CHAPITRE IX
Œuvres apocryphes ou perdues
Nous avons noté à leur place quelques ouvrages disparus sans que personne ait mentionné leur publication. Nous allons maintenant nous occuper de ceux qui ont été signalés comme ajant été publiés, mais que nous n'avons pu découvrir.
I. Opuscules sur la reine Christlne de Suède Arckenholtz» a soutenu que Chevreau avait composé une Briève
RELATION DE LA ViE DE CHRISTINE, REINE DE SuÈDE, JUSQUA LA DÉMISSION DE SA COURONNE ET SON ARRIVEMENT A BRUXELLES et le GÉNIE DE LA REINE
Christine de suède. Ces deux opuscules de 19 et la pages ne sont pas de lui. Examinons le premier.
Tout d'abord Bourdelot y est attaqué avec une violence, qui contrasterait singulièrement avec le caractère calme et modéré de notre Loudunais, à qui l'on ne peut reprocher de pareils écarts de langage. Jamais il n'aurait osé traiter Bourdelot- de « monstre », d' « homme mercenaire et impudique », d' (( âme lâche et basse ». surtout déclarer « qu'il n'y aurait point eu de péché ni aucune sorte de crime de se défaire d'un athée » et qu'en sacrifiant « tous les hommes si malfaisants et si abominables que celui-là, on rendrait un notable service à tous les autres, qui en vivraient bien plus contents. »
A la fin de sa diatribe contre Bourdelot, l'auteur invite les Français résidant en Suède à quitter avec lui ce pays, où ils sont mal traités, pour retourner en France. Or, nous savons que Chevreau, arrivé en
1. A/cmoiiPs rimcenmiU Clirhline, reine de Suéde, i tomes, .Vinstoriliini cl Leipzig, 17îii. Préface p. III.
2. Pierre Miclion, dit Bounlclnl, élail iililié. et Clievreau ne monire nulle pari ces sentiments de haine i|iii auraient pii e^plicuier île ii'lles iiiliMiiiiéraiiees de langage coulrc un ccclésiastiiiue.
Suède l'an 1653, y séjourna trois années, c'est-à-dire jusqu'en 1636 '.Il n'a donc pu s'exprimer ainsi en septembre 165o, époque oii l'œuvre parut à Paris pour la première fois. Elle reparut encore, il est vrai, en 1636, au mois de novembre, mais elle était composée et publiée déjà en entier, moins VAris au Lecteur qui, nous le verrons, n'est pas non plus de Chevreau. Celui-ci, du reste, le 22 août 1G34-, dans une lettre adressée à Chapelain, faisait allusion aux satires que, d'après Heinsius, les Muses aiguisaient contre la reine. 11 avait été sans doute averti par ce dernier des critiques que l'on préparait, mais ce n'était pas lui qui songeait à les formuler ou à les écrire.
Dans cette même lettre, il signale l'habitude qu'avait Christine de s'habiller en homme ; mais, dans ses appréciations, il est loin de mettre l'acrimonie que l'on remarque dans la briève relation % où la reine est fort malmenée pour ses discours lascifs, son irréligion, son inconduite et ses bizarreries, tant avant qu'après son abdication ; pour son injustice à l'égard de ses créanciers et la façon indigne dont elle a traité les savants, les gentilshommes et les personnes honnêtes de son entourage, pendant qu'elle accordait sa faveur à des infâmes ou à des coquins.
Enfin, il n'aurait pas écrit: d Parlez un peu au Secrétaire de ses eom?Han(/eme«W (c'est de lui-même qu'il s'agit), qui l'a servie pendant dix-huit mois (du commencement de 1633 au 16 juin 1634, date de l'abdication de Cliristine) avec une assiduité et une fidélité incroyables et qui a plus fait écrire de son temps à la reine et aux rois et aux princes de toute l'Europe que tous ses prédécesseurs n'avaient fait ». 11 ne se serait pas ainsi désigné à la troisième personne.
Il est donc bien établi pour nous que l'auteur de la Brii^ve relation n'est pas Chevreau, malgré l'affirmation contraire de Arckenholtz.
Ce n'est même pas un catholique ni un luthérien, il déclare en
1. Ou au moins, comme nous l'avons dit (p. 21, note 3), fin de ICiiu.