REMARQUES SUR LES POESIES DE MALHERBE
vaUlanle. nos oreilles ont oui dire, voiler sa face, mellre une bride a sa fureur, la nuit est déjà proche, etc. Dans tous ces cas. nous aurions souhaite plus d'indulgence et, une conception plus large de la légitimité des emprunts faits par les Français aux autres nations. C'est par ces emprunts heureusement réglés et maintenus dans de justes limites qu'une langue s'enrichit de figures et de tours, qui viennent à propos augmenter son fonds primitif; qu'elle se rend capable d'exprimer les plus fines, les plus subtiles nuances de la pensée et qu'entre des mains délicates, elle devient un instrument des plus précieux.
Chevreau, d'ailleurs, le reconnaît lui même, dans la dernière partie de ses Remarques, où il traite de I'Imit.^tiox. Cette partie contient à elle seule quarante-cinq pages, c'est-à-dire près de la moitié de son étude. On voit très bien par là l'importauce qu'il y attachait. Du reste, elle lui fournissait une belle occasion de faire connaître comment il entendait l'introduction chez nous des idées et des tournures étrangères, en même temps que d'étaler son érudition, en montrant ce que Malherbe a tiré de la Grèce, (i de la vieille ou de la nouvelle Italie ».
En ce qui concerne I'Imit.ation par elle-même, il l'admet, pourvu qu'elle se borne aux meilleurs écrivains et à ce qu'ils ont de parfait. Elle a existé dans tous les temps « et, comme les Latins se sont enrichis de la dépouille des Grecs, les Italiens et les Français se sont parés bien souvent des richesses des uns et des autres ». Quant à Malherbe, il est aisé de voir ce qu'il doit à autrui.
Alors se succèdent les passages empruntés par lui à ses prédécesseurs anciens ou modernes, grecs ou latins, italiens ou français.
Ils sont au nombre d'une trentaine et roulent particulièrement sur la Guerre, la Pair. VAmour, la ypcessiléde lamort et, par suite. Vllpporlunité du jour de la vie; le tout entremêlé de considérations littéraires et d'appréciations grammaticales incidemment présentées, mais qui suffisent pour donner une haute idée du goût sévère, délicat et fin de notre auteur.
En terminant. Chevreau déclare que les Imitations, dont il vient de parler, ne sont pas toutes réelles. « Il y a des connaissances générales qui tombent dans l'esprit de tous les hommes », et deux hommes d'imagination égale peuvent concevoir la même chose sur un même sujet. La différence existera uniquement dans l'art de s'exprimer et « il n'est pas plus honteux de former son jugement et son style sur les écrits d'un bon auteur, que de régler ses actions sur celles d'un honnête homme ». A côté des défauts et des « conformités » de Maliiorbe, « il ne serait pas inutile d'examiner les belles choses dont il n'est, redevable
cfu'à son élude et à son esprit d ; mais, en delKirs de ce (|ui ;i été relevé, tout est merveilleux on lui et l'on ne peut mieux Unir» qu'en disant de ses poésies ce qu'il a dit lui-même d'un beau parterre :
Qu'en V cueillant une .guirlande, Ij'lionune csl d'.aulanl plus (ravaillij Que le parterre est émaillé D'une diversité plus grande ; Tant de fleurs, de tant de eèlés, l'aisaut paraitie en Icius li(3auti's L/artilice de la Nature, Qu'il lient suspendu sou désir Et ne sait, en eelte peinture, Ni que laisser ni que choisir '.
En 17i3 ' furent publiées les Œucrcs de l''ranrois de Mallwrlie arec les Oliserraiions de M. Mciinijc et les llemarquea de M. Clierreau. Celles-ci étaient exactement les mêmes que celles de l'édition de 10(50, mais on les avait fait suivre d'autres lleinajyjitcx sur Malherbe, extraites de Œucres mêlées et du Cherraeana. Nous nous en occuperons à l'occasion de ces deux dernières œuvres ^
Chevreau, nous a déclaré son ami Le Fèvre, avait rédigé la moitié de ses Remarques en moins de trois heures, pour se divertir. Il les a achevées en dix jours, à la prière du marquis de Chandenier.
Rien d'étonnant, dès lors, à ce que Chevreau n'ait pas donné à chacune des parties de son a^ivre son développement normal ; (ju'il ail mis plusieurs fois les mêmes observations et que, ne se rappelant plus ce qu'il avait écrit, n'ayant pas le loisir, ni [)eut-être l'envie de se relire, il ait consigné un peu au hasard ses sentiments divers, sans songer à établir un classement définitif et proportionné, uniquement soucieux de noter ses impressions successives, auxquelles il n'aurait donné qu'après coup et rapidement un orilre imiu-ovisé.
1. l'iiésies lie MatliL'rtie. I. tV, (h/r a Ifi/r Ir i/iir ,/,■ ll,'llri/iinlr. «j-iiiiit i-cnycr de France, .'>• slroplic, v. il-uO. Ilaiis le lexle île .MalliiMlie un lit, .111 |ireinier vers « ciiitinir » au lieu de « i/u'eii. »
2. Dès 1722 avaient été pnliliées à Paris, cliezCDUstelier et eliez les frères liarlinn. deux édilions (les œuvres de Matlicrl)e, avec les Ohsi'rriiliuiis de M. Ménaj^e elles llcmarriin-x de M. Chevreau sur les Poésies, 3 vcil. iii-12.
3. Clievreau avait comnieucé de nouvelles Hciiinriiwx surli's /'ocsirs tir M<il/irrlie : mais, CDinine nous le verrons dans les lIhUirri'x iniHfi't, s )n manuscrit ayant été pillé par MénaLie, il ne le pulilia pas. l,e hasard nuis en a l'ail découvrir un aftire à la iiililiotliè(|ue de .Nim-I el il a été, de noli'e pari, l'otijet d'une étude spéciale. (V, n(dr<' thèse canipli'iU'Milaire, 7?ciH(//-Yijc.v ilu Cliei'n'iiu .«((/■ les /'urxicx tic Mtilhcrbf. irti/n-fx //■ iiiiiiiKsriil tif yittri).