher des troupes sur un pont étroit et de les exposer ainsi à une canonnade? Tous ces b...... -là perdent la tête, vous n'êtes pas grand militaire, mais sûrement vous n'auriez pas fait tontes ces sottines: à présent me voilà exposé aux plus grands revers, je m'y attends.
ils ne me surprendront du moins pas. Mais ce Wedell, ce Wedell, de m'aller faire là une pareille bourricade — cette armée-là n'a dès le commencement rien fait qui vaille, une f .... mésintelligence qui a régné entre les généraux de cette armée, et en particulier de Dohna et de Woberanow, a tout gâté, et officiers et soldats et le diable et sa grand'mere:
2 je pensais que Wedell remettrait tout cela, et ce Monsieur me perd une bataille. le plus mal à propos et le plus incptement du monde — je vais repasser sur tout cela, voir ce qu'il y a à faire, bon soir, vous dormirez sûrement mieux que moi.«
» J'en doute, Sire.:
% »Vous êtes bien bon, mon cher, bon soir encore — ne parlez point de tout ceci, je vous prie. car mes bonnes gens d'ici salarnıent aisément.«
Le Roi se faisait des notes sur tous lcs évènemens de la campagne. il me lut ce qu'il s'était note sur la bataille de Kay perdue, tout était dit bien durement : en le relisant. le Roi le sentit lui-même.
3 + C'eci est un peu trop forte. dit-il, »il faut que je le change. n estce pas”?
S'il m'est permis de le dire. Sire, cet adoucissement fera un bon effet. et pour ce qui concerne le général de Dohna. peut-être n'a-t-il pas seul donné lieu à la mésintelligence dont Elle me parla hier et dont
40 Elle a lieu de se plaindre. «
»Eh bien, je changerai aussi cet article-là et je dirai simplement
25 juille
à Dürings- ‚Vorwerk