Expression recherchée, i. Encore de la recherche
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surtout, le tirèrent de prison. Il partit la nuit de Croye pour faire croire qu'il s'était sauvé' et se rendit à Constanlinople, d'où il me renseigna sur les intentions de Mahomet. 11 fut empoisonné par celui-ci.
Mais voici pour moi une nouvelle aflliction. Ferdinand, assiégé dans Bary par Picénin, m'écrit d'aller le secourir et Arianitès, le père, meurt. Mon mariage est encore différé. Je confie la régence à Arianite, cours au comte de Picenin, qui essaye vainement de me faire périr dans une embûche, et je le tue. Ferdinand entre en triomphe dans Naples. Pour moi, je retourne auprès d'Arianite qui, près de mourir, se trouve guérie par ma présence : effet souverain de l'amour.
Cependant Mahomet avait continué ses conquêtes. Il envoya en Epire ses généraux qui furent battus, puis vint en personne assiéger Croye. J'en sortis la nuit, « vêtu à la Turque », par un temps affreux, laissant .\rianile et me rentlis à I)uraz% puis à Venise. Tel est le tableau de ma vie admirable au début, triste à la fin.
Amasie pleura sur le malheur de Scanderberg, la mort de son père, Eléazar et elle même. Scanderberg la consolait, quand un matelot vint prévenir « qu'il y avait dans un petit vaisseau, tout près du leur, une femme liée des pieds et des mains, qui avait le visage tout sanglant ». On voulut l'interroger, mais (( elle avait la langue coupée » on lui apporta une plume, du papier et elle écrivit ce qui suit. Une narration écrite va immédiatement remplacer le récit verbal de Scanderberg, avec deux lettres au lieu d'une '.
Histoire d'Anaxarette, d'Osman et de Stanise. Vous connaissez Scanderberg : il eut trois frères qu'Amuralh fit empoisonner. Stanize* seul, prévenu par moi, réussit à échapper. Osman, chargé de le faire périr et mon amant, m'avait avertie. Ne voulant être ni ingrat à sa maîtresse, ni infidèle à son souverain, il avait même essayé d'absorber le breuvage fatal''. Mais nous l'en avions empêché : nous partîmes tons trois sur un vaisseau.
1. Ceci semblerait supposer qu'envoyé de Croye à Naples, 11 avait été rappelé à Croye, à la mort irAlplionse et, de là, était parti comme un évadé à Constanlinople.
2. Ce Dura: est probablement le Durnzzo d'aujourd'hui, l'ancien Dyrrnc/iium, port d'Albanie sur r.\driatique. Tout le monde a entendu parler de l'e/iise, ta « Heine de l'Adriatiiiue. »
3. Ces épisodes accessoires sont si nombreux dans te roman, que nous no les signalerons plus. 11 suffit de l'avoir fait jus([u'ici.
4. Le i)remier Sianise est écrit, comme on voit, par un s; le deuxième par un z. Cette substitution d'une lettre à l'autre était fréquente.
u. Cette façon de mettre d'accord son amour et son devoir était admise. Il est vrai qu'une simple tentative et l'opposition d'un ami suffisaient pour faire cesser tout scrupule et consoler le désespéré, comme en cet endroit.
