‹ Uranographie, ou traité élémentaire d'astronomie a l'usage des personnes peu versées dans les mathématiques accompagné de planisphèresChapitre 3 sur 123 · H(I PRÉFACE · texte numérisé non relu

H(I PRÉFACE

écrits que l’antiquité nous a transmis , ne reconnaisse que leurs auteurs étaient versés dans les sciences : et même les anciens n’avaient, à proprement parler, d’autres savants, que leurs philosophes, leurs orateurs et leurs poêles. Virgile, Ovide, Cicéron, Manilius, et même Homère et Anacréon, étaient aussi instruits qu’on pouvait l’être de leur temps, en Astronomie, en Physique, en Optique, en Histoire naturelle... Comment se fait-il donc que les gens de lettres, qui recommandent avec raison l’élude et l’imitation des anciens, ne les imitent pas eux-mêmes , en mettant à contribution toutes les richesses des sciences? Que de comparaisons brillantes, de sujets véritablement poétiques peuvent fournir l’Astronomie, la Botanique , l’Agriculture !... L’indifférence pour des images si variées et si justes , l’habitude de ne rendre hommage qu’aux beautés d’une certaine nature , et de fermer les yeux sur celles qui ne sont pas du genre qu’on estime, sont sans doute les causes qui ont si rarement permis aux modernes d’égaler leurs admirables modèles.

Le peu d’estime que quelques personnes affectent pour les sciences tient souvent à leur ignorance , ignoli nulla cupido : elles cherchent des motifs pour l’excuser , pour favoriser leur paresse d’esprit, dans les exemples des écrivains qui sont arrivés à la célébrité sans ce puissant moyen ; dans la gêne produite par riiabilude des règles qui captivent l’imagination; enfin dans la sécheresse qu’elles supposent que les sciences répandent sur les écrits. Elles oublient que tous les savants font leurs délices des lettres, et qu’ils ont aussi une littérature où ils SC montrent supérieurs aux hommes de lettres les plus distingués : Pascal, Buffon, d’Alembcrt, Bailly, Cuvier, Laplace, Fourier , ont un rang élevé parmi les écrivains ; et la moindre part de leur gloire est cependant d’avoir couvert de fleurs le champ qu’ils fécondent des fruits de leur génie.

Quelques personnes vont même jusqu’à prétendre que le mérite littéraire consiste presque uniquement dans un style

IRÉFACK.

pur, nombreux, élégant ou sublime. Qu'ils entendent lUassillon dans la chaire, Mirabeau à la tribune, d’Aguesseau au barreau. Racine et Molière au théâtre, ils verront que c'est par la connaissance du coeur humain , du mécanisme des passions, par l’étude de la politique et de la morale, que ces grands écrivains se sont immortalisés : le style n’est pour eux qu’un accessoire brillant, mais nécessaire, que leur génie sait animer par la chaleur des mouvements de leur âme.

Que des littérateurs consentent donc à se laisser inspirer parles neuf Muses, et à s’éclairer, comme les Grecs et les Romains , au flambeau des sciences. On ne verra plus le poêle employer si risiblement des idées qu’on lui a suggérées et qu’il n’a pas comprises ; le traducteur prêter des fautes à son auteur ; l’orateur semer dans ses discours des fleurs déplacées; l’avocat plaider ridiculement pour un brevet d’invention , sur un sujet chimique qu’il entend aussi peu que les juges. Nos meilleurs écrivains ne sont pas exempts de reproches à cet égard ; et pour ne citer que la Fontaine , ce philosophe si pur et si sublime, ne dit-il pas que la cigale se nourrit de mouches et de vermisseaux ; que la fourmi amasse des provisions pour l’hiver; qu’une souris qui s’est logée dans le tube d’une lunette paraît à un astronome être une habitante de la Lune, etc. 7 Ces taches et d’autres encore n’eussent pas déparé ses belles fables, si la Fontaine n’eût pas négligé l’élude de l'IIisloire naturelle et de l’Optique.

Quintilien était bien éloigné de partager l’erreur que je combats, lui qui veut qu’un orateur ne soit étranger à aucune connaissance humaine : il va même jusqu’à afiirmer qu’on ne comprend pas les écrits des anciens, quand on n’a pas cultivé les sciences, et en particulier l’Astronomie : IS’ec poetas legisse salis est : exculiendum omne scriplorum genus , tion propter historias tnodù . sed verba quœ fréquenter jus ah aucloribus sumunt. Tiitn nec dira musicen , grammatice potest esse perfecla . dm ei de melris rhythmisque dicendum sit. Nec , si ralionem siderum ignorel.

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