REMARQUES SUR LES POESIES DE MALHERBE Î
de 26 pages dans l'édition de H)(iO. Mais ces exemples suffisent amplement pour montrer combien sont considérables les annotations de Chevreau ; combien son goût est difficile et délicat.
Toutefois il ne s'en tient pas à une sèche nomenclature de passages défectueux; il entre souvent dans les détails et fait de véritables dissertations sur les termes peu liomtctcs' : bander l'ire, cracher \ vomir, lacement, regorger, dégorger, excrément, écumer ; sur l'absence de l'article devant les noms de rivières ; sar goût pris pour regret, déplaisir' : sur parler le latin, le grec et même parler ruelle, cercle, cabinet, des pierres et du fer ' ; sur âge et siècle doré ou ferré ; sur nu d'épée et de courage; sur l'Hyperbole « figure insolente », qui ne lui plaît pas ', enfin sur ignorer Dieu.
Il profite de cette dernière expression, pour rappeler que l'usage, « législateur bien étrange et bien bizarre... autorise les fautes », « met en crédit les bagatelles et fait agréer tout ce qu'il approuve, n C'est l'usage qui veut que chaque langue ait son caractère particulier, ses privilèges propres interdits à toute autre et qui décide que la beauté de l'une est bien souvent le défaut de l'autre. Chevreau le prouve en citant les expressions aveugles de l'esprit, des yeu.r et des oreilles, admises chez les Grecs, insupportables chez nous''. Par contre, nous disons nager à fleur d'eau, voler à fleur de terre, ce que n'aurait osé dire uu Ancien.
Il semblerait qu'on dût lire ici des observations ayant trait à la constitution même du vers (césure, élision, enjambement, quantité, rimes), puisqu'on avait à s'y occuper des vers négligés. Un'en est rien. Peut être, comme nous l'avons déclaré un peu plus haut. Chevreau n'a-t il osé ni voulu insister sur celte technique rigoureuse, dont -Malherbe avait tracé les règles étroites et dans laquelle il était resté le « Maître » généralement reconnu et redouté.
De même, laissant à d'autres le soin « défaire des Lieux communs »"
1. M. Soiiriaii (Kcolulion du ii'/s français au W'II' su-rle, li, niili' i) déclare que l'étude de Chevreau sur ce point « e^^t très c miplèté. »
2. Il e?t encore c]uestion de ivor/fcr dans \es Œuvres nirlrcx. |i|i. ;ili-jlj et de bander l'ire. ilhSurres mélëes, pp. 487-;iUO, 8' et 0' billets à Le Fèvre.
3. Pour ces emplois de i/niil, Clievreau ne cite que deux exeniiites en prose (pp. 2o1-2;j2).
i. Chevreau critique ausr^l iiarln des /iierres, du fer, etc., dans les lUCurres mêlées, p. iiO, li' hillet il Le Fèvre.
.■;. Chevreau parle de Vf/i/perljnle dans son il' hillet à Le Fèvre {l/l:urrrs iurlee.<:, pp. oOi-oli).
6. Sur ce point, on trouve un rapprochement quelque peu dil'li'rent ilans les leurres imHees, pp. 31(>-;M7, 8' liillel à .Monsieur...
7. C'est-à-dire des développements généraux, de vagues dis.sertations sur un llième connu et souvent traité par les écrivains de tous les temps et de tous les pays.
Chevreau se contente de citer un certain nombre de plirases, qui nous sont « naturelles « et (ju'on ne saurait traduire fidèlement dans une autre langue, sans encourir le ridicule; ainsi ilrchaufiacr ses dénis ou un arhre, démanteler une ville, enfiler nu homme ou utie rue, etc.
Ensuite, retournant aux expressions impropres, il condamne: O'V qu'aillent tes barrières pour en tjuehiue endroit ept' aillent tes barrières ; dire pour chanter appliqué aux cygnes: érrirc d'un homme ; trouver de l'éternité ou de V immortalité en ijuelque ehose : reliques pris pour reste; ce roji a urne ou cet homme tragique, plein d'honneur et de biens, de mérites et de marques : la main de cet espiit farouche, quoique la plupart de ces fafons de parler soient usitées en latin ou en grec.
Il faut noter que, si, jusque-là, les critiques de Chevreau avaient spécialement porté sur les Larmes de Saint l'ierre, œuvre faible de la jeunesse de Malherbe, que l'auteur lui-même avait plus tard regrettée, ici et désormais elles embrassent toutes ses poésies, considérées chacune dans son ensemble ou dans quelqu'une de ses parties.
C'est ainsi qu'il trouve presque tout à blâmer dans les deux stances :
O soleil ! 0 grand luminaire !
et
Non, ni)n, lu lui.-; sur le eoupalile
de l'ouE suii l'.\ttkntat «commis e.n l.\ perscnne de Henhi le Guand, le 19 décembre KiOo, et qu'il reproche à Malherbe de parler galimatias ; d'attribuer à des personnes ou à des objets certaines qualités ou certains défauts qu'ils ne sauraient avoir; de méconnaître, en un mot, le génie ])arliculicr de notre langue, le tour spécial de notre esprit.
H n'aime pas l'erreur raqabonile du Soleil, malgré l'exemple de 'Virgile et d'Annibal Caro ; fertile de peines, au deçà de la rérilé, varires ou Muses braves, à la merci d'elle et du sort, oblifjer pour engai]er, dissoudre nn empire, etc. A toutes ces manières de s'exprimer il reproche leur obscurité, leur inexactitude et oppose d'autres expressions plus nobles, plus claires, plus précises.
Parfois cependant il se montre encore d'une sévérité outrée. Si l'on ne dit pas tarder, pour retarder la jouissance; croître, pour accroître le désir, tarder et croître étant des verjjcs neutres; à qui rien (/c l'autrui ne plaît ; l'eau calme pour .se calme: le fi itter pour la flatterie : il n'est pas interdit foruiellcmenl de dire doubler ses peines, le manner et le boire, ce lieu a quelque mérile, mon âme incertaine a, comme l'océan, son flux et son reflux, j'ai peu d'assurance cit la foi de cette personne, une èpée