‹ Uranographie, ou traité élémentaire d'astronomie a l'usage des personnes peu versées dans les mathématiques accompagné de planisphèresChapitre 88 sur 123 · ORIGINE DES CONSTELLATIONS. 29T · texte numérisé non relu

ORIGINE DES CONSTELLATIONS. 29T

Quoi qo’il en soit, cette |>.igodu par.'<ît d'une haute antiquité. H. J. Call annonce qu’il existe, dans la presqu’île occidentale de rinde , beaucoup d’édifices semblables et de traditions curieuses , qui doivent donner des lumières sur l’ancienne civilisation de ces contrées. Les débordements du Gange, aussi réglés que ceux du Nil, et dus à la même cause, doivent avoir établi des relations entre les phénomènes physiques et les usages religieux des pays arrosés par ces fleuves. Des savants anglais ont formé à Calcutta une Académie qui s’occupe de ces intéressantes recherches.

Une chose remarquable, c’est que les Brames avaient mesuré l’obliquité de l’écliptique, et qu’ils connaissaient les temps inégaux que le Soleil met à traverser chaque signe. Leur année était de 5*31' 15", et commençait au mois d'avril. Voici les noms do leurs mois, et leur correspondooce avec les nôtres * :

f SUtlrey, f^avaiey, Any, Ady, Avany, Pivallasty,

Avril , Mai , Juin , Juillet , Août , Septembre ,

f Arbatty, Carllguey, Margayy, Tay, Matey, Pangouny,

Octobre, Novembre, Décembre, Janvier, Février, Mars.

On peut voir àant\t» Mém. de l’ Acad. deeSciencetde 1773,leMémoire où le Gentil expose la méthode des Brumes pour calculer les éclipses. Ce savant s’est fait le disciple de l’un de oes prêtres, qui voulait bien lui trouver quelques dispositions pour l’étude de l’Astronomie.

Origine des Constellations.

246. Les figures et les dénominations des constellations, quoique

* f«a «luréode Tannée lolaire était connue dèilei temps les plus reculés; nous voyons Uant Antiq. judoiq. de Joseph, Üv. I, ch. 3, que les Chaldcens faisaient usage de 1a grande année de 600 ans (voy. SynctUe, p. 17 et 3S). C’csl une période qui ramène è la même po> sition relative le Soleil et la Lutic. En effet, 8 oai révolutions lunaires de a7/,3a.i58s forment précisément le même temps que 600 année» solaires de 36.V,s4^ot5. Ainsi, en prenant cette dernière durée comme exacte (et clic ne diffère de la nèlre que de a'i), il est clair que tous les 600 ans le Soleil et la Lune se retrouvent aux mêmes points du ciel. Comme Tannée solaire éprouve de très-faihios diminutions (p. i63) il est possible d'attribuer à cette cause la •

différence de > 7 , et peut-être aussi è quelque erreur sur les durées des révolutions du Solcü et de la Lune, pu même è ce qu'on ne donnait ces 600 ans que comme une période approchée.

Les Perses du 1 1 « siècle avaient imaginé une intercalation de 8 / tous les 33 ans, pour ré« tablir Taccord entre les années civile et solaire. Ce moile suppose celle-ci du 365/,s4s4s4> valeur plus approchée que celle dont on $c sert dans le Calendrier grégorien. Il est bien vraisemblable que cette intercalation résultait d^unc tradition précise des mouvements du Soleil.

ORIGINK

arbitraires en elles-mêines, sont liées entre elles et avec la Chronologie , la Phj'siquo et la Slythologie. Ce n’est pas une chose sans intérêt que de remonter A l’origine de bes symboles , et de lire dnhs le ciel l’histoire des usages civils et religieux des anciens peuples , qni en ont consacré le souvenir dans des fictions poétiques, méprisées da ceux qui ne savent pas les comprendre.

Mais il est impossible de donner à l’explication de ces figures le caractère do certitude qui a[ipartient aux vérités positives ; ce no peut cire que par un accord unanime , que par des rapprochements vrais avec les usages des auteurs de ces fictions , qn’on peut s’assurer d’en avoir deviné le sens. Combien d’hommes célèbres se sont trompés dans leurs conjectures! Combien d’opii^ions adujitées légèrement et défendues avec opiniâtreté! Craignons donc de substituer des erreurs à d’autres. 11 n’est pas possible d’avoir des preuves mathématiques dans des questions de cotte nature , mais on no doit pas repousser les interprétations qui ont un haut degré de probabilité, seul genre de démonstration que les faits historiques poissent admeltrc.

