‹ Urbain ChevreauChapitre 175 sur 371 · REMARQUES SUU LES POESIES DE MALHERBE · texte numérisé non relu

REMARQUES SUU LES POESIES DE MALHERBE

11 ne faut pas croire néanmoins que la promptitude avec laquelle il a exécuté son travail ait nui en rien à la sûreté de ses informations, à la justesse de ses remarques. Doué d'une mémoire (( fort heureuse », ayant « employé près de quatre années à lire, avec une assiduité incroyable, tout ce que nous avons de beau des Anciens et Modernes », il devait facilement venir à bout de sa tâche. C'est ce que nous affirme .^on contemporain, éditeur et nmi, Tannet^uy Le Fèvre et l'on aurait tort de conclure, avec M. Souriau '.que les Remarques n'ont pas une crande valeur, à cause du peu de temps que l'auteur a mis à les composer. Sainte Beuve disait = : (( On aurait lu aujounl liui dans une demi heure tout ce qui est à retenir de Malherbe » et. malgré l'essai de réhabilitation tenté par M. Dejob ', ce qu'il appelle « l'antipathie contre Malherbe » n'en persiste pas moins. Chevreau a mis à le lire plus de temps que n'en demande Sainte Beuve ; en outre il l'a relu patiemment: enfin ses immenses lectures antérieures lui fournissaient une ample provision de modèles, de nombreux points de comparaison. Aussi éloigné de l'admiration béate de Godeau que du dénigrement systématii[ue de Régnier, il a jugé Malherbe avec une entière liberté d'esprit et mis en évidence les faiblesses comme les beautés.

Sa critique est un peu étroite, on pourrait presque dire « formaliste », s'attachant à peu près exclusivement à la forme et ne s'occupant de l'idée qu'autant qu'elle ressort bonne ou mauvaise, laide ou belle, nette ou obscure par l'expression.

La critique littéraire, dit excellement M. Arnoukl ■ (p. 18-191 se propose u d'expliquer et âe juger les ouvrages de littérature, c'est-à-dire : l"> d'éclairer les idées et les sentiments qu'ils contiennent; 2" d'apprécier la part de beauté qu'ils présentent. .Avant le xix"-' siècle, elle se contentait de juger et de confronter chaque œuvre avec les règles eslliéliques qui, dogmatiquement, s'imposaient au genre correspondant... .Mais, il y a près d'un siècle.... cllese proposa le plus souvent de remonter aux sources naturelles de chaque écrit, en un mot d'explii[uer avant de juger, ce quilui permettait de juger, après ce long travail préalable, beaucoup plus équitablemcnt l'originalité de l'écrivain ». Ce travail d'criilicalion manque chez notre auteur comme chez tous ses contemporains.

1. VKrolulîon du vers français au XVII' siècle. Pari^. Hai'ln'lti». 1893. p. 7, uote 1.

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