I. — Scanderberg
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Le roman de Scanderberg est dédié à Monsieur de Watte\ille, lieutenant-colonel du régiment de Watteville'.
L'auteur dit en substance dansl'Epitredédicatoire: Les anciens ont élevé un temple au silence, pour nous montrer sans doute (( qu'on avait souvent meilleure grâce à se taire qu'à parler ». Si la peinture n'a pu représenter dignement la douleur, l'éloquence est impuissante à bien représenter la vertu- Tout le monde ne peut pas travailler le jaspe ni le porphjre « et c'est seulement avec la plume de Pline et le ciseau de Phidias- qu'on peut faire votre panégyrique et votre statue « Vos Cattlons nous fournissent des gens qui semblent (( nés le casque en tète, comme la Minerve des poètes » ; mais pas une personne à la fois orateur et philosophe, sage et politique, soldat et capitaine comme vous. Héritier de vos pères, vous avez acquis « une gloire dont l'éclat ne doit pas moins durer que celui des astres ». Je sais que votre « humilité » ne s'accommode pas des éloges ; toutefois la « reconnaissance » pour les faveurs dont vous m'avez comblé, pour votre « glorieuse » et « utile » amitié, m'oblige à vous offrir la vie de ce conquérant. Si je suis téméraire, c'est de peur d'être ingrat.
Ici, comme dans la plupart de ses dédicaces, Chevreau fait preuve d'une grande modestie. Il avait cependant une trentaine d'années et s'était déjà signalé par des pièces de théâtre d'une certaine valeur. En revanche, son style se ressent de son époque. Il est recherché, précieux, éloigné de la simplicité et du naturel que nous goûtons particulièrement aujourd'iiui. Ces qualités et ces défauts se retrouvent partout dans les œuvres de notre auteur.
Dans V Avertissement ait lecteur, Chevreau s'exprime ainsi : « Si tu as lu l'Ariane, le Polexandre elV Ibrahim de MM. Desmarets, de Gomberxille et de M'^"^ de Scudéry, tu t'étonneras sans doute de m'entendre parler après ces oracles' ». Cependant les choses communes ont leur valeur.
1. Il n"était que capitaine au même régiment, quand Che\Teau lui adressa la huitième de ses Lettres luiurelles (p. 37-îl). Au moment de cette dédicace il avait vingt-cinq ans et, « depuis quatre ou cinq années », était l'ami généreux de notre auteur : c'est ce qui explique les éloges et le témoignage de reconnaissance qu'on lui adresse ici.
2. Pline le jeune a fait un t'anegyrique de Trajan fort célèbre ; quant à Phidias, il est le plus renommé des sculpteurs grecs.