CHAPITRE V[I
Histoire du Monde
Urbain Chevreau avait déjà publié ses Pièces de théâtre, un certain nombre de Lettres, deux romans, des traductions el imitations de Joseph Hall, de Saint Jean Chrysostome et de Théodoret, lorsqu'il songea à écrire l'Histoire du Monde. C'était vers 1654'. Il résidait auprès de Christine de Suède ou plutôt auprès du cousin de celle-ci, Charles-Gustave, à qui elle avait volontairement remis le pouvoir (16 juin i6o4). Profitant des loisirs que lui laissaient ses fonctions de secrétaire de cabinet, il se tourna naturellement vers le genre historique, qui conve nait à son esprit positif, ami de la vérité et réunit peu à peu les éléments de sa nouvelle œuvre, qui ne parut qu'en 1686, avec un Pritilè(fe datant déjà de deux années (21 décembre 1684). L'Achevé d'imprimer était du 1-^ juillet 1686.
L'Histoire du .Monde est dédiée à son Altesse Sérënissime Mgr le DUC DU Maine, colonel générai des Suisses et des lirisons, fjouccmcur du Languedoc ^.
I. Il en eonrnl donc l'idée 27 ans avant que lluxsurl publiAt son Discours sur l'Ilisliiire iniUerselle, i\\\"\\ avait préparé et écrit dnriint les dix années précédentes (167(1-1081). Kn outre, tandis cpie Bnssuet composait son (cuvre en vue de l'instruction du Dauphin. Olievreau avait uniquement pour but, en travaillant à la sienne, doccu|ier son esprit curieux, épris du vrai. Il fallut une intervention étrangère pour le décider à la publier.
î. Le roi lui avait donné le l" février Iti'i, avant qu'il eût accompli sa i" année, la charge de colonel général des Suisses et des Grisous vacante par la mort du çomli- de Soissons. Le 13 août tti".'), il obtint le régiment d'infanterie de Turenne;le20 mai 1682, le gouvernement du Languedoc; eu 1680. le cordon du Saiul-Ksprit, la charge de général des galères et celle de lieutenant général des mers ilu Levant, puis un régiment de cavalerie ; en ItiOtX le grade de maréchal de camp; en I0'.I2, celui lie lieutenant général : eu lOOS. le régiment Hoyal-tlarabiniers. l'air de France et graïul mailre d'artillerie en lO'.li, prince du sang en 1711, surintendant de réducaliou d\i nouveau roi eu 171."i, il mourut le li mai I7II0.
Dans son épîlre dédicatoire, Urbain Chevrenii rappelle que la passion remarf]uée et domiiiniite de Monseigneur est l'amour de In gloire. Il a procuré à l'auteur, dans la solitude, un «repos tranquille', dont l'on ne jouit peut-être presque point ailleurs, que par une espèce de miracle » Malgré sa jeunesse -, il connaît le fort et le faible de tout ouvrage et l'on ne peut avoir son approbation, sans mériter celle du public. Chevreau attendra d'ailleurs sans ennui la destinée de .son livre, heureux qu'il lui ait fourni l'occasion de témoigner nu duc sa reconnaissance et son respect profond. On le voit, Chevreau n'était pas un ingrat et savait dignement remercier ses bienfaiteurs, sans bassesse ni flatterie.
Dans VAccrtissement, placé aussitôt après la dédicace et textuellement reproduit, dans sa première moitié, au commencement du livre VI', l'auteur donne la division de son histoire en huit livre? avec un bref résumé des sujets traités dans chaque livre. Le premier contient ïHistoire des peuples dé l'Orient depuis la crralioii (Assyriens, Mèdes et Perses), avec des Kemarques chronoloçiiqucs sur l'Histoire sainte et sur l'Histoire grecque. Le deuxième traite des ronijuètes d'Alexandre et des royaumes de Macédoine, de Syrie, d'Eijypte formés des débris de son empire, avec de nouvelles Itcmarqvcs chroxolofjiques sur l'Histoire yrcajue. Le TROISIÈME et le ijuatiuè.me renferment VHisioire romaine depuis la fondation de Home jusqu'à Domitien et depuis Dniiiilicii jusqu'à la prise de Constantinople, avec des Remarques chroiiuloiiiques sur l'Histoire ecclésiastique et sur la Profane. Ces quatre premiers livres forment un premier tome: les quatre autres constituent le second '.
Le ci.NQUiÈME LIVRE parle dcs .4 TOtcs et des Turcs, ôepuis leur origine jusqu'à l'époque contemporaine, avec des Obscrcations sur ce qui s'est passe de ])lus remarquable dans le monde sous les califes et les empereurs. Pour donner une entière connaissance de l'Histoire, Chevreau traite, dans le sixième livre, de quelques tilles consideralilcs : Babylonc, Ninive, Jérusalem, les principales villes de la Phénicie. Sicyoneet .\rgos, Crète. Chypre, Troie, Carthage, .Athènes, Sparte ou Lacédémone. Corinthe, Numance et Rome. Le septième livre nous découvre les Sept Meneilles du monde, si vantées et [imirtant pas si grandes qu'on les a faites : le Colosse de Rhodes, le .Mausolée, le Jupiter olympien, les
1 II s'nf-'il sans doule d'uni^ prnsiiin qui lui avait oti' allmiro à la siiilr de I'imIucation du duc ilii Mainr et (jui lui |iorint'ltait ilc mcucr à Lciuiliin unr ne In-ureiisi'.