‹ Urbain ChevreauChapitre 124 sur 371 · II a bien vite et bien étrangement changé d'idée · texte numérisé non relu

II a bien vite et bien étrangement changé d'idée

7. Moyen commode d'éviter tout embarras et toute complication.

8. Entre autres cluises, il lui a demandé insidiensenieut : '< si un amant doit consentir à l'éloignement d'une maîtresse " ; mais la Princesse, devinant le motif de celte question, a déclaré ne pouvoir décider. Ces sortes de questions étaient dans l'usage des sociétés galantes,

même présent de son portrait « enchâssé dans nne lioîle d'or, enrichie de chaque côté de quatre diamants en triangle d'une valeur inestimable ». Je l'accompagne chez les Celtes où elle est reçue avec transport. Vercingéloiixme comlilede richesses et d'honneurs; mais d'autrespensées empêchent llermiogène de lui envoj'cr demander sa sœur en mariage. César avait chassé les Helvétiens et battu Arioviste avec l'aide de Vcrcingétorix Mous deux ne tarissaient pas d'éloges l'un sur l'autre. ■Cependant Vcrcingétorix, s'apercevant que les Sequanais, les Mandubiens et les llariides n'avaient fait que changer de maître, décide de chasser les Humains des places fortes et, secondé par Hermiogène, qui lui envoie 300. UOO hommes, les l'cfonle en effet « dans leur province ». Devenus alliés, Vcrcingétorix et llermiogène vivent ensemble à Gergovia \ où le prince passe ses jours auprès de Clidamire, emplo^-ant en outre ses nuits « à songer à elle ». Un incident vint le désespérer. Etant entré à l'improviste dans la chambre où Clidamire dormait, fatiguée du bal qu'elle lui avait donné et de sa promenade du malin, il fut vivement congédié parla princesse endormie, qui le prit pour la servante dont elle venait de se débarrasser '. Sans pouvoir la taxerd'inconstance, d'ingratitude ou d'incivilité, llermiogène était navré. Retiré dans un caiiinet sombre, an bout d'une sombre allée, il fait h son serviteur cette déclaration recherchée et subtile : « Je ne puis pas dire qu'elle est inconstante, pour ce qu'elle ne m'a point engagé sa foi ; je n'ose pas dire (lu'elle est ingrate, pour ce que je ne l'ai jamais obligée et j'aurais tort si je la croyais incivile, [luisque j'ai fait toule la faute et que son rejios me devait être plus cher que le mien )). Nous sortions pour préparer notre départ «dans la Caule Belgi(]ue ' », quand nous vîmes la Princesse seule au bout d'une allée avec Stéronice, sa plus chère confidente. Cachés dans un pelit bois, nous renlondîmes, mollement étendue sur un siège de gazon et de mousse verte, avouer à sa compagne son amour, auquel elle n'osait se livrer. Ensuite elle

1. Il est liiini Piilcnilii une fois pniir toutes que, dans tout le roman. Chevreau, usant rie son ili'oit, uioiliric, selon ses vues ou son ea|ii'iee, les ilonnées lie l'Iiisloire, loul en y restant fidèle dans l'ensendile et dans les ivsullals définilifs. 11 s'est l)eaneou|) servi des Cunimcnlnircs ilr Ci-siir [tonv erlle giifiiT cnnlic Arioviste, les Uelvfrtcs et Vercingélorix.

2. Cenjoi'in, la eapilale des Arvernes, idait à six Lilonii'-Ires environ de la ville actuelle de (^lermout-lMM-rand.

3. Nous le Irouverious aiijiinnlliiii fnrl nvi' ; mais, à celte i'|mii|im', oji adnii'lhiil. dans le eode galant, ce f;enri' dr \i-ilrs iiialiiialcs. ({ni cl.'iicnl nu.' laç.iri de n-ridre ses devoirs à sa maîtresse.

