‹ Urbain ChevreauChapitre 144 sur 371 · Boileau parle (Epiires, XI, v. 82) de · texte numérisé non relu

Boileau parle (Epiires, XI, v. 82) de

... l'cimuveux loisir irun niorlol sans l'-luilo.

a La paresse, déclare Franklin, comme la rouille, use plus vite que le travail La clef qui sert est toujours brillante ». {Sagesse ilii huii/inniinf Hiihiinl).

ronge et la Yenqeanrc le déchire. Celle-ci a divisé les Républiques, les cités et les individus : c'est la plus criminelle et la plus lâche de nos passions. II faut la dompter.

Il faut aussi garder toujours la mémo humeur dans la lionne et la mautaise Fortune' ; faire preuve de libéralité et de douceur ou de ;7«/ie/ice et de courage, sans oublier combien précaire est notre situation.

La Corruption du siècle est grande. La vertu semble nous faire peur. On cherche la réputation dans le crime. La nature est changée. Elle ne peut plus rien produire de bon ni de sain, à voir le nombre prodigieux de monstres qui meurent et qui naissent tous les jours' ». Le chapitre se termine par ces mots ; « Après avoir montré, dans le premier livre, l'horreur du vice et la beauté de la vertu ; après avoir traité, dans le second, de ce qui nous peut tromper et nous instruire, de ce qui peut nous épouvanter et nous corrompre, il est temps de parler du profit qu'en tire le Sage et de nous entretenir avec lui de ses desseins, de ses mœurs, de ses qualités et de son étude )).

Ainsi, après avoir présenté un tableau séduisant de la vertu, une image répugnante du vice; après nous avoir mis en garde contre les causes d'erreur et de corruption, Chevreau déclare qu'il va donner la manière de régler sa vie, pour en tirer le meilleur avantage et assurer son repos dans ce monde.

Livre troisième. — C'est également en neuf chapitres que notre auteur traite cette nouvelle partie, en mêlant heureusement les conseils aux sentences, la prose aux vers et en marquant avec précision les qualités essentielles qu'il faut posséder pour assurer le calme et la noblesse de sa vie.

Après avoir posé tout d'abord en principe, que la Crainte de Dieu est la première maxime'^ de la rie du Sage, et qu'il doit avoir pour double

1. On a bien des fois étudié les effets de la bonne et de la mauvaise fortune sur le caractère et la conduite des gens ; bien des fois aussi on arecommandé de montrer, en toute circonstance, une parfaite égalité d'àme (Cf. Horace, Odes, II, m, v. 1-i).

2. Ils sont rares ces âges d'or, ces siècles fortunés, où la richesse et le bonheur sont le partage de tous ; où le méchant seul est dans les larmes. Généralement on se plaint de son siècle, dont on explique les malheurs par la corruption, et (ju"on oppose à la pureté antique de plus en plus délaissée (Cf. Horace, Odes III, VI. v. 33-36). .Vrislophane et Tacite. Dion Chrvsostome et Cicéron, Euriiiide et Sénèque. Guyot, d'.Vubray, La Boétie, Pascal, Bossuet, Rourdaloue, Massillon, La Rochefoucauld. La Bruyère, Vauvenargues, J.-.i. Rousseau, Auguste Barbier, V. Hugo, etc., on critiqué de même leur époque.

3. L'édition de Paris KJOi porte, par erreur, a manière » au lieu de «i maxime ». Ailleurs. Chevreau écrira à son élève, le duc du Maine (Œuvres mêlées, I" billet mêlé, V. 1, p. 153).

Craignez Dieu, respectez le Rui.

fondement de son existence « d'aimer Dieu de toutes ses forces et d'aimer son prochain comme lui même », il passe à lobjet de son Etude, qui est la connaissance de soi-même '.