Nous exposerons ici le système de Dupuis {Orig. des Cultes; Mém. ^cad., 1788; Journ. des Savants , 1788; Biém. sur le Zodiaque , 160Q), ainsi que les preuves dont il l’a appuyé ; la sagacité des interprétations, leur accord fra]>pant, les rapprochements heureux auxquels les résultats conduisent , sont dignes d’arrêter l’attention des philosophes. Ce savant professeur était loin de prévoir, lorsqu’il composa ce beau travail, que, 28 ans après, les Français iraient conquérir l’Égypte, et en rapporteraient des doeuments confirmatifs de son opinion sur l'origine du zodiaque. N’est-il pas étonnant que les monuments des arts aient ainsi fortifié une opinion conçue d’après de simples témoignagc.s historiques? Au reste, on sent bien que, dans l’explication d’un si grand nombre de fables , il a dû se glisser quelques erreurs ; il importe seulement de se faire une idée juste des points les plus importants, et de concevoir comment ocs fictions peuvent sc lier aux aspects oélcstes et aux phénomènes naturels qui lour servent assurément de btise.

247^ Ce sont surtout les oonstellations xodiacales qu’il importe d’expliquer; respectées, comme le sont les mystères religieux, elles nous sont parvenues sans altération à travers les siècles; leur rapport avec la religion , i’histuiro et les faits physiques , leur donnent une bien plus grande importance. L’einpreinto des jirincipcs qui ont présidé à leur fornialioii doit se retrouver dans les figures dont la création est

DES CONSrELLATIÜNS.

pnitérieare. D’ailleurs ces doriiières ont eprouTÔ , pur la umilc des temps , des altérations qui en rendent l'interprétation suspecte. I/ts Grecs n’ont pins connu les b.iscs sur lesquelles les inventeurs de ces signes les avaient établis , et ont rerapl.tcé cette langue mystérieuse mais ibtelligible, par des beautés d'imagination. En substituant .ninsi des figures brillantes^ mais fausses, à des emblèmes vrais et olairs, qu’ils n’entendaient pas, ils ont embelli et ourrompu ces images, et rendu la vérité bien difficile à découvrir sous ce fard imposteur. Tout , en Grèce, est propre à inspirer l’ami des arts et à désespérer le philosophe.

S48. Suivant Pluohe , jadis le Bélier et le Taureau commençaient le printemps; et, A oette époque, les brebis et les vaches mettent bas. Le mois suivant , les chèvres en font autant , et les Gémeaux étaient aussi représentés par deux chèvres, ou par deux amants, symbole de fécondité. Le Cancer annonce le solstice d’été par la ro> ti'ogradnlion vers les signes descendants. Le Lion ré|>und aux chaleurs, et la Vierge aux moissons, dont son épi est le symbole. La Balance désigne l’égalité des jours et des nuits à réquiiiuxo d’automne ; le Suorpion , les maladies fréquentes dans cette saison; le Sagittaire, les plaisirs de la chasse communs en novembre. Le Capricorne annonce que le Soleil remonte vers les signes supérieurs. Le Verseau est le temps des pluies , et les Poissons celui de la |ièche.

Auteur plus amusant que profond , Pluohe a expliqué do même plusieurs autres constellations. Mais son système est renversé par celte objection très*simplo, qu’elles étaient déjà créées longtemps avant l'époque que Pluche a considérée comme origine , laquelle répond au commencement do notre ère. Lors de la création de ces signes , les divers phénomènes que Pluche a attachés aux constellations pour les expliquer, ne leur correspondaient nullement. Les zodiaques des temples égyptiens (n* 344) précèdent de beaucoup les temps où le Soleil entrait dans la Balance n l’équinoxe d’automne, dans le Verseau au temps dus pluies, etc. L’invention du zodiaque, étant antérieure à l’édification du temple d’Ësné, remonte à plus de 4fi00 ans, le Soleil étant alors dans le Lion au solstice d’été. Ainsi l’interprétation de Pluche est absolument inadmissible.