'i . (;'esl une de< Ir.iis divisions de la Caide (llrh/icd. Crllira. Aiiiiilditia) adoplées l)ar César.

partit. Convaincu rjuc la Princesse parlait d'un rival. Hermiog^ène allait demander des explications, lorsque Vercingélorix parut et, le voyant triste, lui proposa une chasse. Sa tristesse persista malgré la présence de la Princesse, et, le soir venu, il ne rendit pas sa visite accoutumée. Le lendemain, froideur des deux côtés; le premier par respect, la seconde par vengeance. Vercingétorix en est troublé. Snr ces entrefaites César, ignorant la présence du roi des Belges à Gergovia, envoie à Vercingétorix l'ordre du Sénat de ne pas le secourir. Hermiogène voit en César un rival et, malgré les protestations de Clidamire, se retire, comblé de bénédictions et accompagné par la noblesse (( jusques au delà des Man' dubiens' ». Il rencontre César à Bibrax% blesse Labienus, prend une enseigne, reaverse, puis prend en croupe César et, a\ant promis à la Princesse de la respecter dans son rival lui-même, renvoie celui-ci avec un cheval. Si César n'en a rien dit dans ses Commentaires, il rapporte le fait dans ses Kphémérides'.

Cassie interrompt Leucippe pour regretter la générosité d'Hermiogcne, qui. en donnant la vie à César, la ôléc à tant de citoyens, puis l'engage à continuer son récit.

Hermiogène avec « 6000 hommes et 2000 chevaux » poursuit les Trévirois ' et en tue plus de 1800 ; mais son camp est surpris par César, Labienus est délivré ; il ne se sauve que trois sénateurs sur 400 et, de 2o0.000 Belges, il en reste à peine 500 en état de combattre. César expédie à Hermiogène deux tribuns pour lui offrir l'alliance, à condition de ne pas assister Vercingétorix \ Il refuse malgré ses amis et les tribuns lui remettent alors celte lettre.

César au Roi des Belges. — Les Romains ont eu tort, comme les Grecs, de prendre tous les autres peuples pour des Barbares. La vertu vous est si naturelle que vos sujets doivent vous estimer nutant que

1. Ce petit peuple occupait un pays vnisiu de celui des Edueiis et répondant à peu près à fAuxciis (Cùtc-dOr). Sa ville principale était Ak-xiti.

2. Cet oppidum des Renies était situé entre Laon et la rivière de IWisne, aujourd'hui Vieux-Laou (.\isne).

3 Nous ifrnorons quelle? sont ces Eplu-merii/ex dont veut parler Chevreau : à moins qu'il ne s'agisse des lettres île César au Sénat, sortes de rapports rédigés sur des peliles pages superposées et dans la forme d'un journal, au lieu d'être écrites, selon l'usage, dans tonte l'étendue des feuilles. Huant au fait donl parle Chevreau, il est consigné par Servins dans ses commentaires sur l'Enéide, 1. XI, v. li'i.

i. Ce peiqile important occupait le liassin inférieur de la Moselle {Oucliê de Ltixciubiiurij, f'iiissp et Hiiiiere iltrnane). sé|)aré de la Germanie par le rihin.

.">. Ici Chevreau assimile les Belges aux Homains.

li. Nous Stivons qu'ils avaient tait la même défense à Vercingétorix coiuTrnant llerraiogcne. C'est toujours l'application de leur maxime favorite: Diviser /xnir rvifner, empêcher toute alliance redoutahle, maintenir les peuples dans l'isolement.

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leurs dieux. Mes tribun-, après vous avoir instruit de mon dessein, vous assureront que je ne suis votre rival ([ue pour In gloire, non pour l'amour de Clidamire. Je vous dois la vie et je m'efforcerai, (]uoi (|u'il arrive, de m'en rendre digne et d'en proliter pour « vous servir partout de ce que vous m'avez donné ».

Hermiogène ravi envoie par moi cette réponse à César.