A Mélifelle, s'était réfugié depuis deux ans, à la suite d'une défaite enNatolie, le frère d'Osman, Caïthbey', homme méchant et détesté. Il ne put s'entendre avec Stanize, homme de bien. Ayant su que celui-ci était aimé « d'une femme qu'il voyait souvent », il feignit de s'amender et, profitant d'une absence forcée de Stanize, il persuada à la dame Cédare que c'était « un bannissement volontaire... pour se défaire de son amour ». Cédare écrivit à Stanize, et lui reprocha de n'avoir pas demandé « sa franchise » ainsi que doit le faire un galant homme-. « Je vous eusse rendu avec joie ce que vous m'aviez donné avec regret. » L'amour étant « plus de la ville que du désert'... vous vous êtes banni vous-même pour le bannir. » Je ne vous imiterai pas. « J'aime encore mieux songer à vous qu'à ma guérison. »
En possession de cette lettre, Caïthbey en efface le nom de Stanize et ce qui peut le gêner ; puis la dépose sur la table de son cabinet, oii Stanize ne manque pas de la lire ; car tous ces personnages sont aussi indiscrets que peu scrupuleux. Ca'ithbey prétend que cette lettre lui a été adressée et qu'il a répondu à Cédare de ne pas essayer de le corrompre. Convaincu de mensonge, il tue Cédare, me coupe la langue et me livre sur cet esquif à la violence de la tempête.
Ce récit, bien qu'intitulé Histoire d'Anaxarette, d'Osman et de Stanize, s'occupe surtout de Ca'ithbey et de Cédare. Anaxarette, qui l'a écrit, n'y est même pas nommée et c'est dans la deuxième partie, au sixième livre seulement, que Stanize achèvera la narration de leurs malheurs.
Notons, en passant, qu'outre le congé ou la franchise que tout soupirant devait obtenir de sa dame avant de la quitter, nous trouvons ici, comme marque du temps, la théorie de l'amour mieux en sa place à la ville qu'aux champs et la supériorité de l'amitié sur l'amour, proclamée par tous les salons du xvii' siècle.
Le papier lu, Scanderberg vogue pour Alélifelle sans plus se préoccuper d'Anaxarette, dont on ne parlera que plus tard, pour annoncer sa mort bizarre.
1. Ai'leurs, Chevreau écrit Caïlbcy au Heu de Cailltheij. supprimant Vli (lui ne se prononce pas.
2. C'était, en etfet, un des articles du code amoureux de l'époque. On devait demander congé ou franchise ù sa dame, avant de la quitter.
3. Cette affirmation était conforme aux idées du temps. L'amour résidait alors surtout dans l'édiange <le doux et sulitils pnqms, qui rapprodiaicnt les âmes délicates et raffinées, et c'est un peu en songeant à l'isolement, dans lequel étaient obligés de vivre les natures d'élite, au milieu des paysans grossiers, que M"* de Rambouillet disait ; « Les esprits doux et amateurs de belles lettres ne trouvent pas leur compte à la campagne, u 11 lui fallait, comme ù ses habitués, la viUc et les salons.
Livre quatrième. — II commence d"iine façon ennuyeuse par une longue dissertation de quatorze pages sur le mélange de joie et de tristesse que la nature a mis dans notre vie et sur l'influence qu'exerce dans notre destinée l'époque de notre naissance. Chevreau traitera de nouveau de l'horoscope dans son Chevraeana', mais pour le condamner au nom de l'Eglise et delà raison. On n'a trouvée Mélifelle, ni Ca'ithbey, ni Stanize. Laissant un navire à Callisthène, Scanderberg se rend à Naples, confie Eléazar et Amasie à Ferdinand et part pour Rome, où il n'obtient rien de la mollesse et de l'avarice du pape -. A son retour, il s'embarque avec soixante-dix navires, accompagné d'Eléazar et d'Amasie, qui n'a pas voulu abandonner celui-ci. Une tempête les sépare. Jeté sur les côtes de Sardaigne avec trois vaisseaux, Scanderberg envoie chercher les autres et visite, sans plus d'inquiétudes, Calary, « la plus agréable ville de Sardaigne \ En se promenant, il aperçoit, dans un vallon, deux hommes qui se battaient devant une jeune fîlle. A sa vue, ils rentrent leurs épées et la jeune fdle lui raconte l'objet du combat, après s'être fait connaître et avoir présenté, selon l'usage, ceux qui étaient avec elle. Nouveau récit.
