‹ Urbain ChevreauChapitre 138 sur 371 · Euripitle avait dit {Phéniciennes o73-o7i · texte numérisé non relu

Euripitle avait dit {Phéniciennes o73-o7i

EtTOp yap âoîXE'.v ypr^ xupavvtoo; Tiép:, KotW.'.iTOv ào'.XEîv, T'à'J.Xa c'vjatëtiy -/plwv.

et Cicéron l'avait ainsi traduit (De Offtciis, III, 21).

.Nani si violandiini e>t jus, rp;ïnandi ;iralia, • Viulandinn est : aliis rotins pielalem colas.

D'après Suétone (César, \XX), César avait toujours à la bouche les deux vers d'Euripide,

Qu'il ne regarde point si, pour sa renommée, Il esl rougi de sang ou noirei de fumée : Si mille assassinats ou mille embrasements En seront les degrés ou bien les fondements ; Si ses jours y seront glorieuN et calmes El s'il doit être fait de cyprrs ou de palmes.

Rien à dire de particulier sur les cliapitres VI et VII : Des princes qui ont été employés par leurs ennemis à des offices honteux et d'autres qui en ont été ti'aitcs indignement. Des grands hommes qui ont mieux aimé se donner la mort que de souffrir la cruauté de leurs ennemis ou le regret de leur infortune. Les vers français y sont remplacés par des vers italiens et par une citation espagnole, preuve à la fois de l'érudition et des connaissances polyglottes de notre auteur. \ noter pourtant une certaine affectation dans les phrases, notamment dans celle ci, où l'on dit de la mort, (( que l'ignorance la craint; que la timidité la fuit; que la folie la cherche ; que la sagesse l'attend et que la fureur se la donne ».

Rien que de banal dans le chapitre VII, Des grandes Armées qui ont été défaites par les petites. Scanderberg, le héros d'un romande Chevreau, y figure avec Hunyade et Mathias Corvin, comme ayant tenu les Turcs en échec.

.\u sujet des Parthes, dans le chapitre X, Ueceu.r quiont clc vaincus cl tués de leurs ennemis, après en avoir eu la victoire, citons ces vers, car ils le méritent, tant par la pensée que par l'expression :

On arrive à son but par des roules contraires ; Quelques coups dans les corps ont guéri des ulcères ; Nos plus fermes plaisirs naissent de nos douleurs, El tel moissonne on ris, qui n'a semé (]u'en pleurs'. C'est ainsi qu'on en voit, si l'on en croit l'histoire, Qui par leur désespoir ont rehaussé leur gloire, Vaincu des ennemis qui les avaient chassés Et relevé parfois des trônes renverses,

et. à l'occasion du meurtre de Xanthippe par les Carthaginois qu'il avait secourus, ceu.v-ci, qui ne sont pas moins beaux, dans le chapitre X, Dr, ceu.T qui ont été tués par leurs alliés, par leurs sujets, par leurs gendarmes et par leurs parents :

On peut parer les coups du sort par la raison, Mais on ne peut parer ceux de la Irabisnn. La tempête menace et Ions ces grands orages. Que nous craignons si fort, précédent les naufrages.

1. ('.'P5t lin |irii la pi'iisi'c (lu /'xiiliinsle: « Uni soiiiirianl iii liu'ryinis. in rxiillaliiirip mptcnl '■. Oïl lit rf;iilrTii(Mil, ilaiis VHrulc ilii .Sni/e de iiolre luitcMir (ttl, C, ;t3.'>). (pie. » pour moissonner en ris, it est uécessuire de scincr en larmes ».

L'eau n'est pas tout d'un coup dans son débordement.

La fumée, à l'abord, prédit l'embrasement.

Un cditice crève avant qu'il soit à terre,

Et l'éclair pour le moins devance le tonnerre.

Mais un traître toujours nous prend à l'impourvu ;

II frappe à son dessein plus tôt iju'on ne l'a vu ;

Il exécute tout avant iju'on le soup(;onne,

Et sait donner la mort du premier coup qu'il donne.

Après avoir cité plusieurs exemples de trahisons funestes, Chevreau annonce, comme il suit, qu'il va changer de sujet: « Nous verrons les larmes que les princes ont versées avec moins d'effroi que le sang qu'ils ont répandu et nous aurons plus de satisfaction à décrire leurs malheurs qu'à nous entretenir de leurs crimes ».

11 traitera donc Des Malheurs arrivés aux Princes, aux Courtisans, aux Savants, aux Dames et à toutes sortes de personnes par diverses aventures.

Le TROISIÈME LIVRE Comprend douze chapitres. On peut y distinguer cinq parties.