Hermioghie roi des Belges à César. — « Vous remerciez de meilleure grâce qu'on ne vous oblige et quand ma générosité serait aussi grande que vous la représentez, elle serait toujours moins belle que votre louange. Il est avantageux d'être bien auprès de César, pour ce que son opinion fait la voix publique et qu'on ne peut acheter son estime que par la vertu ». Mon lieutenant-général Leucippe répondra par mon ordre aux propositions que vos tribuns m'ont fait entendre et vous assurera « que je regarde votre amitié comme le seul bien qui me manque... »

11 ordonne à Leucippe de remercier César pour le renvoi des cinq cents prisonniers Nerviens et de lui dire qu'à part l'abandon des Celtes qu'il ne peut accorder, à cause de la princesse, il consentira à tout. La lettre de César et celle d'Hcrmiogène étaient écrites en grec, langue employée par les Druides '.

Dans une entrevue, les deux chefs s'embrassent et concluent que César attendra un ordre exprès du sénat pour résoudre la guerre contre Vercingétorixctqu'Hcrniiogène lui donnera « passage contre les peuples qui sont au delà du Rhin ». En réalité. César craignait d'être pris entre Vercingélorix et Hermiogène. Ceux-ci passent huit jours ensemble et Vercingélorix se retire ensuite, laissant Hermiogène encore plus amoureux et plus désespéré.

Cependant César porte la guerre dans l'Ile de Bretagne, qu'il soumet malgré la résistance de quatre rois; puis se retourne contre Vercingélorix, « dans une saison où les rivières étaient cachées sous la glace, où la campagne était noyée de torrents et les forêts couvertes déneige ». Vercingétorix brûle plusieurs villages, (( pourôterà César le moyen d'en tirer des contributions et des vivres » ; mais épargne .\varicum, à la prière de ses soldats. César vient l'y assiéger, prend la place, puis campe devant .\lésia.

1. Ola n'i'îil vrai r|uepi)iir l'i-rriliin'. Li's dniidi-s parlaiiMil lesHiilois; mais, n'nyiint point il'i'tTilinr natinnaie, ils cmpliiyaii'iil, an liMiinigna^'r de Ccsni' (I. 2'.* ; VI. Il), les caniclcTcs jjrcis piiir liarisriirr le f;aiiliiis dans li's acies |>ul)lics el nirnir pr-ivrs. Slralion, ninli'rnpDrain de Crsar, li' dit anssi ((iroHi-apliic, IV). l'n fjrand nonilirc de nirdaillcs. ainsi (pn' dos iMsri'iplinns Ironvri's, à Vaisini, anx iMivirnns de Ninics et ailleurs offiunl un Icxlc gaulois écril eu Irlties grecques.

A ce moment Hermiogcne, qui avait été retenu au lit par une maladie de trois mois, se lève malgré les médecins, pour secourir le roi des Celtes. Arrivé sur les derrières de César, il retombe malade. César en profite pour attaquer son camp : il veut combattre malgré sa faiblesse ; mais les Romains avec Labienus nous entourent et Hermiogène est porté dans le camp de César.

Pansé et logé dans une belle tente, il s'endormit. Quand il se réveilla, il était triste : il croyait avoir vu Clidamire. En ce moment celle-ci entra. Dès le soir, je savais par elle « que les gens de Césa^" l'avaient surprise, lorsqu'elle pensait se sauver cbez les Segusianais ». Elle essaie de consoler Hermiogène, qui n'accepte de vivre que pour aimer Clidamire « avec une passion raisonnable et violente», en promettant toutefois de ne pas être importun ', comme Clidamire le lui avait reproché, quand il était venu troubler son sommeil. On s'explique ; le malentendu cesse et le bon accord se rétablit entre les deux amants.

César, accompagné de Labienus et de plusieurs chefs, rend visite à Hermiogène, dont la maladie « a plus fait mourir de Gaulois que les armes des Romains » et qui aurait été vainqueur, «si la Fortune eût été du parti de la vertu ». Hermiogène le remercie et César se retire pour le laisser reposer. Clidamire ne consent à rester qu'à la condition qu'il parlera seulement des regards. Après deux heures environ, elle s'en va et je déclare à Hermiogène que, la veille, en le voyant porter au camp, elle « était tombée comme morte devant tout le monde et que j'avais même aidé à la faire porter dans sa tente ». Cet aveu remplit d'aise le héros.

