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CHAPITRE m

Romans

Considérations générales

Le roman est aujourd'hui le plus populaire de tous les genres. Il émeut notre âme, enflamme notre imagination, charme notre esprit, nous éloigne des contrées banales et fréquentées, pour nous conduire dans des pays lointains, (( où d'étranges oiseaux chantent sur des arbres merveilleux' ». Révélant toutes les formes, prenant tous les tons, introduisant toutes sortes de personnages, il a tout envahi et comme, sous ses aspects difTérents, il flatte la manie de chacun, ses moindres œuvres sont souvent mieux connues que les meilleures productions des autres genres.

D'abord fantastique ou tendre et sj'nonj'me de fiction, il ne tarda pas à reproduire les réalités contemporaines et à donner, sous des noms d'emprunt, le tableau vivant des passions, des mœurs ou des modes du temps.

L'histoire du roman au xvii» siècle tient presque tout entière dans les cinquante années (de 1610 à 16(10), qui vont de la mort de Henri IV à l'avènement du gouvernement personnel de Louis XIV.

La première forme revêtue par le roman au xvu*^ siècle fut la l'astorale, venue du Portugal à travers l'Espagne, et aussi de l'Italie, où les comédies pastorales du Tasse (Aminta, 1381) et de Guarini (Pastor l'ido, 1385) avaient introduit une poésie spirituelle et galante,

1. V. Levrault, le lioimin, p. .'i. 1). Hnol, le futur évèque d'.\vranclies, dans son Essni sur l'uric/inc des ninifins (Paris, 1(170, in-12), a défini ces derniers: « des histoires teintes il'aventures amoureuses, écrites en prose avec art pour le plaisir et l'instructiou des lecteurs. » (V. Idées el (Inrlriiies lillfi-iiires du Wll' sierle. pari'. Vial et L. Denise, p. o2).

affublée d'une fnussc naïveté champêlre, dont le type fut l'Aslrcc de d'Urfé.

Cette analyse délicate de tendres sentiments, bien différente du libertinage grossier du xvi" siècle, inaugurait un genre faux, dans lequel l'amour n'était (ju'une <( honnête amitié », une émotion douce et tenace, non une passion. Au lieu de l'imitation de la vie réelle, nous avions sous les yeux un monde de fantaisie, où de grandes dames et de nobles seigneurs, bergères et bergers par caprice, dissertaient finement des choses de l'amour. Ce défaut s'accusa encore davantage dans les romans d'aventures, où dix et douze volumes ne suffirent pas à exposer des situations extraordinaires, des exploits incroyables, dans un jargon précieux, au milieu d'épisodes sans fin. C'est le moment où Gomljauld, Gomberville,Desmarets, La Calprenède, Georges et Madeleine de Scudéry donnent des Amadis selon le goût nouveau et, sous prétexte d'histoire ou de légende, offrent la peinture quintessenciée des événements, les portraits léchés des hommes et des dames illustres du xvii* siècle.

Ces auteurs passaient pour les maîtres du genre à cette époque. Aussi pour ménager les susceptibilités autant que leur crédit, peut-être aussi par sentiment de véritable admii'ation, Chevreau leur adressera dès le début de son premier roman ses vives félicitations et déclarera avec humilité qu'à leurs œuvres parfaites il n'ose comparer son maigre roman. Or, que sont ces œuvres et, en particulier, les trois qu'il cite dans l'.Vvertissement au lecteur du Scaïuicrbevf]? Dans Ariane, on raconte les amours contrariés de Mélinte et d'.\riane, de Palamède et d'Epicharis, plus de (piatre aiiti'cs couples, le tout au milieu d'une conspiration contre Néron, d'emprisonnements, d'évasions et de reconnaissances. Pole.raiidre est un roman à clef. i..e principal personnage, qui n'est autre que Louis Xlll, parcourt le monde, pour punir ceux (jui soupirent après la belle Alcidiane et découvrir l'ile Inaccessible, où règne celte princesse. Enfin Iliraldm au l'Illustre llassa est l'histoire des amours de Justiniaii, ciintem[ioraiii de Cliarles Quint, devenu grand vizir sous le nom d'ibraliim, et d'Isabelle, princesse de Monaco. En définili'-e, Desmaret^, Comberville et M"" .Scudéry n'avaient rien fait de bien remaniuable dans ces trois œuvres; mais ils étaient admirés de leurs coiileniporains : de là les éloges de Ciievreau.

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