240. C’est dans l’Orient qu’il faut chercher In clef des fictions qui sont basées sur l’Astronomie; il faut y étudier les usages civils et religieux , les phénomenes naturels , les temps consacrés à l’ngricul-

ORIÜINË

tare, e(c< On doit regarder comme l’ouvrage d’un peuple, ce qui lui convient et ne convient qu’à lui ; ce qui a un sens pour lui à une époque déterminée, et qui n’en a point chez d’autres nations , à quelque époque que ce soit. Ce principe nous conduit à regarder les Egyptiens comme les inventeurs du zodiaque et des fables fondées sur les aspects du ciel *j c’est ce qu’on va développer.

L’inondation du Nil est un phénomène si remarquable par sa grandeur, sa durée, ses retours périodiques et son importance, que ce fleuve recevait un culte public. La Hytholugie égyptienne parait eu relation intime avec cet événement annuel et avec les mouvements célestes qui l’annoncent, le produisent et en règlent le retour. Il est dû à une cause physique bien connue , les pluies abondantes qui inondent l’Abyssinie, lorsque le Soleil atteint le tropique boréal. Le Nil commence donc à grossir à peu près un mois après le solstice d'été, époquedu coramencementde l’année solaire égyptienne **j il se répand ensuite sur tout le sol qu’il fécoude. L’inondation dure trois mois ; o’est le temps du repos : les villes, rehaussées par des travaux immenses, s’élèvent comme des iles au milieu des eaux; les habitants voient avec joie , de cette hauteur, toute la plaine couverte par lu fleuve qui la fertilise, favorise le commerce en joignant les cités , les défend contre l’ennemi, et devient a lu fois leur nourricier et leur protecteur (Bossuet).

Dupuis admet que, dons les temps reculés, le Soleil était dans la constellation du Capricorne à l’époque du solstice d’été; l’astre atteignant alors sa limite la plus élevée , était comparé aux chèvres qui SC plaisent sur les hauteurs. Le Capricorne est en effet représenté dans l’attitude du repos qui convient au solstice ; sa queue de poisson se

* SaiTBot Dîotlore, Macrobr, Ach. Talius, Lucien, etc.. Ici Éfjyptiena avaient, de temps immémorial, des tabicsasironomiques, conoaisMtent les révolutions do« planètes, la durée de Vênace, etc. Cest donc chez eux qu'il est naturel de chercher l’explication du zodiaque. D'ailleurs, la haute antiquité ücccs peuples, leur respect pourrAslronomic, occupation principale de leurs prêtres, l'usage des hiéroglyphes, le mystère dont ils enveloppaient leurs sciences, selon Hérodote et Plutarque, tout porte d'avance à les croire inventeurs du zodiaque, préférablement aux Chaldéens, aux Indiens cl aux autres nations. I.cs Egyptiens afHrroaieDt à Diodorc de Sicile, 6o ans avant notre ère, que le gouvernement de leurs rois remontait à i5 mille ans. Après zoo ans de civilisation, ces peuples ont bien pu créer te système des constellations zodiacales, qui n'est pas en soi une conception difficile, et qui leur était iadispensable, d'après l'étal physique de leur pays- ** Le serment que les roU faisaient à leur avènement au trône, de ne jamais souffrir les intercalations, parait indiquer que l'année civile n’avait pav toujours été vague. Il semble que, dans les temps très-reculés, on n'y obtorvail que l'année solaire, mais que depuis, l'année vague sc serait itiiroduilc dans les usages civils.

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rapporte à l’inondation qui va bientôt commencer (vers le milieu do juillet).

jimilçuum tldut Itrretqu», marl$qM, liiint.

Le VwitaM est le signe de l’inondation, qui est complète en août ; et comme le Nil n’atteint qii’en septembre sa plus grande élévation, les Poi$ton* désignent que les eaux courraient toute la surface de l’Égypte. Le Bélier convenait au mois d’octobre , temps où les eaux retirées laissent d’abondants pâturages aux troupeaux longtemps renfermés. Le Taureau annonçait l’époque du labourage, qui ne se fait en Egypte qu’avec des boeufs , sur une terre eneore humide d’un précieux limon ; c’est en novembre que s’y font les labours.