Histoire d'Uranzar et d'Alexandrette. — Oranzar, « qui vous touche, m'a fréquentée dès mes plus jeunes années », l'autre est Tadmor; mon nom est Alexandrette. Mon père, préférant Tadmor et brouillé d'ailleurs avec le pèred'Oranzar, me recommanda (( sur toutes choses », à son lit de mort, « d'oublier l'amour d'Oranzar et de chercher dans Tadmor la consolation de toutes mes peines » '. De son côté, le père d'Oranzar lui défendit de m'aimer et l'envoya à l'étranger pour deux ans. « J'aimais trop Oranzar pour le ha'ir » ; cependant Tadmor me fit la cour et j'arrivai à l'aimer'. On pressa notre mariage. A ce moment est survenu Oranzar. Il a voulu se défaire de Tadmor, mais celui-ci n'a consenti à se battre qu'après m'avoir possédée huit jours, ce que n'accepte pas Oranzar. Qui des deux à raison? A vous de décider, répond Scanderberg, convaincu qu'il appartient surtout à la personne disputée de prendre un parti. Alexan-
1. T. I, pp. 134-133, 238-2o9, 328-330, Astrologie Judiciaire et Horoscope.
2. Ce pape était Paul II, qui avait succédé en 1464 à Vie II (,-Eneas Silvius), mort de fatigue à Ancône, au moment de s'embarquer avec les forces italiennes réunies par lui. Clie\Teau ne le juge pas avantageusement, peut-être parce qu'U n'aimait pas les gens de lettres.
3. Cagliari, l'ancienne Calaris, sans doute. L'indifférence de Scanderberg, au sujet de ses vaisseaux égarés, nous parait étrange.
4. Par suite d'une erreur de pagination, les pages 433-439 sont numérotées 433-439. On lit, en outre, 430 pour 440, 431 pour 461, 412-447 pour pour 462-467.
5. Cet amour, qui ne peut se changer en haine, mais qui cède à un nouvel amour, est assez bizarre.
drette hésite longtemps', semblant incliner vers Tadmor, dont les soins l'ont obligée pendant dix ans, pour en arriver à choisir Oranzar. Alors s'engage entre les deux prétendants un combat de générosité, qui nous laisse assez froid, à cause de la prolixité et du vain bavardage qui y régnent. Mais Alexandrette persiste à vouloir Oranzar, on ne sait trop pourquoi, si ce n'est pour ne pas retirer une parole donnée, changer une décision prise après mûre réflexion, ou céder à l'un le « refus d'un autre », et les deux rivaux s'embrassent entièrement réconciliés'. Scanderberg, ne connaissant pas la route, demeure auprès d'Oranzar. C'est une occasion toute indiquée de bavarder encore. 11 raconte l'origine des Turcs, l'histoire du grand Mahomet et de sa religion, celle des conquêtes musulmanes, la défaite des troupes du roi Abdiran^ «aux portes de Tours, où Charles Martel leur livra une bataille si sanglante qu'il y fît mourir 365.000 des leurs ou 380.000 » ; la première croisade de Godefroy de Bouillon et les autres faits de l'histoire turque, l'intervention de Tamerlan, la vie d'Irène et la cruauté de Mahomet.
Après cette interminable digression de soixante-six pages', habilement provoquée du reste par Oranzar, désireux de connaître son compagnon, Scanderberg ajoute que Mahomet serait puni déjà, sans « la mauvaise intelligence des princes ». Après cette critique indirecte à l'adresse des chrétiens, dont la division faisait la force des musulmans, comme la nuit est venue, ils vontse coucher et, le lendemain, se rendent à Calary. Ainsi finit, avec le livre IV, la première partie de Scanderberg.
Seconde Partie Livre cinquième. — A Calari' Oranzar visite « Stratonique, princesse de Sardaigne », à qui il raconte sa rencontre « d'un homme extraordinaire» par sa beauté, sa taille, son esprit, ses connaissances, sa modestie. Stratonique veut le voir et en devient amoureuse '. Elle prie