D'abord Chevreau s'occupe des Princes l" réduits à une pauvreté honteuse : 2° qui ont été heureux ; 3° qui ont été massacrés où leur vie devait être le moins en danger ; 4" qui ont été traités avec beaucoup d'injustice des républiques qu'ils avaient servies avec beaucoup de fidélité : 5° qui sont morts par des aventures étranges ; 6" qui sont morts de joie ou de mort subite ; ou, 7", qui ont peu régné. La longue liste de ces souverains et de ces hommes illustres (car il y a plus encore de ces derniers que des autres), allongée aux chapitres VI et VII du nom de quelques femmes et agrémentée de deux poésies italiennes aux chapitres III et IV, ne nous apprend rien. Quant aux maximes qui l'accompagnent, elles se maintiennent dans les banalités ordinaires sur la Fortune et la Mort.

On peut en dire autant Des Malheurs des flatteurs et des favoris, qui occupent le chapitre VIII ; des Malheurs des aventuriers dans les tournois et des duellistes, sujetdes chapitres IX et X ; des Malheurs qui sont arrivés aux savants, notés au chapitre XI ; enfin des Malheurs arrivés aux dames considérables par leur vertu, par leurs dignités ou par leur naissance enregistrés au chapitre XI 1. Quelques remarques cependant.

Le chapitre VIII s'ouvre par une longue citation espagnole et une charge contre les flatteurs caméléons, girouettes, Protées. Un peu plus loin, douze vers italiens. Au chapitre IX, on trouve les expressions lances marnées, épées rabattues, estour, behourdis, usitées dans le tournois et

l'hisloire abrégée de ces derniers ' . Au chapitre X, la rencontre d'Etéocle et de Poly nice, celle des Horaces et des Curiaccs sont rangées parmi les duels. Voici la conclusion de l'ouvrage. « Puisque nous avons vu, par la décadence des plus beaux empires, par la ruine des plus grandes villes et par les malheurs de tant d'illustres personnes, que la vaillance, la grandeur, les richesses, la science et la beauté sont des biens périssables ou nuisibles, nous pouvons croire, sans nous tromper, qu'il n'y a rien ici-bas qui soit à l'épreuve des outrages de la Fortune ; que notre bonheur devient souvent notre fléau et qu'il n'y pas quelquefois plus de raison de souhaiter la prospérité que de la craindre.

Ego Deus et non mutor. Malach. 3'.

Sur ces quelques lignes, qui résument le sujet traité, se termine le Tableau de la Fortune,

Comme on l'a vu par l'exposé rapide ' que nous venons de faire. Chevreau introduit çà et là, mais surtout au commencement et à la fin des chapitres, des réflexions philosophiques et morales. C'est un élément précieux de variété qui, avec les passages espagnols, les vers italiens et les poésies françaises de Chevreau, évite la monotonie et la froideur d'une série continue de faits ou de personnes célèbres, en môme temps qu'il témoigne d'une àme éclairée et saine, éminemment religieuse et pratique. De plus, la multiplicité des exemples cités et des renseignements fournis prouve abondamment la science de Chevreau. Aussi comprenons-nous que cette compilation historique ait commencé, ainsi que le prétend Michaud (Hioiiraphic unicersclle) sa réputation d'érudit.

Elle fut très bien accueillie, puisque les libraires demandèrent à qui mieux mieux l'autorisation de la publier et ([ue, dans l'exlrait du Privilège en faveur du libraire Jean Guignard, il est dit que ce dernier « a associé avec lui Guillaume Loiimn, Pierre Dacid, Jean Hénaiilt. lùlme Pépingué, Jean-lSaptiste Loyson, Michel Ihibin et Charles de Sercg ». Elle fut même traduite à son tour en hollandais. Les frères Parfaict ont donc eu tort de dire que (( c'est un livre ignoré et qui mérite de l'être ».

1. Nous avons (Ic'jfi dit quoce ch.apilro ol In suivant avaient i-ti- ajoutés postiM'icurcment il la prominrc rdiliou de lOii et qu'ils avaient amené un léger fliaiigemeut dans le tilre de l'ouvra};!'.

2. l'assage de Maliirliii; le douzième ri doniior des pi'lils pro|iIièli'S lii'hreux. (v. 412 av. .I.-C). Dans sa /'ru/iliclii', en trois ehapilres très prosaïciiu's, il reproelie aux Hébreux U^ur eorruidion ol auuonce la venue du Afcssie et de sou préeurscur. On l'a parfois confondu avec A.'.sy//v/s, gouverneur de .luilée, que Naliueliodouosor fil périr après la prise do .lérusalem (;i87 av. .T.-O.).

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