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2. Dans les Poésies, il n'y a guère que cette Ode et le Tableau de In ■juerre civile qui puissent être rattachés au genre héroïque ou guerrier, avec Mijrrhe. poème tiré d'Ovide et qui n'a guère d'héroïque que l'épithèle accolée à son nom par Chevreau, ainsi que nous l'avons montré.
Nous voici parvenu au terme de notre tâche. Avant de clore définitivement notre travail, résumons-le brièvement, pour mieux en dégager l'impression définitive.
Comme homme, Urbain Clicvrcau nous est apparu sous les traits suivants.
Bouillant, un peu fantasque, vigoureux, leste, ayant bon appétit, la physionomie vive et mobile, la taille ramassée et bien prise, le caractère ferme et compatissant', il fut tout d'abord, sans doute, l'hôte assidu des mêmes cercles que Tristan l'Hermitp, Saint- Amant et Saint-Evremond. A leur exemple, il dut commettre quelquesunes de ces débauches de jeunesse, que sa conscience rigide et timorée lui reprocha plus tard avec une évidente exagération. Bientôt, devenu sérieux, il mena la vie d'un honnête citoyen, d'un ciirétien convaincu. Et pourtant, jusques dans ses dernières œuvres, on saisit, à travers son rigorisme et sa dévotion, cette tendance première vers le relâchement et la grivoiserie, qu'il devait peut être à son voisinage de la libre Touraine, du gai pays de Rabelais.
Malgré son humeur indépendante et ses voyages, dont une partie d'ailleurs ne fut pas volontaire, il aima la société et y réussit, grâce à la vivacité et à la pénétration de son esprit, à la variété et à la profondeur de ses connaissances. Ses éminentes qualités intellectuelles, jointes aux dons du cœur les plus précieux- contribuèrent, avec ses
1. Voir 2" et 4" billets en vers au duc du Maine (tfeurre.s- mêlées, pp. Ib6-1.')7) et la Letlre foUilre non datée (Œuvres luélees, p. i)30) adressée à une dame de mérite et belle.
2. « Il avait l'esprit brillant et 1res cullivé, le caractère estimable » dit l'auleuides Annales poëliijues (.\XVI, IG").
pérégrinations multiples, à lui créer des amitiés et des relations nombreuses. Nous avons vu combien fut considérable le nombre de ceux qui le fréquentèrent ou entretinrent correspondance avec lui'. C'est qu'aussi, écrit un contemporains (( il était sincère, ennemi de la vaine gloire et de l'avarice, bon ami et, sans être ni bigot, ni superstitieux,- il avait une véritable piété ». Dans un siècle si fécond en hommes remarquables, il se distingue assez pour obtenir la confiance et l'estime de tous ceux qui le connaissent. Bien accueilli' par Christine de Suède et par son successeur ; par le roi de Danemark, par l'électeur palatin et par Louis XIV, pour ne citer que les plus illustres, il ne cherche pas à attirer les regards, à conquérir les faveurs, les bénéfices elles pensions. Il se déclare lui-même à M. Fabrice, recteur de l'Académie d'Heidelberg',
De peu de montre et sans nul parement, Homme de bien, au reste entièrement.
Son humeur noble et altière était incapable de s'abaisser aux lâches flatteries', aux complaisances coupables. S'il adonné des louanges, qui peuvent paraître intéressées, il faut reconnaître qu'il n'a loué que ce qui était louable, sans songer à tirer profit de ses éloges '■. Toujours franc, même au milieu des cours. « où il est souvent dangereux de l'être " » ; ennemi de la représentation et du spectacle; fuyant le bruit et l'éclat; il a tenu à rester dans l'ombre, remplissant avec dignité et sans tapage les différentes missions qui lui étaient confiées.
Il chérissait une vie tranquille et obscure. Aussi, vers la fin de ses jours, il s'enferma dans la solitude et, après avoir été le Bourgeois du Monde, devint r/:,'r»i(re de Loitdun '. II avait enfin reconquis cette liberté qu'il regardait « comme une chose que tout l'or du monde ne saurait payer " » et qui lui avait fait refuser de s'attacher « à la suite de quelque
i. Il joignait à la réputation que donne le talent, la considération qui s'attache au Ciiractère. On pourrait lui appliquer ce jugement de St-Simon sur St-Evrcmond : « 11 fut recherché par tout ce qu'il y avait de plus considérable en esprit, en naissance et en places. Il vécut en philosophe et mourut de même, lionoré jusqu'à la fin, comme il l'avait été toute sa vie ».
2. L'auteur anonyme d'un abrégé de la vie de Chevreau placé en tête de l'édition des OPiiiires niclépx de 1697, l'éditeur sans doute Henri Scheurleer.
3. a Partout il hit reçu avec distinction » dit l'abbé Lambert (WiXoiVc tillérairr du siècle lie Louix AVI', I, 3o6).