‹ Urbain ChevreauChapitre 64 sur 371 · Acte IV, scène III, vers lOlG-lOSl · texte numérisé non relu

Acte IV, scène III, vers lOlG-lOSl

.'j. .\cte V, scène L\, vers IfiOG-IGll.

Qu'un sceptre est odieux à qui le sait connaître ! Et que qui n'est point roi doit bien craindre de l'être ! Le trône où mes sujets m'ont vu souvent monté, A parler sainement, n'est qu'une vanité. Les couronnes, l'honneur, les trésors, les piovinces, Les triomphes, la gloire et l'ornement des princes, En un mot, ce (jui peut leur donner des jaloux N'est rien qu'un faux éclat qui les aveugle tous '.

Il s'en remet à Rodrigue du soin de le tirer d'embarras. Mais à peine celui-ci est-il de retour, vainqueur des Maures et sauveur de l'Etat, qu'apprenant l'amour de l'Infante pour le héros et tremblant pour son trône, il veut le faire mourir. Ameégo'iste et saupçonneuse, la gran deur de Rodrigue l'offusque, l'eiïraye. Malgré ses assurances, il lui demande pour plus de siu-eté, de feindre une vive passion à l'égard de l'Infante et, à la suite de cette épreuve par lui-même ordonnée il fait immédiatement emprisonner le brave, dédaigneux de son sceptre. Epouvanté par la gloire de son sujet, il a des indignations puériles et inexplicables. A la fin, il unit Rodrigue à Chimène, mais sans motiver la grâce de celui dont il se défiait auparavant. C'est sans doute que cette grâce lui a été en partie arrachée par le peuple révolté et qu'il ne conviendrait pas à la majesté souveraine d'insister sur la violence qui lui est faite. En somme, inactif et défiant, capricieux et ingrat, bavard et sentencieux, sans initiative, mais capable de violence, il se montre généreux seulement au dénouement et encore par crainte surtout de se voir détrôner. 11 est moins sympathique que son modèle du Cid de Corneille.

Don Diègite, le père de Rodrigue, ne doute pas un instant de la valeur de son fils : il la lui a transmise en héritage. Ecoutez en quels termes il résume ses précédents exploits.

AfTronter les deslins et, dessus les murailles: Pour le salut commun chercher mes funérailles ; Paraître tout sanglant au milieu du combat ; Combattre dans le choc comme un autre soldat ; Souffrir la faim, la soif, la fatigue et les veilles ; Tenter pour cet Etat les plus grandes merveilles ; Je n'en parlerai pas, mais vous |iouvez savoir Que c'est ce que j'ai fail (|uand j'en eus le pouvoir*.

Page 1