‹ Urbain ChevreauChapitre 276 sur 371 · PP. lOoS · texte numérisé non relu

PP. lOoS

((Parmi les familiers de la Joviale', on remarquait un certain Saint- Maurice, ancien professeur à Blois, qui se remuait beaucoup pour arriver à quoique chose. Un moment, il crut toucher nu but : la reine avait daigné sourire à une saillie puisée dans l'arsenal de Furetière et son œil profond avait scruté le regard oblique du fripon. Le lendemain, Christine abdiquait et Saint }faufice, dévoré d'envie, outré de dépit, jurait de se venger. La vengeance ne se fit pas attendre. Eu 16o5, deux pièces imprimées parurent à Stockholm, sous les titres de : 1° Briève

RELATION DE LA VIE DE CHRISTINE REINE DE Sui';DE JUSQUES A LA DÉMISSION DE SA COURONNE ET A SON ARRIVEMENT A BRUXELLES; 2" Le GÉNIE DE LA

REINE Christine.

La disposition typographiiiue, le papier, les caractères, les lettres ornées, les culs de lampes, les vignettes, etc., sont les mêmes sur les deux plaquettes... »

Ainsi, d'après M. .Vlbcrl de la Fizelière, l'auteur des deux opuscules serait un homme peu connu, nommé 5a(/U-.l/aM/'/i'e. Toutefois, pour ce qui estde la Briève relation, on ne saurait décider d'une façon absolue et M. Albert de la Fizelière lui même se contente d'en signaler les ressemblances matérielles avec le Génie de Christine et de noter la différence entre le caractère allégorique, parfois burlesque ; le ton assez débonnaire, presque bienveillant, en tous cas peu caustique, du dernier, et les attaques violentes, sans cesse réitérées, de la première contre Christine et ses indignes favoris.

On a un peu plus de certitude pour l'auteur du Génie de la reine Cfiristine. Voici, du reste, d'autres renseignements plus précis.

En 1633, date fixée par Arckeiiholtz pour la publication de cet opuscule, Chevreau était en Suède auprès de Charles-Gustave; il ne jouissait pas, comme le porte l'Aiis au lecteur, du (( loisir dont une retraite solitaire se trouve ordinairement accompagnée ». De plus, il avait fait des ouvrages et devait en faire d'autres, il ne pouvait donc prétendre, comme le porte également l'.lf/.?, qu'il n'était (( point un faiseur de livres ». Enfin, il est écrit dans le corps de l'ouvrage : (( Que si l'on m'accuse de peu de respect pour une tête couronnée, d'en parler avec tant de liberté, je réponds que je ne lui en dois point et qu'à suivre ses maximes, je lui devrais plutôt de l'aversion (bien que je puisse dire en vérité que je n'en ai point) que non point du respect. Je ne suis point

\. Réunion du ji'iifli organisée par Christine et où bi-illaieiil, dit le lliillelm du Rihliophile et du HililiolliOcnire (p. lO.'iO).

Les plus l'ameiix esprits attirés à sa cour.

né ni son sujet, ni son esclave ; elle ne m'a jamais fait du bien, quoiqu'elle fût obligée et toute l'obligation qu'il me souvienne de lui avoir, c'est d'avoir reru un accueil favorable d'elle, quand j'eus l'honneur de lui baiser la main et d'avoir mérilc son approbation, si je me dois fier au rapport que m'en a fait une personne qui communi([uait ordinairement avec elle... »

Chevreau ne pouvait s'exprimer ainsi. En sa qualité d'ancien secrétaire de ses commandements, il devait de la reconnaissance et du respecta Christine; rien ne motivait de sa part la moindre haine contre elle. Ainsi l'on ne saurait lui attribuer le Génie de Christine.

Qui donc l'a composé?

On lit dans la suite de l'article de M. Albert de la Fizelicre déjà cité ' :

« On peut facilement concevoir le bruit que firent ces deux publications (la Briève relation et le Génie de Christine). On s'occupait beaucoup de Christine. On voulut deviner qui avait osé porter une main sacrilège sur l'idole de tous ces fanalicpies du bel esprit, plaçant l'intelligence au-dessus de la moralité. Naturellement, les soupçons se dirigèrent sur ses familiers. Chevreau était de réputation intacte : C'est lui qu'on accusa. M. Vossius tenait bureau de nouvelles; il accueillit le bruit, l'adopta, le répandit et M. Colomiès, auteur de Galliaoricntalis, fit cette déclaration dans son recueil des Particularités. « M. 'Vossius m'a dit qu'un Italien, nommé Palavicini, était auteur du Céleste Dioorce et du Courrier dévalisé. C'est aussi de lui que j'ai su que M. Chevreau avait fait le Génie de Christine.

M Le fait était dès lors acquis à l'histoire littéraire et rtarbier l'a consacré au numéro 22548 de son Dictionnaire des Anonymes et des Pseudonymes^ .

« Chevreau ne fut pas seul victime de ces petites médisances, dont les nouvellistes de tous les siècles se rendent si volontairement coupables pour amuser les badauds. Gilles Ménage partagea son sort; il fut même plus cruellement traité». On l'accusa d'avoir fait quatorze mauvais vers italiens, « plus sanglants qn'un coup de poignard» à l'adresse de la reine, après le meurtre de Monaldeschi. Ces vers avaient été mis sur la statue de Pasquin à Rome.

(( Je ne sais si Ménage prit la peine de se défendre, mais Chevreau projeta de se disculper publiquement dans la deuxième édition du

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