Œuvres mêlées. Billet à M Desporles, p
grand ' », ou de rester lûiigtemps dans la domesticité des princes et des rois.
Dans son Ermitage, il pal goûter à l'aise les plaisirs purs de la méditation, loin des calculs froids et égoïstes de l'intérêt personnel, des vains contentements de l'amour-propre satisfait. Il eut dès lors le temps de classer ses souvenirs ; d'examiner quelque point de morale pratique ou d'érudition littéraire; de chercher la solution d'un problème philologique ou grammatical; de se délasser quelquefois de ces occupations ardues par un divertissement [loétique ou de travailler à l'œuvre particulièrement importante pour lui de son salut éternel, en composant des œuvres de piété ; de contenter enfin son impérieux amour du travail, sa dévorante activité ^, son perpétuel besoin de s'informer et de connaître, qui lui faisait ménager le temps et l'employer toujours, selon son propre conseil, d'une façon utile '.
Après l'homme nous avons étudié l'écricain. 11 nous est apparu successivement comme auteur dramatique, épistolier, romancier, moraliste, poète, critique, historien, poiygrapbe et voici l'impression générale qu'il nous a laissée dans chacun des genres exploités par lui. Ses SEPT PiiîCEs DE THÉÂTRE font bonuc figure auprès de celles de Desmaretz, de du liijcr, de Desfonlaines et même de Hardy et de Mairet.
Ses DEUX Romans, bien qu'il y en ait un d'inachevé, ne sont pas inférieurs à ceux de La Calprenède, de Gombenille, et de Scudéry.
Dans ses CEuvres morales, qu'elles soient entièrement de lui ou imitées des autres, il égaie Ihujuel, La Mathe le Vayerel Nicole.
Ses Poésies ne valent pas moins que celles de Théophile de Viaud, de Saint- Amant, de MaHeville,dc Colomby et de Tristan l'Hermite^.
Le P. Maimboiirg, Varillas, Daniel et Verlot ne le surpassent pas
1. Lettres nouvelles, XIII à M. du M(', p. 57. Il écrivait île Cell ù M. Morosini, le 29 avril 16G.'i (t/k'inres mêlées, pp. 90-1)1); « ... c'est raaintenanl que vous pouver dire:
Bipiiheuroux f|ui peut ^Iro à soi
Va c[ui ne connaît point Ji? loi,
S'il ne se l'impose hii-mônie !
Je suis par ma retraite cl mon maître et mon roi. Et je ne trouve ici, en mon bonheur exlri^me,
One le ciel au-dessus de moi. •>
2. Sa piété égalait .^on érudition. Retiré il Loudun il ne s'ciceupail guère que de fleurs, de prière et d'étude, sans toutefois négliger ses devoirs sociaux.
3. Chevraeana I, pp. 423-i2i. C'est précisément cette curiosité jamais satisfaite et celte prodiicliiin incessante qui le caractérisent le mieux et qui nous ont déterminé dans le choix de notre épigraphe.
4. Les Annales poétiques (XXVI, p. 107) lui trouvent sous ce rapport, comme eu plusieurs autres points, des ressemblances avec St-Evremond.
comme historiens : nous savons même que, dans sa conception de l'Histoire, il était en avance sur beaucoup de ses contemporains'.
Son esprit subtil et sa vaste érudition éclatent dans ses Lettres et Billets où il rivalise avec Balzac lui-même, Chapelaûi et Le Fèvre ; dans ses Remarques sur les Poésies de Malherbe et son Chevraeana, où il ne redoute pas la comparaison avec le Chevalier de Méré, le P. Bouhours. Ménage et les auteurs d'ana. S'il manque souvent d'humour, de légèreté ou d'agrément dans ses différents écrits, il y fait preuve ordinairement de solidité, de jugement et de délicatesse. On connaissait partout sa compétence et sa franchise ; aussi, de tous côtés, sollicitait-on Bon avis et les meilleurs écrivains avaient-ils recours à ses lumières -. Ménage même le pilla peut-être. Il se tenait au courant de tout ce qui qui se disait, se faisait, s'écrivait et l'on était sûr de le trouver toujours bien renseigné.
Celles de ses œuvres que nous avons perdues n'auraient sans doute rien ajouté à sa réputation; elles nous auraient certainement permis de reconnaître une fois de plus en lui l'homme consciencieux et éclairé, partisan d'une critique honnête, sans laquelle on ne peut « appuj'er avec fermeté sur la moindre chose ^ », ennemi de tout excès et ne sortant guère, dans ses plus libres plaisanteries, hors des limites d'une saine raison.
Ne résidant pas à Paris ' et ne voulant pas solliciter, il ne fut pas de l'Académie française '' : il méritait d'en être cependant, plus encore que certains des Quarante d'alors. Sa modestie lui fait bien déclarer'' qu'il est obligé de se contenter « d'une légère teinture des belles lettres, d'une lecture diversifiée, de quelque facilité d'expression,