Il parle ensuite de la Charité discrète du Sage ; de son Indifférence pour les honneurs, les richesses, les plaisirs ; de sa Force pour assujettir ses sens à la raison et les garantir de tout contact honteux; de sa Cons tance inébranlable devant les malheurs, les maladies et même la mort ; desa Prudence, qui lui fait mesurer sa volonté à son pouvoir, se consoler de ses déboires, se défier des fourbes et se confier à ses amis- ; de sa Conversation, qui « apprend plutôt à bien vivre qu'à bien parler » ; enfin de la Tranquillité de son /is/*r/?, affranchi des opinions vulgaires et trouvant « sa seule satisfaction dans son espérance, son bonheur dans sa vertu, sa gloire dans sa force, son repos dans son devoir et sa récompense dans ses oeuvres. >> ^

Ici se termine l'Ecole du Sage, édition de 1646 (Paris, chez Nicolas de Sercy)*. L'édition de 1664 (Paris, chez Jean Cochart) renferme en outre une Secondepartie, composée de sept chapitres, extraits des sermons de Joseph Hall ' et encore bien moins originaux que ce qui précède.

Us parlent : De la raine lîloire etde l' Ambition , qui nous empêchent de regarder vers le ciel, d'où vient la seule gloire véritable et de songer à nos misères"; de la Colère, qui tourmente et aveugle ceux qu'elle domine "; de la Vanité et de la Brièveté de cette vie, qu'on doit consacrer à Dieu, sous peine de « mourir dans la plus noire et dans la plus cruelle de toutes les ingratitudes » " ; de la Patience, avec laquelle il faut

On a dit 11 la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse » et Joad s'écriait : Soumis avec respnct à sa volonlé sainte. Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

(.\thalie, acte I, se. I. v. G3-64).

i. rvtbôi uEot'jTÔv. recommandait Socrate ; itpô<iï-/£ irEauTiû, disait Saint Basile le Grand, d'après le Deutéronome (XV, 9).

2. La Prudence dont il est ici question tient à la (ois de la pn- voyance, de la sagesse, de la science et de l'esprit iiratique. L'homme prudent, selon VKcole du sage, saura d'avance et t\ fond ce qu'il doit faire et ne se laissera jamais surprendre par un événement inopiné.

3. Ce chapitre est comme le résumé des précédents ; il constitue à lui seul la Hecunde Partie dans l'édition de Lyon I66i.

4. El aussi l'édition de Paris lGii2, dédiée à la comtesse de la Suzc (chez Charles de Sercy).

8. Ainsi qu'en témoignent certaines phrases, dans lesquelles le prédicateur s'adresse directement à son auditoire.

6. Bossuel a développé magnifiquement le même théine dans un sermon du 19 mars 1662.

1. Ira furor brevis est, dit d'Horace (A'/yiVrps, I, ii. v 62). Sénéque a fait un traité en \i livres de Ira. Ici, malgré le litre de ce cluipitro, il n'est guère question de lu l'ulere que vers la fin.

y. Sénèque a écrit De brevitiile vitœ.

supporter les peines, tirant avantage (^e ses malheurs et, sans murmurer, laissant à Dieu le soin de remédier à nos maux' ; delà Pénitence, qui rend aux âmes criminelles leur premier éclat ' ; de l'Envie, plus nuisible que l'adultère et à laquelle nous échappons par la Foi et l'Espérance.

Le chapitre V manque'. Y a t-illàune simple erreurde numérotage et la seconde partie ne comptait-elle que six chapitres au lieu de sept? c'est possible, étant donné le peu de soin apporté, en général, aux œuvres de Chevreau '■ Peut-être aussi ce chapitre, qui traitait du Blasphème et du Dernier Commandement de Dieu % at-il été supprimé après coup à cause de son caractère scabreux ou pour toute autre raison". On ne saurait rien affirmer avec certitude.

Dans l'édition de l'Ecole du Sage publiée à Lyon, en 1064, chez Jean Girin et Fr. Comba, on trouve, à la place du neuvième et dernier chapitre du troisième livre, un traité tout entier formant une Seconde partie et intitulé De la Tkanquillité de l'esprit. Il comprend vingt-huit chapitres empruntés, comme ce qui précède, à Joseph Hall'.

« Surpris d'envie et de pitié tout ensemble ' », en voyant les païens s'efforcer ingénieusement de consoler les plus malades, de remettre les plus égarés et de rassurer les plus timides, pour n'arriver en définitive qu'à faire naitre dans l'àme le trouble, le désordre et l'inquiétude, l'auteur soutient que la Nature ne peut rien sans la Grâce et que les deux premiers ennemis de notre tranquillité sont « la conscience ou le souvenir

1. Le mot Patience a été, en un cerlain endroit, remplacé à tort par Prudence.

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