Ici encore il faut lire Arxinoé
peut se défendre'. Nicomède revient me demander de fixer le sort du malheureux Déjotarus, ce qui me confirme dans l'idée que Coraxc nous avait trahis. Que décider? d'un côté le péril de Déjotarus, de l'autre la brutalité de Nicomède et le ressentiment d'Ariobarzane '. Je résistai pourtant. Nicomède furieux me traita alors « d'infâme et d'impudique. » A ces mots, Déjotarus s'élance de la chambre où il était, Nicomède tire son épée ; mais elle est arrêtée par la pointe dans les replis de sa robe et perce les deux hommes, au moment où Déjotarus s'élançait sur l'imposteur. Coraxe et moi arrachons l'épée de leurs corps et les aidons à s'étendre sur mon lit, après leur avoir donné nos mouchoirs pour les appliquer sur leurs plaies Mais Déjotarus pousse à terre Nicomède que des gardes, amenés par Coraxe, transportent dans la chambre de la servante. Un chirurgien les soigne et j'ordonne de surveiller Coraxe, pour l'empêcher de fuir. Le roi, prévenu, vient me voir dans ma chambre, qui n'avait de désagréable que d'être déserte (remarque assez étrange') pour expliquer que, malgré les bienséances et la coutume des rois de ne jamais pénétrer dans une prison, Ariobarzane ait consenti à y entrer. Je lui demandai d'arracher des aveux à Coraxe par la torture et en effet elle avoua sa complicité avec Nicomède. On voulait la faire périr : j'obtins sa grâce. Mon père désabusé' essaya de consoler Déjotarus, qui refusa ses consolations, mais accepta les miennes. La jeunesse aidant, il guérit et rentra dans ses Etats, décidé à se venger par la guerre. De son côté, Nicomède ravage « tout le plat pays. » Guéri peu après Déjotarus, il avait déclaré qu'il trahirait encore les dieux par amour pour moi el se signalait par sa cruauté. Ariobarzane accourt ; mais il est pris par des cavaliers, qui « l'emmènent au camp de Nicomède. » A celte nouvelle, Déjotarus attaque Nicomède, le bat et, sans pouvoir s'emparer de sa personne, se saisit d'Ariobarzane. Je marchai vers lui. Pour m'épargner de la peine, il me prévint qu'il ferait la moitié du chemin et m'expédia cette lettre.
Déjotarus à la Princesse Arsinoé. — Je n'ai point d'armes contre un ennemi si redoutable que vous, belle Princesse, et vous n'en aviez
1 II convient <lc remarquer la réserve respectueuse de cet amant moiUMe qui, après s'être pudiquement retiré dans une autre cliamlire pour laisser reposer sa maîtresse, s'excuse d'injurier devant elle son indique rival.
2 Arsinoé insiste longuement sur ses motifs dl.ésitalion, pour bien monirerqu elle a été obligée d'agir comme elle agi, de manière à éviter à la fois la mort do Déjotarus, la brutalité de .Nicomède, le ressentiment d'.\riobarzane el la dénonciation de Coraxe.