Cependant une armée gauloise vient au secours de Vercingétorix, qui fait une sortie et manque d'enlever César. 11 est obligé pourtant de se rendre à ce dernier, qui conquiert toute la Gaule celtique et le royaume d'Hermiogène.

Ici Brutus interrompt le récit de Leucippe et l'on remet au lendemain « le reste de l'histoire ». Sans l'intervention de Brutus, nous aurions oublié le complot, dont Chevreau va juger opportun de nous rappeler l'existence.

Livre second. — De grand matin, Cassie vient chez Brutus, le fait lever et, le conduisant dans une galerie « ornée de tous côtés de tableaux et de statues », le conjure devant son aïeul Brutus et Lucrèce expirante de secourir la république « violée ». Brutus promet pour les « Ides de

t. Etrange promesse et bizarre reproche. C. 12

Mars ». Successivement les rejoignent Porcie, Junie et enfin Leucippe, avec « une dame qui ne leur était pas inconnue ». Arsinoé, dont on ne dévoile le nom que plus loin. Leucippe l'avait rencontrée par hasard entrant dans un temple. On la combla de caresses et on la retint à dîner : puis, on lui fit raconter son histoire, car « il était de la bienséance et de leur devoir de s'enquérir de sa bonne ou de sa mauvaise fortune ' ». Elle « commença de cette sorte ».

Histoire d'Arsinoe. — « La raison me défendrait de vous donner ici le tableau de ma vie et de ma fortune, si la même raison pouvait aussi me dispenser de vous obéir. » Cela ne l'empêche pas de faire un récit de 299 pages, durant lequel ne sera pas prononcé le nom d'Hermioghie. Le héros du roman ne figure que dans le dernier tiers de l'histoire qui se continue jusqu'à la page 618.

Je suis née, dit-elle, comme vous savez', d'Ariobazzane, roi de Cappadoce. Elevée à la recherche de la vertu, je fus estimée et aimée de plusieurs princes', notamment de Déjotarus, prince de Galatie, et de Nicomède, prince de Bithynie.Ce dernier, fastueux et brutal, se laissait commander par ses passions ; l'autre n'avait aucun défaut. Nicomède, pour venir à bout de moi, employa en vain les menaces, les prières, la dureté. Déjotarus. toujours aimable, ne faisait voir son ardeur que par des civilités continuelles, par des regards et par son silence '. Il me plut et, voyant que je l'aimais aussi, me demanda à mon père, « après deux années de soupirs et de services. » 11 m'obtint; mais, furieux d'avoir été évincé, Nicomède envahit la Galatie, prend quelques places et assiège la reine, mère de Déjotarus, dans Ancyre. Celui ci accourt avec quelques troupes, bat et prend Nicomède. puis le livre à mon père, qui le traite comme un vainqueur. Il en profite pour exciter ses soupçons contre Déjotarus et, un beau jour, laisse tomber aux pieds du roi une lettre dont voici la teneur.

« Tout autre que vous ne serait pas si longtemps en doute et ne balancerait pas dans le partage d'un bien qui est le dernier présent de la Fortune. Les degrés d'un trône pour être sanglants, n'en sont pas

1. Comme on le voit, il étail civil el honnête de o caresser » ses liôlcs, de leur prodifruer les embrassemenis ol de leur demander le récit de leur vie. Porcie et Junie ne manquent pas à ce devoir aupri''s de la nouvelle venue .Vrsinoé.

i. Personne ne l'a annoncée jusqu'ici, ni ne nous a donné sa généalogie.

3. « La cour, dit-elle d'une façon clio(|nanle pour nous, n'était i/rosse que de mes amants ». On est élonné de trouver cette expression sous la plume de C.lievrean, ordinairement si pudibond.

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