Acte I, scène I, v. 114 et
Ses conseils, comme on voit, ne sont guère moraux. Du reste, en ce qui la concerne personnellement, elle nous parait assez dépourvue de scrupules. Entrée au service de Polydas, sous le costume du clerc Sicandre, elle regrette de ne pouvoir répondre, étant donné son sexe, à l'amour de Flaminie, la sœur de son nouveau maître et elle l'avoue en termes, que peut seule autoriser la liberté de la comédie. C'est une fine mouche d'ailleurs et si elle fait, par son habile stratagème, conclure l'union d'Atalaiite avec Polydas, et de Flaminie, sœnr de celui-ci, avec son frère Mainalte, elle ne s'oublie pas non plus et s'assure Tharzinte.
Bien quelle reproche à son frère Polydas de s'enflammer trop vite pour une personne qu'il ne connaît pas et qu'elle s'oflre pourtant à lui montrer, Flaminie n'est pas moins inflammable que lui. Elle insiste pour qu'il prenne en qualité de clerc Isidore-Sicandre, qu'elle eroit un homme et dont elle compte se faire un amoureux ' . Elle témoigne même à ce dernier une passion bien vive pour être si récente. Ses paroles nous semblent peu convenables et peu honnêtes, comme sa conduite. Pour ne pas en être froissé, il faut se rappeler que, jusqu'au xix^ siècle, les femmes pouvaient, en tout bien tout honneur, se laisser courtiser par les hommes. L'amour était traité d'une façon plus libre et les plus vertueuses ne trouvaient aucun mal à parcourir avec un amant la carte du Tendre toute entière, avant d'en arriver au mariage. Cette opinion, née au Moyen-Age et qu'on retrouve dans la plupart des romans de la Table Ronde, comme dans les différentes poésies lyriques du temps, était commune à tous et à toutes. C'est le xvni" siècle et surtout le xix<= qui ont introduit plus de retenue extérieure et de réserve apparente, peutêtre aussi plus d'hypocrisie réelle et de secrète débauche dans les rapports des deux sexes. Y a-t-il eu progrès ou décadence, aggravation ou amélioration? 11 est bien difficile de se prononcer, Isidore Sicandre renchérit d'ailleurs par la licence de son langage sur Flaminie.
Pour en revenir à cette dernière, ne pouvant comprendre que Sicandre lui résiste, elle menace de le dénoncer comme ayant voulu la séduire et en obtient ainsi, pour le soir, un rendez-vous dans le jardin-,
1 EIlo le (lit en termes assez cnis :
Si lo clerc est triiumciir à bien faire l'amour, !Sous aurons te iiiojeii de rire à noire tour.
(Acte II, se. I, V. 395 et 396).
Aiijounriuii on la traiterait (rhystérique. 2. Elle lui dit en le quittant :
Alors «pip Ip soiril ccssora d'éclairer, Itoiids-toi dans ce jardin ; lu sentiras ma flamme Kl, iiiai;;i-é celto nuil tu pourras voir mon ùme. Je vais ù Polydas ; ne sois plus rif;ouroux. Adieu ! rends-moi contontp et tu seras heureux.
(Acte m. se. n, V. 888-892).
Surprise par son frère, elle n'en est pas troublée, et, après lui avoir (iiiemcnt donné le change, entraine dans sa chambre Mainalte, qu'elle prend pour Sicandre. Quand elle s'aperçoit de sa méprise', apprenant aussi que Sicandre est une femme, elle se déclare satisfaite et contribue pour sa part à duper son frère. A la fin, elle épouse Mainalte sans embarras.
Les autres personnages de la pièce sont peu importants. Vhilémov, le « curateur » d'Atalante et d'Isidore, est mécontent de leur coquetterie ruineuse; mais, sous ses airs grondeurs, il est bon et généreu.x, toujours prêt à venir en aide à ses pupilles et mettant sa fortune à leur disposition, comme à celle de leur frère Mainalte.
Mainalte est une sorte de condottiere ou de lansquenet, qui a failli mourir « sous le faix des lauriers' » cueillis par tous pays, malheureusement toujours sans argent, ce dont il est désespéré, et qui s'estime très heureux de trouver avec Flaminie, la sœur de Polydas, « bon dîner, bon" gîte et le reste ». il est un peu hâbleur et fanfaron, riche en mine, mais pauvre en habits ; car, dit-il.
L'argent i|u'uiU les soldats ne trouble point leur joie Et ce n'est pas pour eux que l'on bat la monnoie^.
Quant à Tliarzinte et à CalUante, ce sont deux amoureux d'Isidore. Mais Caillante, après une querelle et un commencement de duel empêché par Mainalte, se retire devant son rival, par pure amitié et aussi peut être, parce qu'il le voit soutenu par le frère de celle qu'ils recherchent. Tliarzinte alors épouse Isidore, qu'il a bien gagnée par la force de son amour.
Avec cette pièce nous abordons un genre nouveau. Sans doute pour montrer la souplesse de son talent ou simplement pour varier sa manière, après une tragédie et une tragi-comédie, Urbain Chevreau composa cette œuvre comique.
L'Achevé d'imprimer porte la date du dernier septembre 1637. L'auteur l'avait probablement écrite en même temps que la Suite ou le Mariage du Cid et que la Lucrèce romaine, puisqu'une quinzaine seulement sépare les trois Privilèges '. Celui de notre comédie est signé
1 . Assez étrange cependant, puisque Mainalte lui adresse la parole. Il faut dès lors supposer que le frère et la sœur avaient la même voix ou que Flaminie est bien émue. '