‹ Urbain ChevreauChapitre 172 sur 371 · DEMARQUES SÛR LES POESIES DE MALHERBE · texte numérisé non relu

DEMARQUES SÛR LES POESIES DE MALHERBE

porte un jugement sur des phrnses peu correctes ou susceptibles de diverses interprétations et donne son appréciation sur certaines rimes ; mais il le fait ordinairement avec sobriété. Malgré tout les digressions ne manquent pas et nous en rencontrerons d'autres. Notons toutefois qu'il ne s'occupe guère de la facture du vers, ni des règles de la versification, peut-être parce qu'il ne trouvaitguèreàreleverdefautes chez Malherbe, si sévère en ce point; mais qu'il se contente de signaler ce qui, dans les mots et les tours, peut froisser un esprit délicat, ami de la noblesse et de la correction. Il arrive cependant qu'il se montre d'une rigueur excessive; ainsi pour Accnliireu.r, Clore, i'aillir et /'/(u\ qu'il rejette d'une façon trop décisive et dont l'emploi est encore autorisé aujourd'hui, comme d'ailleurs celui de plusieurs autres que nous avons signalés. On dit, en elïet, un esprit ai-entureii.r, clore une discussion, ils ont failli tomber, un (lux de paroles.

Les Remarques sont plus nombreuses et plus étendues au sujet des MOTS, dont Malherbe « change la signification i:t dont il semble avoir IGNORÉ l'usage », tcls que Déplorable pour Détestable, Contrainte pour Violente, Effroijablc pour Redoutable, .iccroitrc pouv Hausser, Vers pour Envers, Mieu.r pour Darantage, Comme pour Comment, (Hisse, Plaindre pour se glisse, se plaindre : l'oison, Contrepoison, Navire, Doute, mis au féminin; Premier que de faire pour Avant ijae de faire; Cependant que pour Pendant que ; A ussitôt comme pour Aussitôt que. Au sujet de ces différentes expressions. Chevreau fournit des indications générales basées sur l'usage ou, ce ifui arrive le plus souvent, se contente de les noter en passant, comme pour où adverbe, mis à la place de qui, lequel, laquelle, devant un nom de jiersonne'.

A l'occasion du vers

Soit la lin de mes jours contrainte ou naturelle.

il cite des Français, des Latins et aussi des Grecs, pour montrer que la mort, même naturelle est contrainte. Il prouve par un procédé identique qu' « effroyable est toujours pris en mauvaise part, quand on le dit des personnes » et qu'ailleurs « il faut se servir de redoutable et de terrible ». A la suite d'accroistre, il relève un solécisme dans eu.r-mème employé sans s au pluriel.

L'aulorilé de "Vaugelas, qu'il avait combntUie en ce qui iouciic aux épithètes (['effroyable et d'horrible, appliquées aux bonnes choses, lui sert

I. Il ])ai'li'ra encore de où dans les IJI:'ticci-s im-lres. |j|i. ilii-i.'lu, ii' hillet à

Î94 I/ECIUVAIN

à appuyer son opinion sur vas cL c//fcrs, différents l'un do l'autre comme erija et rcrsus en latin. Mais il ne le trouve pas assez net pour marquer la différence de comme et comment et, afin de préciser la remarque de ce grammairien sur II x'// a rien de tel, il n'y a rien tel, il établit cette règle i( qu'il faut mettre l'article de, quand un verbe précède rien et qu'il ne le faut point mettre quand il le suit », et aussi, qu'il faut dire si beau que et non pas si beau comme Caliste est belle. '

Des mots vieux, trop bas ou mal employés par .Malherbe, Ciievreau passe aux Particlles et .\D\EnBES, dont celui-ci .\ peu de soin (( qui ont une grâce merveilleuse dans notre langue et qui sont même absolument nécessaires ». 11 continue pour ainsi dire la remarque précédente, lorsqu'il critique semble pour il semble, raiit m ieii.r pour il caut mieux, que pour ce que et signale l'omission de l'adverbe pas ou son emploi au lieu de point, comme celui de dessus pour sur, dessous pour sous, dedans pour dans. Ici encore il s'appuye sur le bon usage, pour condamner chez Malherbe ce que celui ci condamnait chez les autres, ou que la régularité grammaticale réprouvait".

H revient alors aux Expressions peu nobles, dont il a déjà donné un certain nombre et aux Vers étrangement négligés. L'énumération des unes et des autres est fort longue, composée, pour la plus grande partie, d'exemples empruntés aux Alarmes (/e Saint Pierre, comme' : Va, laisse-moi... ra. déloijalerie (i±^' str. v. 127); que tu fu.'sses chez moi (id. V. 129) ; que rien finit sa foi (7" str. v. 39) ; rous fâchez leurrepos (41''str. V. 244) ; qlaiee contraire et plaignant deçà delà (48'" sir. v. 283 et 285) ; Mais quoi .' si peu de cas ne me rend satisfait (& str. v. 267) ; avait quitté sa bouche (8'' str. v. 43); relarder la cie, ma rie me fait consumer, ma rie me fâche, ma faute rient de ma rie (21'^' str. v. 121 12G); la douleur me fait arracher une plainte (o2 str. v. 312) ; des pas qui sont passes (o^<^ str. V. 313-318) ; sa parole se lasse et le quitte au besoin {(W str. v. 387) ; etc.

On pourrait continuer encore longtemps cette liste, qui occupe près

1. Il rcviciil sur cello douille iiidiciilinii dan? les llhjirres iiirlcrs. pp. 27i-27.'i.

2. l.'i'llipse (lu pronom iiersonnel, dn pronom démonslralif cl dos parlicnles pn.i d /»;i;i( t'Iail inli'idite par .Malherbe. Quant il l'emploi des advcrlies « composés • ili-duns:, ilessaii.'i, (/f.s-.vi/.v. Vaugclas ne rantoiUait, en leniplaeemenl des piéposilions ilans, .soii.<i cl .vus-, que quand il y avait de suite deux pn' pi isi lions conlraires ou non : itrildit.K ni (Irs.viiux la In-rc, dcilans ni ili-.ixuiix l'armoire cl quand il se trouvait une autre préposition devant : par ilexsii.^ /es boril.i. mais Tusafic éljiil encore flottant.

3. ExceplionnellenienI nous munpions ici les références, ipii foui-nissçnt \in moyen de n'conslilucr intégnilcmenl le passajre sifinalé et. par suite, de foiniulci' un un jufîcmcnl [dus mnlivé. Celle indication csl inolilc pour les locnlions tpii se suffisent à clles-niènn's.

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