Les Gémeaux, ou les Chevreaux, ou les .Amants, symboles de jeunesse et de fécondité, désignent les productions nouvelles; l’époque de la germination, qui, en Egypte, arrive en décembre : la promptitude de la végétation permet di<jà d’y présager l’abondance de la récolte. Le é^ancsr était lesignedu solstice d’hiver; la marche lento et rétrograde de l’Écrevisse annonce le mois de janvier, temps où le Soleil revient vers les signes supérieurs. En Égypte, la végétation est la plus active en février; le Soleil reprend sa force en entrant dans le Lion, qui en est le symbole ; ce terrible animal sort alors des déserts , et a semblé ramener avec lui les chaleurs. Les moissons, figurées par la Vierge et son épi , annoncent que c’est dans le mois de mars que l’Égyptien moissonne. L’équinoxe, ou l’égalité des jours et des nuits, au commencement d’avril, est marqué par la Balance. C’est en mai que régnent les maladies contagieuses , causées par les excessives chaleurs de la saison et les vents d’Éthiopie. Le Scorpion en désignait la redoutable époque , à cause de la funeste influence qu’on attribuait à ce hideux animal. Enfin le Sagittaire fermait l’année avec le mois de juin : armé d’un trait et poursuivant le Scorpion, il est l’emblème des vents du nord , précurseurs du solstice et du l’inondation. A celte époque, les vents étésiens ne manquent jamais de s’élever, et repoussant ceux du sud , chassent les vapeurs malfaisantes et ramènent la salubrité dans l’air. Le Sagittaire est le Janus des Égyptiens, qui le représentaient avec deux visages (u° 268), tournés, l’un vers les signes écoulés, l’autre vçrs ceux de l’année nouvelle.

280. Si l’on a bien s.aisi cet exposé, on reconnaîtra quo le Cancer et le Capricorne doivent nécessairement désigner les solstices, le l"ayant

sna

ORir.INR

nue raarohe pArcsscnse et rétrograde, la 9° figurant le repas sur une linntear escarpée; la Balance convient assurémoiil à un équinoxe. Ainsi, des douze constellations zodiacales, deux opposées caractérisent les solstices, et riiitermédiaire, un équinoxe. On ne peut admettre que, dans l’origine, le Cancer se soit rapporté à l’été, la Balance à l’automne, etc., ainsi que Fiuohe l’a supposé (n° 247); il faut doue que Je Cancer soit relatif a l’hiver, la Balance nu printemps et le CaprU corne é l’été, comme nous l’avons exposé. Et quand ou reeonnait que les neuf autres signes sont rinterpretation naturelle des phénomènes physiques amenés dans l’ordre de leur succession annuelle, la supposition acquiert le plus haut degré de probabilité.

Ajoutons quelques traits à ce tableau.

Les Egyptiens ont trois saisons, de quatre mois chacune: l’inondation commençant en juillet, le labourage en novembre, et les récoltes en mars. Dans l’origine, ces saisons se rencontraient avec le Capriuorne, le Taureau et la Vierge, si l’on adopte le système proposé. Or, les constellations voisines confirment celte assertion. 1< L’Aigle ou ïjéccipiler, symbole consacré au Soleil , en annonçait l’élévation par son lever héiiaqoe au solstice d’été, lorsque eel astre était dans le Capricorne. 2° Lu Taureau était voisin du Cocher, qui , armé d'un fouet, seniblo l’exciter au travail. 8° Le Bouvier, placé entre la Vierge cl l’Ourse, lient une faucille de moissonneur et est près du Chariot chargé de la moisson; autrefois la Chevelure de Bérénice était remplacée par une gerbe de blé. Aujourd’hui la précession amène l’Aigle, le Cocher et le Bouvier en février, juin et octobre, et ces constellatioi)s n’indiquent plus les trois saisons égyptiennes *.

251. Les divers phénomènes que nous venons de décrire se reproduisent constamment aux mêmes époques : l’immuable loi de la nature les ramène toujours dans le mémo ordre et avee une égale durée; mais, par l’effet de la précession , ils n’arrivent plus lorsque le Soleil entre dans les mêmes constellations ; les figures zodiacales qui en étaient le symbole n’y correspondent plus, et le Soleil ayant rétrogradé de sept signes, il faut remonter à quinze mille ans, pour se reporter à l’état que celte interprétation suppose, à raison de 72 ans par degré (n® 106).

* Oa pcul voir, tlani le (jraad ouvrage d'Egypte, un Mémoire curieux de Raige,où ce uvaot orientaliste croit pouvoir rapporter les noms des mois égyptiens aux phéDomènci dxIu> rels f{ui viennent d'étre exposés. Nous cxplK|ucrons plus Urd la composition du Calcudricr de ces {utck'as peuples.

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