‹ Urbain ChevreauChapitre 140 sur 371 · II. — L'Ecole du Sage · texte numérisé non relu

II. — L'Ecole du Sage

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L'auteur anonyme de la Vie de Chevreau a soutenu à tort que le succès de la traduction des Co7isidérations fortuites de l'évêque anglais Joseph Hall avait poussé notre auteur à composer l'Ecole du Sage. Celle-ci parut en effet deux ans au moins avant les Considérations, en 1646, chez Nicolas de Sercy, et même, selon l'afTirmation de Moréri, fausse d'ailleurs, dès 1645 ^

La dédicace est envoyée à M. DE Salis, « seigneur de Marchlins, capitaine au régiment des gardes suisses et grisonnes'. »

En 1664, une a dernière » édition de l'Ecole du Sage, celle que nous étudierons est dédiée à Mme la Comtesse de la Size '.

Les deux Epitres dédicatoires exaltent à la fois la noble naissance et les éminentes qualités des personnes à qui elles sont adressées. Elles ne sortent guère de la banalité et de l'emphase habituelles.

Dans les deux Avertissements au Lecteur, Chevreau déclare qu'il n'a pas fait « un Sage égal à Dieu, comme celui des Stoiques » ; mais qu'il a accommodé ses préceptes aux forces humaines, joignant à son raisonne-

1. Ainsi au lieu de « Dès hrs qu'on veut porter une illustre couroime » on lit a AInrs qu'on veut... ».

2. Moréri a sans doute été trompé par la date du Privilège, qui est du 28 août 164"; et celle de l'Achevé d'imprimer, qui est du 1" septembre de la même année. L'édition de Lyon, 1664, renferme, au lieu du f'riiili'ijp. qui conférait un droit exclusif de publication et d'impression, une /'ermissioii, suffisante pour les ouvrages déjà gratifiés d'un Privilège du Roi.

3. Ulysse de Salis (li)9i-1074) maréchal de camp et gouverneur de Coni, ne méritait pas cependant les éloges excessifs de Chevreau, peut-être reconnaissant de l'approbation déjii donnée par ce seigneur à « l'ébauche » du Sage, dont il lui offrait maintenant le « portrait ».

i. Henriette de Coligny, comtesse de la Suze, née en 1625, s'était mariée, en 1613, à Thomas Hamilton ; en 1647, au comte de la Suze. Le premier était pulmonique ; le deuxième borgne, ivrogne et endetté. Elle obtint la cassation de son dernier mariage, eut quelques aventures et s'adonna à la poésie. Les beaux esprits du leinps célébrèrent à l'envi ses louanges, tant en prose qu'en vers. Conrart. Chapelain, Cotin, Charleval, Costar, Chevreau étaient de ses amis. Elle mourut en 1673.

Traites de morale 903

ment l'autorité des Pères et des Ecritures. Le titre qu'il a adopté a pour but de montrer la route suivie ou à suivre pour devenir sage. Il sera heureux, que sa peine soit utile ou non, d'avoir montre au lecteur le bon chemin. Enfin, sur les trois livres que comporte son œuvre, le premier tout entier est traduit ou paraphrasé de J. Hall'. Le !«■■ chapitre du second est imité de Meurse ; le reste est de lui.

Le second avertissement, plus précis que le premier, nous dit en outre, que Chevreau s'était livré à des études religieuses* et avait composé « des Traités particuliers sur quelques idées de la morale chrétienne » qui, unis à ses imitations, constituent l'Ecole du Sage.

Notre intention n'est pas d'étudier dans tous ses détails cette œuvre, dont l'originalité est assez faible', puisque plus du tiers est tiré de Joseph Hall ou de Meursius et que le reste provient de réflexions suggérées par « la lecture des Conciles et des Pères de l'Eglise' ». Nous nous bornerons à un aperçu général et critique, accompagné de brèves citations et de comparaisons utiles, surtout dans la partie de l'œuvre qui appartient plus particulièrement à Chevreau.

Le premier livre comprend 24 chapitres, dont 9 sont consacrés à peindre les ca/'ac^t'/'es f/es rertus et les autres ceux des vices'' ou, plus exactement, à tracer les portraits des vertueux et des vicieux.

Parmi les premiers, on étudie successivement le Sage, l'Homme de b'ien, le Vrai Clirclien, l'Humble, le Vaillant, le Patient, l'Ami, le Noble, et le Bon Magistrat.

1. Sans doute d'après une version latine, Chevreau ignorant l'anglais (V. C/ievraeana. t. Il, p. 354).

Joseph Hall (1374-1636) fut évêque d'Exeter, puis de Norwich. C'était un liomme d'esprit et de savoir. On a de lui des satires mordantes contre les vices de son époque (Virgkleniiarnm libri), un livre sur les mœurs des diverses nations (.l/Hiirfus «//er), des Lelires im'lées, des Coiisolalions, Sermons, Cumiiieiilairt'S, Médilationn, etc., qui l'ont fait surnommer « le Sénéque d'.\ngleterre ».

Jenn de Meurs, Meurse ou Meursius (1379-1641) est un savant hollandais.

2. Ce sont, sans doute, les études qu'il avait faites, lorsqu'il songeait à embrasser l'état ecclésiastique.

3. Quoique Chevreau prétende avoir, même dans les endroits empruntés, beaucoup mis « de son bien ».

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